« J’étais puni de manière inhumaine » : ancien élève d’un collège privé catholique, il raconte les violences

Patrick était scolarisé au collège La Salle L’Aigle, à Grenoble, de la sixième à la troisième. Un professeur le martyrisait physiquement et mentalement lors de sa première année. Soixante ans plus tard, il témoigne de son cauchemar. 

Vincent Prod’Homme -  9/9/2026  à 17:02 | mis à jour hier à 17:09  Article Le Dauphine Libéré

Plus de soixante ans après les faits, il se souvient encore de « ce professeur abominable ». Il enseignait le français, la musique, l’anglais, l’histoire et la géographie au collège La Salle L’Aigle de Grenoble, faisant partie d’un réseau d’enseignement privé catholique de 150 établissements privés sous contrat en France fondé par Jean-Baptiste de La Salle. Patrick a 11 ans quand sa mère l’inscrit en sixième, en 1965. « Mon père était décédé, elle était seule et se saignait aux quatre veines pour payer mes frais de scolarité. » Cette année, il s’en souvient comme d’un cauchemar. « Ce professeur m’avait pris en grippe. J'ai vécu des moments abominables. D’abord, il y avait les injures, quasi quotidiennes, m’expliquant que j'étais nul, que je ne ferais rien de ma vie, qui vous marquent lorsque vous n’êtes qu’un adolescent. Ensuite, il y avait les brimades physiques, les coups, les claques dans la tête, les punitions car je n’avais pas de bons résultats. Je faisais énormément de fautes de français et j'étais puni de manière inhumaine »

« Comme si quelque chose était bloqué dans mon cerveau »

Une punition revenait souvent : se mettre à genoux sur une règle en fer en tenant de lourds dictionnaires à bout de bras. « Outre la douleur physique, c’est ce sentiment d’humiliation permanente qui m’a le plus marqué. Ce n’est pas tellement la claque qui vous fait mal, ce sont les propos, le ton, le fait d’être constamment rabaissé. Vous êtes là, à être maltraité par un homme tous les jours et vous vous sentez coupable de ne pas réussir pour votre mère, qui était très triste de mes résultats. C’était dur. » Jamais il n’en a parlé à cette dernière.

Aujourd’hui, certains de ses souvenirs demeurent flous. Patrick a redoublé sa sixième et ne se souvient pas, par exemple, s’il a subi les mêmes brimades lors de sa deuxième année. Il n’a pas non plus la moindre bribe de souvenirs de la retraite de sa communion, un temps de préparation spirituelle d’un ou deux jours vécu en groupe. « Que s’est-il passé ? C’est comme un black-out. Je n’en sais rien. Comme si quelque chose était bloqué dans mon cerveau. »

Des prédateurs sexuels potentiellement encore en contact avec des enfants

« Même des années après, il n’est pas normal de n’avoir aucun souvenir de certains événements forts de sa scolarité, souligne Philippe Chemineau, président de l’association Mémoire, Vérité, Reconnaissance pour les victimes des lasalliens. Enfant, j’ai subi des violences physiques ainsi que des abus sexuels par un prêtre lors de la confession lorsque j'étais dans un petit collège de Saint-Germain-en-Laye. Je ne suis sorti de mon amnésie que depuis un an. »

Créée en février 2026, la structure poursuit deux objectifs : mettre en relation les victimes les unes avec les autres ; et convaincre la congrégation lasallienne d’entrer dans une démarche de réparation des préjudices subis. « Mais pour l’heure, ils ne nous écoutent pas, veulent traiter les dossiers individuellement et signer des accords de confidentialité. Nous, nous accumulons les témoignages de victimes – plus de 300 aujourd’hui – avec de nouveaux appels toutes les semaines, et nous venons d’émettre quatre signalements à la justice de prédateurs sexuels toujours vivants et potentiellement encore en contact avec des enfants. » Une action coordonnée devant le tribunal civil devrait par ailleurs débuter en ce mois de septembre.

En juillet 2026, dans un communiqué, la congrégation des Frères des écoles chrétiennes a demandé pardon aux anciens élèves victimes d’agressions sexuelles ou de violences physiques dans des établissements lasalliens. Elle a aussi annoncé le lancement d’un audit confié à une commission indépendante « afin de comprendre comment des frères ont pu agresser impunément des élèves au sein de nos établissements et, pour certains d’entre eux, récidiver ».

« Il faut en finir avec tout ça, qu’on arrête d’humilier, de rabaisser, de faire souffrir des enfants, appuie Patrick. Il n’est plus question de se taire. Il faut parler. »

Pour contacter l’association MVR : 07 80 71 19 85 ; ou victimes.lasalliens@gmail.com

Patrick était scolarisé au collège La Salle L’Aigle, à Grenoble, de la 6 e à la 3 e. Photo Jean-Baptiste Bornier



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