« Fais cinq pompes en criant : Jésus m’aime ! » : au groupe scolaire Bury-Rosaire, de troublantes atteintes à la laïcité
Avril 2025. Au sein du groupe scolaire Bury-Rosaire, dans le Val-d’Oise, des élèves de 4e et 3e participent à une séance de Formation humaine et spirituelle (FHS) sur le site de Bury, à Margency. Ces collégiens, essentiellement athées ou de confessions juive et musulmane, ne suivent pas de parcours religieux. Pourtant, ce jour-là, un responsable leur propose un atelier centré autour d’un « action ou vérité version foi ».
Si certaines actions proposées semblent anodines, d’autres, selon le document que nous avons pu consulter et plusieurs témoignages d’élèves et de membres de l’équipe pédagogique recueillis par Le Parisien, détonnent particulièrement.
Loin du caractère laïque de la formation censé être proposée aux élèves, il leur est par exemple demandé de faire « cinq pompes en criant : Jésus m’aime ! à chaque pompe », ou encore de réciter « un verset biblique par cœur ».
Du côté des questions « Vérité », les défis sont tout aussi orientés vers la foi chrétienne : « As-tu déjà ressenti que Dieu t’a parlé ? Raconte » ; mais aussi « Quel est le plus beau cadeau que Dieu t’a fait ? »
Un épisode qui illustre une « ambiance très religieuse » qui dépasse le cadre promis par un établissement privé sous contrat. Au sein de ce groupe scolaire, déjà dans la tourmente après les révélations du Parisien mi-juillet sur des actes racistes et homophobes dans la partie lycée — également à Margency —, les langues se délient.
Une liberté de conscience entravée ?
Plusieurs témoignages d’élèves et de membres de l’équipe pédagogique rapportent des dérives religieuses et des atteintes à la laïcité , « à la limite d’entraver à la liberté de conscience ».
Au cœur des critiques : des signalements qui auraient été insuffisamment pris en compte par l’établissement et la manière dont s’est organisée la pastorale. Celle-ci regroupe les encadrants chargés de l’éducation religieuse ou spirituelle des élèves, et de l’organisation d’événements religieux. Mais la fonction de ses membres doit toujours s’exercer dans le respect de la liberté de conscience des élèves.
En clair, ceux qui souhaitent bénéficier d’un parcours religieux suivent la catéchèse — dite « Formation humaine et spirituelle + » (FHS +) —, tandis que les autres suivent la formation simple (FHS). Il en va de même pour les célébrations religieuses : chacun est censé être libre d’y participer ou non.
Si la feuille de séance d’avril 2025 précise bien que « personne n’est obligé de répondre à une question qui le met mal à l’aise », l’encadrant était toutefois averti de la composition du groupe qu’il avait en face de lui, « des jeunes de différentes convictions (chrétiens, musulmans, athées, etc.) ».
« C’est aberrant de faire crier ça à des élèves musulmans »
Et l’atelier n’a pas manqué de faire réagir certains membres de l’équipe pastorale, mais également des bénévoles chargés de l’animation des ateliers qui se sont interrogés sur la démarche.
« C’est aberrant de faire crier Jésus m’aime à des élèves musulmans ! C’est les mettre dans une position extrêmement gênante » soupire-t-on encore.
Contacté, le chargé de pastorale concerné n’a pas donné suite à nos sollicitations. La direction, qui confirme avoir été informée des faits, évoque « un cas isolé, qui ne s’est pas reproduit au cours de l’année suivante ». « Un avertissement oral a été formulé », précise-t-elle, tout en indiquant n’avoir eu aucune plainte de familles.
Des élèves obligés d’aller à la messe
Mais les atteintes à la laïcité rapportées ne concernaient pas seulement les enseignements. Selon plusieurs témoignages, dont ceux de membres de l’équipe pédagogique, certaines célébrations religieuses, organisées sur le temps scolaire, seraient imposées à tous les élèves, quelle que soit leur confession. « Au Rosaire (le collège du groupe situé Saint-Leu-la-Forêt), tout le monde doit y aller », assure un membre de l’encadrement.
Youssef (le prénom a été changé), qui a été scolarisé au Rosaire, confirme avoir assisté à plusieurs messes, alors qu’il est de confession musulmane et avait fait part de son souhait de ne pas y participer. « Ils étaient au courant, et pourtant on était obligés. Sinon on se prenait un savon pas possible ! », se rappelle-t-il.
« Ce sont clairement des abus qui ne respectent pas la liberté de conscience », balaye une ancienne employée du groupe scolaire. Sur ce point, l’établissement n’a pas souhaité répondre à nos questions.
En mars dernier, l’établissement a fait l’objet d’au moins une visite de contrôle menée par les inspecteurs de l’académie de Versailles. Si le rectorat assure suivre de près la situation, il n’a pas pu communiquer ses conclusions, le rapport d’inspection n’ayant pas encore été finalisé.

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