« Nous honorons leur courage » : dans la cour du collège-lycée nantais, la mémoire des élèves abusés gravée dans le marbre
Une plaque en mémoire des victimes d’agressions sexuelles au sein de l’établissement Saint-Stanislas, a été dévoilée, ce samedi 27 juin. En présence de représentants du collège-lycée nantais, de l’enseignement catholique, et de l’évêque de Nantes, qui ont, au nom de leurs institutions, demandé pardon aux anciens élèves abusés.
La cour du collège-lycée Saint-Stanislas, à Nantes (Loire-Atlantique) s’est remplie d’un lourd silence, ce samedi après-midi 27 juin. Sous l’escalier central, dans la cour de cet établissement privé du centre-ville de Nantes, une plaque a été dévoilée en mémoire des enfants et adolescents victimes de violences sexuelles alors qu’ils étaient élèves, entre les années 1950 et 2000.. Nous honorons leur courage et leur voix. Que justice, respect et protection guident désormais nos pas et fassent de l’Église et des écoles confessionnelles un lieu sûr, est-il gravé dans le marbre.
Au pied de l’escalier, des victimes et proches de victimes, des représentants du diocèse, de l’enseignement catholique et des élèves de Saint-Stanislas marquent un temps de recueillement.
Cette plaque a été apposée à la demande du collectif « Saint-Stanislas victimes de l’institution », créé en septembre 2025, à la suite de dénonciations d’abus sexuels et de l’appel à témoins lancé par la direction diocésaine de l’enseignement catholique. Cette stèle, nous l’avons exigée »,rappelle Emmanuel Cocaul, du collectif. Pour la première fois depuis 1984 et la fin de sa scolarité, l’ancien élève remet les pieds dans cette cour. C’est un séisme de revenir ici, glisse-t-il à la fin de la cérémonie. Même si ce saut dans le temps, ce devoir mémoriel est très précieux pour notre collectif.
À ce jour, 83 personnes ont signalé des faits dans l’établissement, selon le diocèse. Dans le sillage de Saint-Stanislas, des abus ont été dénoncés dans d’autres établissements privés du département. « Pardon pour la lenteur que nous avons mise à libérer la parole »
Dans les mots d’Emmanuel Cocaul transpire la colère. Après la pose de cette plaque, son sentiment n’est pas celui d’une réelle réparation. Plutôt la récompense de notre résistance et de nos seuls efforts et d’une écoute perfectible de l’Église. On nous fit croire parfois, et jusque très récemment, que nous étions des murmures, des rumeurs […], poursuit l’ancien élève. Ce lieu a été le théâtre de souffrances indicibles, de blessures qui laissent à jamais des cicatrices dans nos chairs et nos mémoires.
Pour Christophe Solignac, membre du collectif, cette stèle n’est pas non plus un aboutissement. Mais c’est la première fois que j’entends, par trois fois, « pardon. Le pardon exprimé par le chef d’établissement actuel, Thierry Bougère, le directeur diocésain de l’enseignement catholique en Loire-Atlantique Frédéric Delemazure, et l’évêque de Nantes, Laurent Percerou.
Rien ne saura réparer le mal qui a été fait mais notre devoir est de reconnaître que l’institution a failli »,ont déclaré Thierry Bougère et Frédéric Delemazure. L’évêque Laurent Percerou est revenu sur les moments où la parole des victimes s’est exprimée, depuis les tags tracés sur les murs de Saint-Stanislas et du secrétariat du diocèse en octobre et novembre 2021, tel ou tel courrier auquel j’ai répondu mais que je n’ai sans doute pas traité avec suffisamment de sérieux ».L’évêque a demandé pardon pour la lenteur que nous avons mise à libérer la parole.
Formation des responsables dans le diocèse, cellule d’écoute, contrôle des établissements et notamment des internats : les institutions veulent s’engager pour que cela ne se reproduise plus. C’est la seule chose qui m’intéresse, souffle une victime.

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