Prévoyance : le privé catholique face à une fronde historique

 Avec le coût de la prévoyance qui risque de fortement augmenter, l’intersyndicale du privé fait front commun pour sauver un acquis de 50 ans. Un conflit assez inédit est ouvert dans l’enseignement catholique. Environ 700 personnes ont fait le déplacement à Paris et de nombreuses manifestations ont eu lieu en France. « Les discussions engagées ne permettent pas de garantir la conclusion d’un accord de substitution offrant un niveau de protection équivalent dans les délais impartis » , soulignent les 4 syndicats du privé qui promettent « une rentrée 2026 compliquée ».

 


 Article Café Pédagogique

 Publié le 29 mai 2026

 

 

Un enterrement en grande pompe

C’est une vraie procession digne de l’enseignement catholique qu’ont effectuée les manifestants (Fep-CFDT, Spelc, Snec-CFTC et CGT-EP ). La colère était froide dans une atmosphère dépassant les 35°C ce jeudi 28 mai devant le Panthéon à Paris. Une fois n’est pas coutume, une intersyndicale de l’enseignement privé sous-contrat appelait à « l’enterrement annoncé de la prévoyance ».

Moins d’un millier de personnes ont ainsi remonté la rue Soufflot derrière un corbillard sous une musique de Mozart. Un vrai spectacle pour les touristes présents. « On est en colère ! », scandent les manifestants. « J’ai décidé de faire grève quand j’ai vu la perte que je vais avoir au niveau de la prévoyance », explique cette enseignante. « Je perds environ 1/30 ème de mon salaire mais là on parle de la santé ! Déjà que notre salaire net est plus faible que dans le public et que notre retraite est calculée sur 25 ans…». La prévoyance actuelle existe depuis 1978 et maintient une rémunération à 95%. La proposition du Ministère via la MGEN est plus chère et moins avantageuse.

« Est-ce que ce sont les valeurs du catholicisme ? »

A Paris, autour du cercueil qui symbolisait la prévoyance, beaucoup prenaient des photographies avec en fond le majestueux Panthéon. Dans les discours des secrétaires généraux, la colère est bien présente. « L’enseignement catholique abandonne ses enseignants. La prévoyance est quelque chose qui protège les personnes malades ou en invalidité », explique Valérie Ginet (Fep-CFDT). La cheffe de file des chasubles orange dénonce le manque de solidarité et de compassion. « Est-ce que ce sont les valeurs du catholicisme ? », tonne Valérie Ginet dans son discours de 5 minutes. « Cette nouvelle prévoyance va aussi réduire notre pouvoir d’achat ».

Du côté du SPELC, la colère est la même. « Un droit essentiel est aujourd’hui menacé. Notre prévoyance n’est pas un privilège », lance Jean-Louis Stalder au micro. « Il n’est pas acceptable de résumer la solidarité à une ligne d’écriture comptable. (…). La solidarité est une valeur morale, elle devrait trouver toute sa place dans l’enseignement catholique ».

« Nous sommes déterminés à défendre notre modèle de protection solidaire ! ».

Véronique Cotrelle (Snec-CFTC) distribue les bons points : « Nous saluons le courage des directeurs diocésains des Hauts-de-France, de Nantes, de Poitiers et de Rennes qui ont dit qu’il était possible d’avoir une autre voie. Ils sont pour la continuité de cette prévoyance ». « Cela fait déjà deux ans que le contrat a été dénoncé. Le collège employeur joue la montre ». Véronique Cotrelle rappelle l’engagement de Philippe Delorme, secrétaire général de l’Enseignement catholique jusqu’au 1er septembre 2025 « pour maintenir les garanties ». L’actuel secrétaire général, Guillaume Prévost, essaye de garder la main et se range du côté des syndicats sur la question de la prévoyance.

« La FNOGEC évoque une surcomplémentaire en plus de la MGEN. Ce schéma ne tient pas ! ». Les « Guéret démission » sont entendus à plusieurs reprises. Pierre-Vincent Guéret est actuellement le président de la FNOGEC (fédération nationale des organismes de gestion de l’enseignement catholique) qui a la main sur la prévoyance. « L’Etat ne cédera pas sur une impasse juridique ».

La syndicaliste évoque une perte moyenne de 2,5% de salaire pour les 145 000 professeur.es du privé. Elle rappelle aussi « le travail invisible » des profs du privé avec « du bénévolat quotidien » notamment « sur les aides données à la cantine, lors des journées portes ouvertes…»

« De l’argent, il y en a pour les petits fours ! »

La dernière prise de parole revient à la CGT privé. « C’est une attaque sociale totalement inédite vis-à-vis des enseignants du privé sous contrat », lance Barbara Danino (CGT). « L’accord a été dénoncé le 24 juillet 2024 par le collège employeur et les organisations des chefs d’établissement, ceci sans concertation, sans aucune honte ! (…) Quand une collègue devient invalide ce n’est pas un coût, quand une famille perd un proche ce n’est pas un tableau Excel. De l’argent, il y en a pour la communication institutionnelle, pour les restructurations, pour les cabinets de conseils et pour les petits fours ». La syndicaliste prend pour exemple la récente « journée pédagogique de Nice »

La Rédaction du Café pédagogique 

 

 

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