Enseignement catholique : la journée de classe «banalisée» pour la venue du pape Léon XIV en France suscite des critiques
La démarche du secrétariat de l’enseignement catholique n’a pas été du goût de tous. Parmi les syndicats d’enseignants du privé sous contrat, certains ont fait part de leurs réserves.
À l’occasion de la venue du pape Léon XIV en France, voilà qu’il est encore question du «caractère propre». Dans une note adressée il y a 15 jours à ses directeurs diocésains, le secrétariat général de l’enseignement catholique (Sgec) a appelé à l’organisation d’une «journée de classe banalisée », « obligatoire, dans le respect de la liberté de conscience de chacun » , ce vendredi 25 septembre, date d’arrivée du souverain pontife.
« De nombreux chefs d’établissement, directeurs diocésains, équipes éducatives et représentants de parents ont exprimé le souhait de faire de cet événement exceptionnel un véritable temps éducatif», explique dans ce courrier Guillaume Prévost. «Patron» depuis un an de l’enseignement catholique, ses positions en faveur de la réaffirmation du « caractère chrétien» de ses établissements ont suscité l’an dernier moult débats. On se souvient de ses déclarations, en octobre 2025, sur « le droit » d’un professeur à faire une prière avec ses élèves.
Cette « journée des communautés éducatives» - organisée d’ordinaire début décembre - « revêt un caractère obligatoire pour les élèves comme pour l’ensemble des enseignants et des personnels, au même titre que toute autre journée scolaire, écrit-il. Cette obligation de présence ne s’accompagne d’aucune obligation de conviction», ajoute-t-il, comme il l’avait expliqué l’an dernier au sujet des prières en classe. Il ne s’agit pas d’imposer une démarche religieuse, mais de permettre à chaque élève de comprendre l’événement, d’en débattre». À charge pour chaque chef d’établissement d’en arrêter les «modalités éducatives», poursuit le courrier, qui liste quelques exemples : fresque « qu’est-ce que la paix pour moi ?» à l’école primaire, débats sur l’IA et ateliers d’écriture «fraternité», avec « recueil poétique, concours de slam, lecture publique» dans les collèges et lycées. Et des temps spirituels «facultatifs» : silence, prière, veillée de lumière ou chant commun dans le premier degré et relecture de l’appel à une « vie chrétienne sobre et exigeante» dans le second degré.
La démarche du secrétariat de l’enseignement catholique n’a visiblement pas été du goût de tous. Parmi les syndicats d’enseignants du privé sous contrat, certains ont fait part de leurs réserves, en rappelant le principe de laïcité et de respect de la liberté de conscience. Il faut « une séparation claire entre heures de classe et toute activité à caractère propre», estime-t-on au Spelc (syndicat professionnel de l’enseignement libre catholique), tandis que le Snep-Unsa martèle : « Notre autorité c’est l’État, la République». Du côté du Comité national d’action laïque (Cnal), association qui regroupe notamment la Ligue de l’enseignement, l’Unsa Éducation et la FCPE, fédération de parents d’élèves marquée à gauche, les mots sont plus crus : «l’État finance l’enseignement, pas l’évangélisation. Non, monsieur Prévost, l’identité religieuse des établissements privés ne permet pas tout !»
Chaque établissement «libre de s’en saisir ou pas»
Après la parution d’un article dans Libération le 22 septembre, le secrétaire de l’enseignement catholique a précisé sa position, à travers un communiqué de presse. Il y explique avoir « proposé» à ses établissements d’organiser la journée en question et « assume pleinement» l’initiative. Mais il ajoute que « chaque établissement est libre de s’en saisir ou non». Un rétropédalage ? « C’est beaucoup plus dans les clous du caractère propre», estime Valérie Ginet au Fep-CFDT, syndicat de l’enseignement privé. C’est surtout beaucoup plus clair que ce qui était arrivé dans les directions diocésaines. Certains établissements avaient mal interprété la note, en permettant par exemple à des enseignants qui le souhaitaient d’assister à la messe et de ne pas assurer leurs cours». Pour Valérie Ginet, si la venue du pape en France est «un événement majeur dont les établissements catholiques vont évidemment parler», il faut rester «vigilant à ne pas imposer des temps de prière sur le temps de classe».
Pour Virginie Durin, la présidente de l’Apel (association des parents de l’enseignement libre), cette petite polémique vient illustrer la « difficulté à comprendre» ce qu’est l’enseignement catholique. «Et peut-être que certaines personnes ne veulent pas comprendre, glisse-t-elle. Dans l’enseignement catholique, nous sommes dans la liberté. Chaque établissement peut faire de cette journée ce qu’il veut. Dans certains, les parents d’élèves attendent une journée spéciale. Il est clair aussi que le contexte sera particulier à Paris ou Lourdes, où le pape sera présent. C’est tout cela l’enseignement libre », résume-t-elle.

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