Leurs frères ont été victimes d’attouchements par un prêtre
Pédo-criminalité.Le collectif des victimes du père Béchu va organiser des réunions publiques dans au moins trois communes où il aurait sévi : Châteaulin, Plouguerneau et Plonéour-Lanvern.
C’est avec une profonde surprise que nous avons appris, dimanche matin, la nomination de l’abbé Jean-Louis Béchu, vicaire de la paroisse Sainte-Anne depuis cinq ans, comme vicaire à Plouhinec. Voici comment, le 31 juillet 1956, Ouest-France annonçait le changement d’affectation de ce vicaire de 31 ans, décédé en 2017 et aujourd’hui soupçonné d’attouchements et agressions sexuelles.
Dès qu’il y avait un scandale quelque part, il était changé de poste , détaillent Chantal Failler et Martine Mercelle. Les deux femmes ont créé un collectif pour recenser les victimes du père Béchu. La Bigoudène et la Nord-Finistérienne, qui ne se connaissaient pas, ont eu un frère, aujourd’hui décédé, au parcours professionnel et affectif chaotique . Leur collectif regroupe cinq victimes, tous des hommes, dont certains ont été dédommagés par l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et réparation (Inirr), et quatre parents de victimes aujourd’hui décédées.
« Cela se passait le jeudi après-midi, au presbytère »
Un an avant de mourir, mon frère m’a raconté que l’abbé Béchu lui a fait subir des attouchements, entre ses 6 et ses 12 ans , raconte Chantal Failler. Des faits qui datent de 1960 à 1966, quand l’abbé Béchu était curé de la paroisse de Plonéour-Lanvern. Cela se passait le jeudi après-midi, au presbytère. Daniel m’a raconté que pendant les attouchements, l’abbé lui demandait de l’appeler papa. On peut comprendre les difficultés de mon frère à devenir lui-même père… Un frère devenu alcoolique qui a passé sa vie à minimiser ce qui lui était arrivé, car ce ne sont que des attouchements .
Les faits concernant le frère de Martine Mercelle datent de 1970 à 1973, quand le prêtre est en poste à Plouguerneau. Mon frère était à la chorale. Les attouchements et caresses se passaient dans le presbytère. C’est après le départ du père Béchu en 1973, à la suite d’un scandale, que Martine observe des changements chez son frère. Pascal est devenu insupportable ; ses notes se sont effondrées et il était toujours dans l’autodérision. Il est devenu alcoolique et a volé de l’argent pour le distribuer à ses copains, acheter de l’herbe et du LSD. Il est décédé en 2011. Pour moi, c’est une vie gâchée.
« Des enfances massacrées, des vies volées »
Des faits qui se seraient également produits dans les camps d'’été organisés par le prêtre. Les garçons avaient leur camp en juillet et les filles en août,se rappelle Chantal Failler, qui participait à ces séjours. Il demandait toujours à deux ou trois garçons du camp de juillet, ses chouchous, de venir aussi en août. Mon frère en faisait partie. Autant dire que je ne l’ai pas vu de tout le mois d'’août…
Pour le collectif, qui a déjà été reçu par l’évêque de Quimper, les conséquences des traumatismes subis par ces petits garçons sont destructrices, quelle que soit la nature des violences. Des enfants massacrés, des vies volées. Le collectif, qui s’est réuni une première fois en septembre, veut organiser des réunions publiques dans les endroits où des victimes du père Béchu ont déjà été identifiées : Plonéour-Lanvern, Châteaulin, Plouguerneau. Dans l’idéal, avec un ou une représentante de l’Inirr, à qui les victimes pourraient s’adresser ultérieurement. La réparation, c’est bien mais ce n’est pas suffisant ; les victimes ne vont pas forcément mieux. On veut que tout le monde sache ce qu’il s’est passé , expliquent les deux femmes, qui estiment à une centaine le nombre d’enfants victimes.
Contact : Chantal Failler : 06 79 62 22 85 et chantal-failler@orange.fr Martine Mercelle : 06 84 99 43 94 et martine.mercelle@wanadoo.fr

Commentaires