Violences sexuelles présumées à l’école Sainte-Marguerite de Saint-Benoît : des parents d’élèves demandent le réexamen du dossier après son classement sans suite
Ecrit par Sébastien Gignoux – le vendredi 21 août 2026 à 12H05
Dans l’incompréhension après le classement sans suite de la dizaine de plaintes pour agression sexuelle sur mineur visant un personnel de l’établissement, des parents d’élèves de maternelle de l’école Sainte-Marguerite de Saint-Benoît demandent à la justice le réexamen du dossier. Le parquet vient d'ordonner des actes complémentaires.
L’affaire a suscité un certain malaise lorsqu’elle a été évoquée lundi 17 août à l’occasion de la table ronde Stop VIF organisée à Saint-Denis par un collectif d’associations de protection de l’enfance. En présence de plusieurs magistrats, dont la procureure générale Fabienne Atzori et la procureure de la République de Saint-Denis, Véronique Denizot, une maman d’élève de l’école privée Sainte-Marguerite de Saint-Benoît est venue relayer « l’incompréhension » des parents à l’origine d’au moins 11 plaintes pour agression sexuelle sur mineur de quinze ans visant un personnel non-enseignant de l’établissement, les premières ayant été déposées dès novembre 2025.
Ayant appris en juin dernier le classement sans suite de cette affaire pour « infraction insuffisamment caractérisée », leur porte-parole a exprimé publiquement leurs interrogations, tant sur le déroulé de l’enquête que sur la décision prise à l’issue. Une décision intervenue, selon Marie*, « alors que l’ensemble des enfants identifiés comme victimes ou témoins potentiels n’avaient pas encore été auditionnés ».
"Des enfants de trois ans entendus six mois après"
Parmi les éléments invoqués pour justifier le classement de l’affaire, le fait que certains enfants « n’auraient pas réitéré leurs déclarations. » « Mais on parle d’enfants de deux ans et demi à trois ans au moment des faits, dont certains ont été entendus six mois après », réplique cette mère d’un enfant, qui s’interroge sur l’efficacité des techniques d’audition de très jeunes enfants, scolarisés en petite section de maternelle.
« Un enfant de trois ans ne révèle pas nécessairement tout ce qu’il a vécu en une seule fois, ni au moment où l’adulte le lui demande », dit-elle encore, estimant que « les procédures de recueil de la parole des très jeunes enfants mériteraient d'être plus progressives et davantage adaptées à leur développement. »
"Certains ont expliqué avoir eu peur"
L’affaire, investiguée dans un premier temps par les gendarmes de Saint-Benoît, avait dû être rapidement délocalisée auprès d’une brigade spécialisée à Saint-Paul, alors que des enfants de militaires bénédictins faisaient partie des victimes potentielles.
« Pour les enfants entendus dans le cadre de la cellule Mélanie, plusieurs parents ont fait le même constat : leurs enfants ne se sont pas toujours sentis en confiance avec les personnes chargées de recueillir leur parole », pointe encore Marie. « Certains enfants ont expliqué avoir eu peur de parler à un gendarme en uniforme, parce que, selon eux, ce dernier va les "gronder" », illustre la mère de famille.
"Existence d’un stress post-traumatique"
Autre motif d’incompréhension : « parmi les points justifiant le classement, il est invoqué l’absence de retentissement psychologique chez les enfants d’après les experts. Or, dans notre situation, certains enfants ont par ailleurs été examinés dans le cadre d’une démarche personnelle par des professionnels en pédopsychiatrie, qui ont relevé l’existence d’un stress post-traumatique. Des conclusions contradictoires à celles de l’enquête », note Marie, qui s’interroge : « comment faire dialoguer les différentes expertises et appréciations professionnelles lorsqu’elles semblent diverger ? »
"Des victimes potentielles jamais auditionnées" ?
Autre point crucial pour ces parents d’élèves, le fait que, « à travers les plaintes, certains enfants ont également désigné d’autres enfants comme ayant été présents au moment des faits, et parfois même comme ayant eux aussi subi des actes de la part de cet adulte. Pourtant, ces enfants ainsi désignés comme témoins ou comme victimes potentielles n’ont, à notre connaissance, jamais été auditionnés », souligne leur porte-parole.
De fait, ces parents demandent « que la parole des enfants soit réellement entendue et prise en compte. Il existe, selon nous, un faisceau d’indices et d’éléments concordants qui méritent d'être examinés dans leur ensemble, pour que toute la lumière soit faite sur les faits dénoncés et que les enfants soient pleinement protégés », résume Marie, alors qu’une première vague de parents plaignants a été reçue en juin dernier par l’ARAJUFA pour se faire expliquer la décision du parquet de classer l’affaire.
Des actes complémentaires ordonnés par le parquet
Face à cet exposé du ressenti des parents d’élèves de Sainte-Marguerite, la procureure générale Fabienne Atzori a convenu que les parquets « ont encore une marge de progression pour mieux expliquer nos décisions ». Et a informé les parents de la possibilité « de contester la décision de classement devant le parquet général, car il peut y avoir parfois des décisions de classement trop hâtives. »
Ce que plusieurs parents ont, selon nos informations, déjà fait en écrivant ces derniers jours à la procureure générale, tandis que des avocats doivent intervenir prochainement pour demander une copie du dossier d’enquête.
De source judiciaire, on apprend par ailleurs que le parquet de Saint-Denis a été également saisi de contestations et de demandes complémentaires, et que des actes complémentaires d’enquête ont été ordonnés et sont déjà en cours d'exécution. L’affaire de l’école Sainte-Marguerite n’est peut-être pas encore définitivement close.
*Le prénom a été modifié

Commentaires