Baisse démographique, mixité et lutte contre les violences sexuelles : comment l'enseignement catholique s'adapte
Par Laurent Decotte
5/09/2026 à 14h35 Article La Voix du Nord
Près de 170 000 élèves ont fait leur rentrée dans les écoles, les
collèges et lycées privés du Nord et du Pas-de-Calais. Le responsable
académique de l’enseignement catholique sous contrat, Olivier Deltour,
aborde les grandes questions qui touchent à l’école privée.
Baisse du nombre d’élèves, mixité sociale, lutte contre les violences sexuelles… Le responsable académique de l’enseignement catholique privé sous contrat, Olivier Deltour donne ses réponses aux grands enjeux auxquels fait face le privé.
Déprise démographique, mais…
« J’ai lu dans vos colonnes que la rectrice indiquait que le Nord et le Pas-de-Calais allaient perdre 20 % des élèves d’ici 2035. Chez nous, la tendance est similaire, même si elle est sans doute un peu moins forte », déclare Olivier Deltour, directeur diocésain de Lille et responsable académique de l’enseignement privé catholique. Des fermetures d’écoles ont déjà eu lieu, par exemple dans les Flandres et à Roubaix , mais « il n’y en a pas d’autre à l’ordre du jour ». Le directeur vante « l’agilité » de l’enseignement catholique sous contrat et relève que l’enseignement public commence à envisager de regrouper des écoles et des collèges, tout au moins les CM2, comme le fait déjà le privé. Consultez l’actualité en vidéo À noter l’ouverture cette année d’un tout nouvel ensemble scolaire, à Cysoing , qui regroupe une école et un collège qui existaient. « Un projet unique» car la démographie est telle que l’heure n’est pas à se développer. Comment voit-il l’avenir ? « Il faut raisonner territoire et travailler en lien avec le public. Si vous avez deux écoles, l’une publique et l’autre privée, dans un village et la même chose dans un village à côté, il faudra se parler.»
L’accusation d’entre soiLes chiffres démontrent que les établissements privés accueillent de plus en plus un public favorisé. Mais selon le directeur diocésain, c’est moins vrai chez nous que dans d’autres académies, soulignant par exemple la place plus grande dévolue à l’enseignement professionnel. Olivier Deltour se tourne vers les collectivités et en particulier les communes qui, sauf à de rares exceptions – il cite Tourcoing – ne prennent pas en charge le coût de la restauration scolaire contrairement à ce qu’elles font pour le public. Car selon lui, le coût de la cantine est le principal frein pour les familles moins favorisées qui voudraient scolariser leurs enfants dans le privé. Il glisse enfin que le nombre moyen d’élèves par classe en primaire est de moins de 20 dans le public. « Chez nous, avec les moyens que l’État nous donne, on est à 25. C’est notre contribution. »
Selon Olivier Deltour, le coût de la cantine est le principal frein pour les familles moins favorisées qui voudraient scolariser leurs enfants dans le privé.
Les contrôles post-Betharram
Des contrôles ont été diligentés dans les établissements privés à la suite de l’affaire Bétharram. « À part en interne, on n’avait pas été contrôlé depuis 1959. Les équipes n’étaient pas prêtes et ceux qui nous contrôlaient non plus d’ailleurs. » Mais « les choses se passent plutôt bien. On apporte les corrections nécessaires », déclare Olivier Deltour sans rentrer dans le détail. Puis il ironise : « On vient nous chatouiller sur des choses que peut-être on est les seuls à bien faire.» Le responsable donne l’exemple de l’apprentissage de l’anglais à l’école. « On est plutôt bons mais on nous reproche de faire appel à des intervenants extérieurs. Peut-être que l’on doit ajuster pour que l’enseignant reste le maître de la séance. » Mais encore : « On nous reproche qu’il manque dix minutes de maths par ici, mais on ne nous laisse pas remplacer les profs absents. Ce qu’on fait plutôt bien dans l’enseignement catholique, on a des personnels prêts à être déclenchés. Mais on nous en empêche : par exemple on ne peut pas commencer un remplacement le vendredi ou terminer un remplacement le lundi. S’il n’y a pas 15 jours d’absence, on n’a pas le droit non plus… »
Les violences sexuelles
Sur les violences sexuelles dans le périscolaire , Olivier Deltour considère que si « nul n’est à l’abri, en tout cas, on est plutôt préservés ». Pourquoi ? « Parce
que le pilotage chez nous ne se fait pas à l’échelle du village ou de
la ville, mais de l’école et de l’établissement. Et donc il y a un
niveau d’agilité, de proximité et de sécurité autres», avance-t-il. Deuxième argument avancé : « Chez nous, les parents sont très présents dans les établissements.»
On vient nous chatouiller sur des choses que peut-être on est les seuls à bien faire.
S’agissant de la nouveauté de la rentrée de soumettre tous les élèves à un questionnaire sur les violences sexuelles , Olivier Deltour s’interroge : « Je ne dis pas qu’il ne faut pas le faire » (…) Mais « il ne faut pas que l’on vienne décourager les adultes. » Le responsable académique donne l’exemple d’un voyage de classe : il rappelle l’engagement que cela représente pour l’enseignant et poursuit : « Mais si derrière, on demande à l’enfant : est-ce que la maîtresse a été gentille ? Parce qu’on a vu des premières versions du questionnaire, c’est un peu ça, ça ne va pas. » Il estime aussi que « ça prend du temps alors que la priorité est au langage, au raisonnement scientifique, au climat scolaire… » Concluant malgré tout qu’« il est primordial d’être dans l’écoute et le repérage. ».

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