Agressions sexuelles, plaintes, suspension, … Que se passe-t-il dans cette école privée de Loire-Atlantique ?
Deux plaintes pour agressions sexuelles et viol ont été déposées à l'encontre d'un membre du personnel de l'école privée Saint-Martin-Saint-Joseph à Vertou, près de Nantes. À quelques jours de la rentrée, l'inquiétude pèse sur les parents qui attendent des réponses.
Durant l'été, deux plaintes pour agressions sexuelles et viol sur mineurs ont été déposées. Elles concernent un salarié de l'école privée Saint-Martin-Saint-Joseph, à Vertou au sud de Nantes.
C'est dans une ambiance extrêmement tendue qu'une réunion s'est déroulée ce lundi 24 août pour tenter d'apaiser les parents et d'apporter des solutions pérennes.
Une première plainte classée sans suite
Tout commence au début du mois de juillet.
Depuis plusieurs semaines, un petit garçon de 5 ans a peur de se rendre tout seul aux toilettes, sans que quelqu'un ne lui tienne la main. Inquiète, sa maman lui demande si quelqu'un lui a fait du mal. Aussitôt le garçon acquiesce : un membre du personnel de l'école lui aurait mis des doigts dans l'anus, "moi je criais papa, maman, j'étais en train de pleurer, il a dit stop, tais-toi, c'est fini", aurait-il expliqué. Une scène qui se serait déroulée pendant le temps de restauration dans des toilettes fermées à clé.
Le 5 juillet, la famille décide de porter plainte à la gendarmerie de Vertou. Mais à sa grande surprise, le 17 juillet, la plainte est classée sans suite pour "non-concordance des faits", "la procédure a été classée puisqu'il n'a pas été possible de confirmer les événements tels qu'ils ont été décrits", explique le procureur de Nantes.
"On n'est pas du tout satisfait de comment on a été accompagnés et comment ça a été traité. En 10 jours, ce n'est pas possible. C'est bien triste de se dire que la parole d'un enfant de 5 ans ne suffit pas à gratter, chercher, à se dire qu'il y a bel et bien quelque chose", s'indigne la mère de famille.
"Le corps médical est formel : psy, médecin, service de victimologie, ils sont tous formels à dire que ce que mon fils a raconté, il n’a pas pu l’inventer."
Mère de famille
Les parents prennent contact avec une avocate et demandent la réouverture de l'enquête. Le garçon ne souhaite plus remettre les pieds dans l'école, "c'est pour vous dire, à 5 ans, de demander de quitter les repères et les copains, ce n'est pas anodin comme demande".
Au mois d'août, une nouvelle plainte est déposée, contre X pour agressions sexuelles. "Une deuxième famille a fait état des propos tenus par un de ses petits garçons, de 5 ans, il met en cause un individu qui n'est pas identifié comme étant le même parce qu'il lui donne un surnom", confirme Antoine Leroy, procureur de Nantes.
Il l'assure : "On lance des investigations : on reprend le premier dossier, on va creuser ces nouvelles informations."
L'individu sera-t-il suspendu à la rentrée le temps des investigations ?
Ce lundi 24 août, une réunion est organisée par l'école. Plus de 300 parents sont présents dans la salle de restauration du collège Saint-Blaise. "Nous, on l'aime cette école, il y a de bonnes maîtresses, nos enfants s'y sentent bien mais on attend des réponses et que l'école prenne ses responsabilités", souligne une maman avant de prendre place.
"Cette situation m'affecte, elle ne me laisse pas insensible, je partage vos inquiétudes légitimes", débute Stéphanie Mabon, directrice de l'établissement pour le cycle I. Pendant près d'une heure, l'ensemble de la direction s'est passé la parole pour expliquer le protocole mis en place pour l'accompagnement des élèves, particulièrement des maternelles aux toilettes, et les nouveautés à la suite des évènements.
Mais dès le début de cette rencontre, la tension redescend d'un cran lorsque le président de l'OGEC (l'organisme de gestion de l'enseignement catholique) en charge des salariés de l'établissement affirme que la personne concernée ne sera plus présente dans l'établissement, "ni en maternelle, ni en primaire, ni au collège, en accord avec la personne concernée".
"C'était le minimum", souffle un père à la sortie.
Mais pour autant, malgré les nombreuses règles énoncées, notamment le fait que 2 ASEM (agents spécialisés des écoles maternelles) accompagneront désormais les enfants aux toilettes pendant la pause méridienne au lieu d'une, les parents restent mitigés. "Tout ça c'est bien beau, mais comment s'assurer que ces mesures soient respectées, est-ce que c'est réellement possible ?", s'interrogent-ils, surtout que la direction n'annonce pas employer plus de personnes, seulement effectuer une "réorganisation géographique" du personnel.
À la fin de cette réunion, des questions restent en suspens.
Alors que, selon les parents, les faits de la première plainte se seraient déroulés dans des toilettes attenantes à la restauration qui peuvent être fermées à clé, la directrice est ferme : même si ces toilettes existent bien, "elles ne permettent pas d'accueillir des élèves de maternelle, c'est pour cela que nous sommes obligés de quitter la salle et de les emmener dans le bloc sanitaire des Moyennes-sections dans un autre bâtiment".
"On n'a jamais eu aucun enfant de maternelle qui utilise ces toilettes."
Stéphanie Mabon, Chef d’établissement St Martin (Cycle I)
De plus, elle insiste sur le fait que "les ASEM sont les seules à avoir l'autorité pour emmener les enfants dans le bloc sanitaire", mais alors comment un personnel non enseignant s'est-il retrouvé seul avec un enfant aux toilettes ? "Nous nous sommes aussi interrogés", poursuit l'ensemble de la direction.
Pour les parents : "La confiance est brisée par des mensonges assumés. Il y a une scission entre l'école et les parents, ils ne veulent pas échanger."
"La priorité absolue, c'est la sécurité des enfants, j'espère que les décisions prises iront dans ce sens."
Frédéric Delemazure Directeur diocésain de l’enseignement catholique de Loire-Atlantique
Un point presse avec le diocèse, en charge de l'établissement scolaire, est organisé ce mardi 25 août.
De son côté, Patrice Garnier, adjoint au maire de Vertou chargé de la petite enfance, explique qu'"on ne fait pas d'ingérence, on n'a pas de décision à prendre concernant le personnel, notre rôle c'est d'accueillir et d'écouter les familles. On a bien vu l'inquiétude de savoir s'ils vont laisser leurs enfants dans cet établissement et nous on est là pour les épauler."
Un groupe WhatsApp regroupant 500 familles inquiètes
À l'annonce de la première plainte, de nombreuses familles se sont réunies.
Un groupe WhatsApp a été créé, il regrouperait près de 500 personnes, dans lequel d'autres témoignages de potentielles agressions sexuelles auraient été recensés.
"Moi, j'attends qu'on arrête que la parole des enfants n'ait aucune valeur, on est prêts à rester mobilisés", ajoute une mère de famille.
Une permanence psychologique sera à la disposition des enfants le jeudi 3 septembre.
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