Finistère Les victimes d’agressions et de viols reçues au Likès pour le « pardon » de l’institution

 

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Témoignages

Heureusement, le dortoir n’existe plus. Mais dans une salle, on a reconnu le carrelage au sol. C’était un choc. Cinquante-cinq ans qu’il n’avait pas mis les pieds au Likès à Quimper. Vendredi 17 juillet, cet homme de 66 ans a été reçu, avec cinq autres victimes d’abus sexuels, dans les locaux du lycée catholique.

Pour la première fois, trois représentants du réseau lasallien (ensemble d’établissements d’enseignement catholique fondé sur la pédagogie de saint Jean-Baptiste de La Salle) ont recueilli leur parole. Des récits de personnes fracassées par un frère violeur qui surveillait les dortoirs des sixièmes, dans les années 1970. On a été secoués, avoue Colette Allix, membre de la cellule d’écoute de la congrégation des Frères des écoles chrétiennes, qui a écouté les victimes aux côtés de Loïc Thomas, délégué régional et Xavier Moënner, directeur de l’établissement. Les mots étaient durs.

Je suis entré au Likès en 1976, à l’âge de 11 ans, et je suis mort au Likès. Je n’ai jamais pu avoir d’enfant. J’avais trop peur d’avoir un fils et de ne pas pouvoir l’aimer. Le soir, au dortoir, il cognait un trousseau de clés contre le lit de sa proie. Puis il l’emmenait dans un box. Derrière les rideaux, c’était l’enfer. Ce sont quelques-unes des phrases prononcées par ces hommes désormais âgés d’une soixantaine d’années.

Les larmes ont suivi les silences. À la fin des récits, à tour de rôle, les trois laïcs se sont exprimés : Pour la première fois, ils ont demandé pardon, rapporte le collectif.

« Il nous a crus »

Viols, agressions sexuelles, baffes, coups avec une règle en bois, humiliations… Dans le sillage de l’affaire Bétharram, les victimes quimpéroises ont créé le collectif des victimes du Likès, le 5 février. Après des mois d’attente, ils ont également été reçus par l’évêque de Quimper et du Léon, Laurent Dognin, le 16 juillet.

Il nous a crus,déclare Michèle Le Reun-Gaigné, membre de l’association pour la mémoire et la prévention des abus sexuels dans l’Église catholique de l’Ouest (Ampaseo). On est ressortis avec le sentiment que la porte s’ouvrait enfin. Il a d’ailleurs demandé un témoignage écrit à chacune des victimes, afin de les consigner dans les archives du diocèse.

Une plaque en mémoire des victimes

Pour Daniel Legrand, une des victimes, c’est la fin de l’omerta. Quelque chose a bougé. Le collectif réclame l’ouverture des archives du réseau lasallien, afin d’identifier la chaîne des responsabilités hiérarchiques.

Après un demi-siècle de silence, ces anciens élèves, âgés de 11 ou 12 ans lorsqu’ils ont été abusés, commencent à parler à leurs proches : épouse, enfants... Le collectif compte plus d’une vingtaine de membres. Cinq d’entre eux ont été accompagnés par la Commission de reconnaissance et réparation (CRR), instance nationale indépendante.

Un long chemin vers une vérité que la société n’était pas prête à entendre, jusqu’à aujourd’hui. Nous lançons un appel à témoignages, pour briser l’isolement des victimes,conclut un bénévole. Avant une cérémonie officielle et la pose d’une plaque au Likès, en leur mémoire.

Collectif des victimes du Likès : contact_victimes.likes@yahoo.com

Je suis entré au Likès en 1976, à l’âge de 11 ans, et je suis mort au Likès.

Une victime

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