« Ils étouffent des affaires et détruisent des gens » : dans ce lycée privé du Val-d’Oise, la direction au cœur des critiques
Alors que des accusations de racisme et d’atteinte à la laïcité sont portées contre le groupe scolaire privé Bury-Rosaire, dans le Val-d’Oise, des salariés et enseignants dénoncent un management toxique de la direction. Cette dernière évoque un « règlement de compte ».
Une gestion « à la tête du client » et par « affinité ». C’est ainsi que certains membres du personnel évoquent l’ambiance de travail au sein des différents établissements privés catholiques du groupe scolaire Bury-Rosaire , dans le Val-d'Oise.
Au point d’effectuer des signalements au rectorat, qui ont donné lieu à plusieurs visites sur les divers sites de l’institution, en mars dernier. D’aucuns dénoncent une direction « toxique », « malsaine » et un climat de « copinage ». « Tous ceux qui pourraient contester ce qui se passe sont poussés vers la sortie », résume un ancien professeur du lycée Notre-Dame-de-Bury.
Plusieurs témoignages citent notamment le cas d’un professeur qui, en souffrance professionnelle, aurait rencontré les inspecteurs académiques dans le cadre de leur contrôle de l’établissement, en mars dernier.
Des échanges fermes
À la suite de cette rencontre, celui-ci a été pris à partie par la direction, qui lui a reproché d’avoir interpellé la délégation de l’Éducation nationale. « Cette attitude me surprend car nous n’avons pas pour habitude à Bury-Rosaire de faire cavalier seul », écrit notamment la direction, dans un échange de mails consulté par Le Parisien.
Contactée, cette dernière se défend toutefois d’avoir vu d’un mauvais œil la démarche de l’enseignant.
« Mais les inspecteurs suivaient un planning imposé et très millimétré. Le professeur a pris, de sa propre initiative, le soin de rencontrer individuellement deux membres du corps d’inspection. Il n’a pas été en cours, et s’est autorisé à rencontrer les inspecteurs en mettant en difficulté la collègue qui devait les recevoir au cours de l’heure suivante. C’est ça, faire cavalier seul. »
Une déléguée syndicale s’étonne toutefois : « Un enseignant ne peut être blâmé pour avoir rencontré individuellement un ou plusieurs inspecteurs, a fortiori si celui-ci est venu assister préalablement à son cours et qu’un rendez-vous a été pris ensuite ».
« Il y aura des conséquences »
Même schéma dans une autre affaire de harcèlement dénoncée au sein d’une équipe travaillant sur plusieurs sites du groupe Bury-Rosaire. Après avoir signalé les faits, la salariée concernée — qui ne travaille plus dans l’établissement — avait alors fait part de sa volonté de saisir la commission harcèlement, dédiée à ce genre de problématique.
Mais, elle affirme n’avoir reçu qu’une seule réponse de la part de la direction : « Il y aura des conséquences. » Quelques mois plus tard, la salariée a finalement été licenciée pour des motifs qu’elle juge « mensongers ». Elle a depuis engagé une procédure devant le conseil de prud’hommes contre l’établissement.
Un rapport alarmant sur les risques psychosociaux en 2020
« C’est systémique : on ne vire pas les harceleurs, mais les harcelés », affirme un membre de l’équipe pédagogique enseignant toujours au sein du groupe Bury-Rosaire. « Ils étouffent des affaires et ils détruisent des gens. Ce n’est pas la justice qui est recherchée, c’est sauver l’image et la réputation du lycée», glisse un ancien membre du personnel.
Des problématiques déjà portées à la connaissance de l’établissement en février 2020, via une expertise décidée par le Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, puis confirmée par le comité social et économique (CSE) de l’association scolaire mariste Bury-Rosaire.
Consulté par Le Parisien, ce rapport, réalisé à partir de 75 entretiens et qui évoque les risques psychosociaux au sein de l’environnement de travail Bury-Rosaire, constate « l’expression quasiment unanime d’un manque de reconnaissance par le personnel de tous niveaux hiérarchiques ».
« Une telle unanimité interroge sur les capacités de l’organisation du travail à écouter et à confronter les points de vue », complète le rapport.
« Des idées suicidaires en relation avec les conditions de travail »
La problématique du management y est directement pointée du doigt : « Le lien s’est distendu, notamment entre la direction et le corps enseignant, avec pour conséquence une mise en retrait de ces derniers. » Le mal-être serait tel que plusieurs salariés auraient exprimé « des idées suicidaires en relation avec les conditions de travail », toujours selon le rapport.
Contacté par Le Parisien, le groupe Bury-Rosaire assure « que sur 340 salariés, nous n’avons eu affaire qu’à des cas isolés ». Les responsables regrettent par ailleurs « des règlements de compte de professeurs qui se retrouvent sur la place publique », et réaffirme sa « disponibilité pour toutes les équipes ».
Quant aux contrôles menés en mars dernier par les services de l’académie de Versailles , les conclusions n’ont pas encore été communiquées. Le groupe Bury-Rosaire assure en attendre les résultats : « Si on nous demande d’améliorer les choses, on le fera, car ce sont nos obligations ».

Commentaires