Musulmans insultés, croix gammées et blagues sur « tonton H » : le racisme est-il banalisé dans ce lycée privé du Val-d’Oise ?

Après des révélations du Parisien concernant le lycée Notre-Dame-de-Bury, appartenant au groupe scolaire Bury-Rosaire, dans le Val-d’Oise, de nombreux témoignages sont parvenus à la rédaction. Élèves et enseignants dénoncent des dérives non sanctionnées, ce que conteste la direction.


Le déguisement nazi était-il un dérapage isolé ? Les insultes racistes à l’égard d’un professeur musulman, aussi ? Quelques semaines après les révélations du Parisien concernant des dérives dénoncées par des enseignants du lycée privé catholique Notre-Dame-de-Bury de Margency (Val-d'Oise), sous contrat avec l’Éducation nationale, plusieurs témoignages d’élèves — actuels et anciens — confirment ironiquement « une ambiance unique ». Et un racisme banalisé.

Parmi eux, Ismaïl (le prénom a été changé), qui fréquentait encore cet établissement il y a deux ans, alors qu’il était en seconde. Harcèlement, humiliations et insultes racistes venant d’autres élèves… Le jeune homme, qui a dû changer de lycée depuis, raconte avoir subi « l’enfer ».

« Ça me lâche des Ta gueule et les profs ne disent rien »

À son arrivée au lycée, Ismaïl est déjà familier de ce groupe scolaire de 2 800 élèves âgés de 3 à plus de 20 ans, selon son site Internet, et jouissant d’une bonne réputation : il était au collège Notre-Dame-de-Bury et, avant ça, à l’école primaire du Rosaire, à Saint-Leu-la-Forêt. « Mes parents m’ont inscrit pour la qualité de l’enseignement et pour le cadre, souligne-t-il. C’était censé être un lycée bien fréquenté. »

Dès les premiers mois, un groupe composé d’une dizaine d'élèves, essentiellement des garçons, aurait commencé à s’en prendre à cet adolescent de confession musulmane. Les moqueries portent d’abord sur le physique, avant de tourner aux insultes.

« Tout le monde se fout de moi, le harcèlement se propage dans la classe : quand je lève la main, ça me lâche des Ta gueule et les profs ne disent rien, livre le jeune homme. Les autres élèves m’appellent le terroriste. En cours de maths, quand je sors ma calculette, ils crient : Attention il a une télécommande de C4 ! »

Viennent les blagues sur le 11 septembre 2001, le Bataclan… Un élève lui aurait lancé : « Vous, les Arabes, vous devez tous retourner chez vous ».

Ismaïl dit alors sombrer dans une sorte de dépression : « Je ne mange plus, j’ai du mal à dormir, je ne ressens plus  d’émotions fortes, si ce n’est des émotions négatives. Je me crée une carapace. »

« Si nous en avions eu connaissance, les élèves auraient été sanctionnés »

Pour éviter de s’enfoncer dans une spirale infernale, le jeune homme dit avoir tenté  d’en parler au corps enseignant. Sans effet ni sanction, selon lui. « Rien n’a été remonté à la vie scolaire, regrette-t-il. Ce qui m’énerve, c’est d’être allé en parler à des profs en qui j’avais confiance. »

Désespéré, Ismaïl finit par en parler à ses parents, en fin d’année. Et demande à changer de lycée l’année suivante. « Ils ont couru à Bury pour s’entretenir avec la direction, explique-t-il. Mais celle-ci leur a juré que le lycée n’était pas au courant alors que j’en avais pourtant parlé. »

Contacté par Le Parisien, l’établissement indique n’avoir jamais eu de signalement, bien que l’élève ait été invité à « s’adresser directement à la vie scolaire, ce qu’il n’a pas fait ». « À chaque fois que des faits nous sont remontés, ils sont pris en compte et traités, assure la direction du lycée. Si nous en avions eu connaissance, les élèves auraient été sanctionnés. »

« Une culture bizarre des blagues sur la Shoah »

Au-delà des brimades et des insultes dont il a été victime, le jeune homme rapporte également « une culture bizarre des blagues sur la Shoah », à Bury. « Les élèves ne se gênent pas pour dessiner des croix gammées sur les cahiers des autres. Il y en a dans le parc et visiblement, ça ne dérange personne. » Selon lui, les blagues sur « ce bon vieux tonton H » sont tristement banales.

Un constat partagé par d’autres élèves, toujours scolarisés au lycée. « Ce n’est pas rare de trouver des croix gammées sur les tables, sous couvert d’humour », témoigne une élève. « Des faits de ce type ont été portés à notre connaissance, et une action a toujours été menée dans les jours qui suivaient, avec la famille », assure néanmoins l’établissement.

Parmi les adolescents, il se dit que certains élèves agiraient sans craindre d’être punis, car ils ont des « parents extrêmement fortunés ou proches de la direction ».

« Aucun traitement de faveur », selon la direction

Une question qui s’est posée quand un élève est venu avec un déguisement nazi pour Mardi gras. Selon nos informations, la mère du garçon concerné était alors employée par Notre-Dame-de-Bury. Et « malgré les dérapages, c’est un élève qui a été extrêmement protégé », estime un membre de l’équipe pédagogique.

« Il n’y a eu aucun traitement de faveur insiste l’établissement. Bury est en capacité de faire fi de ce genre de situation. Les choses ont été clairement exprimées aux parents présents quand il a fallu traiter le problème. »

À la suite d'un signalement, le rectorat a procédé à un contrôle académique « inopiné sur place », le 13 mars 2026. « Les inspecteurs ont pu recueillir lors des auditions des éléments complémentaires, ainsi qu’un deuxième témoignage. » Le rapport de contrôle n’ayant pas été finalisé, le rectorat n’a pas pu communiquer sur ses conclusions.

 

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