Des enseignants du privé font les "morts" avec un cercueil devant le Panthéon pour défendre leur système de prévoyance menacé de disparition en fin de l'année (elle ne leur coûte que 10 euros par mois)

 


 

Publié le 28/05 à 16h46

BFM TV 

Les professeurs des établissements d'enseignement privé catholique se mobilisent, ce jeudi 27 mai à Paris, pour préserver leur système de prévoyance très protecteur que les actuels financeurs (qui ne sont pas l'État employeur) souhaitent éteindre.

Ci-gisent des enseignants du privé, vêtus de noir, devant le Panthéon à Paris. Ce jeudi 27 mai, les quatre syndicats représentatifs des professeurs des établissements d'enseignement privé catholiques se sont mobilisés pour défendre leur système de prévoyance. Réputé pour sa généreuse couverture en contrepartie d'une participation financière défiant toute concurrence, celui-ci doit s'éteindre d'ici la fin de l'année.

 

"Là, on est très en colère", affirme Valérie Ginet, secrétaire générale de la Fep-CFDT, premier syndicat de la formation et de l'enseignement privé. "C'est rare qu'il y ait une mobilisation intersyndicale des enseignants privés sous contrat", appuie-t-elle.

Des centaines d'enseignants d'établissements privés catholiques étaient attendus dans la capitale, après déjà plusieurs manifestations dans plusieurs villes du pays depuis mardi. Mercredi soir, la Fep-CFDT estimait à 500 le nombre d'enseignants prêts à battre le pavé ce jeudi après-midi.

 


L'intersyndicale des enseignants des établissements privés catholiques ont manifesté et déambulé avec un cercueil et un corbillard à Paris, ce jeudi 28 mai, pour défendre leur système de prévoyance en vigueur depuis 1978. © Marie-Flamine Lavergne

Remontant la rue Soufflot jusqu'au Panthéon, les enseignants ont déambulé avec un corbillard et un cercueil, en référence aux risques couverts par les contrats de prévoyance en général, à savoir les arrêts pour maladie longue, voire le décès.

Des enseignants payés par l'Éducation nationale, qui ne finançait pas leur prévoyance

Il faut dire que le système est unique en son genre. Si les enseignants du privés sont bien payés par l'État en tant qu'employeur, ces derniers bénéficient - depuis 1978 et toujours depuis leur acquisition du satut d'agent public en 2005, d'une prévoyance négociée entre les syndicats, le secrétariat général de l'enseignement catholique (Sgec) et les organismes de gestion de l'enseignement catholique (Ogec).

À l'inverse, leurs homologues des écoles, collèges et lycées publics, eux aussi rémunérés par le ministère de l'Éducation nationale, ne bénéficiaient d'aucun système de prévoyance collectif.

Du moins jusqu'à la mise en oeuvre, en mai 2026, d'un système de protection sociale complémentaire (PSC) pour les fonctionnaires et agents publics, qui instaure notamment une mutuelle obligatoire collective comme cela existe depuis dix ans dans les entreprises privées.

La réforme de la protection sociale complémentaire a rebattu les cartes

Cette réforme majeure de la fonction publique est issue d'une loi votée en 2024. En plus d'une mutuelle obligatoire co-financée par l'État employeur au bénéfice des fonctionnaires et des agents publics, elle offre aussi, à titre facultatif, l'accès à une prévoyance, co-financée par le ministère à hauteur de 7 euros par mois.

À l'été 2024, le Collège des financeurs - qui regroupe la fédération nationale des organismes de gestion de l'enseignement catholique, celle de l'enseignement agricole privé, ainsi que les organisations patronales - a alors dénoncé le contrat de prévoyance qui existe depuis 1978, l'estimant trop coûteux.

"Pendant vingt ans, ce système a fonctionné mais exclusivement aux frais du Collège des financeurs. La gestion paritaire n'a jamais été reconnue par l'État", soulèvent la Fédération nationale des Ogec et les syndicats de chef d'établissements du second degré. "Ce dispositif représente un coût de l'ordre de 60 millions d'euros par an", est-il précisé.

"Nous avons agi pour obtenir une prolongation de cette prévoyance jusqu'au 31 décembre 2026 et nous sommes autour de la table pour obtenir un accord qui soit le plus proche possible de ce que nous avions", confie à BFM Business Jean-Louis Stalder, président du Syndicat professionnel de l'enseignement libre catholique (Spelc), qui fédère aussi bien les enseignants du premier et du second degré que les chefs d'établissements.

Mais les négociations patinent: "le président de la Fnogec a appelé tous les enseignants privé sous contrat à adhérer à la prévoyance facultative de la MGEN, mise en place par le ministère", déplore Jean-Louis Stalder.

 

 

 

 

 

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