Jeanne-d’Arc trébuche à Montrouge

Par Emmanuel Savoye



Les personnels de l’institution catholique dénoncent depuis 2019 les méthodes autoritaires de leur cheffe d’établissement. Si celle-ci n’est pas en odeur de sainteté à l’inspection du travail et aux prud’hommes, elle peut toutefois compter sur le pieux silence de la trinité mairie, diocèse et rectorat.

UN DROIT DE RÉPONSE DE L'INSTITUTION JEANNE D’ARC DE MONTROUGE, AJOUTÉ LE 2/3/2026, FIGURE AU BAS DE CET ARTICLE. SUIVI DE LA RÉPONSE DU « CANARD ».

Sept ans que ça dure ! Au sein de l’Institution Jeanne-d’Arc (JDA) de Montrouge (Hauts-de-Seine), qui accueille près de 1 000 élèves, la cheffe d’établissement, arrivée en 2018, est solide au poste… malgré plusieurs rapports de l’Inspection du travail, une mise en demeure sur les risques psychosociaux et trois condamnations aux prud’hommes avec plus de 92 000 euros d’indemnités à payer. Un ex-prof, qui se dit victime de « dérive managériale » depuis février 2025, confie avoir subi une « dégradation critique de [s]a santé mentale ».

Rien ne bouge, car tout le monde se renvoie la balle. Dans les institutions cathos sous contrat, les enseignants sont rémunérés par l’Etat, tandis que les personnels administratifs dépendent d’une structure associative, l’organisme de gestion de l’enseignement catholique (Ogec), propre à chaque bahut.

Ça sent le roussi

Quand un dirlo est mis en cause, le rectorat explique ne rien pouvoir faire, puisqu’il n’est pas son employeur. Dans le même temps, l’Ogec de JDA avance que le mal-être concerne les enseignants, qui sont sous la responsabilité de l’Etat. Le diocèse ou la tutelle – dans le cas de JDA, une congrégation de sœurs dominicaines basée dans l’Aveyron – auraient bien leur mot à dire, mais tous deux semblent avoir fait vœu de silence, de même que la ville de Montrouge. Interpellé en 2023 par Juliette Méadel, une élue d’opposition, le maire, Etienne Lengereau (UDI), ne voyait là que « de la rumeur, de l’agitation et une intention de nuire ». Un point de vue qu’il maintient.

Le 20 novembre, Colombe Brossel, sénatrice socialiste de Paris, a dénoncé l’« inaction » du rectorat, qui « s’en remet systématiquement aux autorités diocésaines, sans engager de procédure disciplinaire », et en a appelé au ministre de l’Education. Deux syndicats de l’enseignement privé, la Fep-CFDT et le Spelc Versailles, ont, de leur côté, évoqué dans un communiqué (3/12) « une cogestion inacceptable entre l’enseignement catholique et le rectorat ».

Chemin de croix

Dans un communiqué adressé le 15 décembre aux personnels et aux parents d’élèves, l’institution évoque les courriers envoyés par un collectif « à une multitude d’autorités » : « Le fait qu’aucune de ces autorités (rectorat, diocèse, mairie, etc.) n’ait réagi à ces courriers démontre que leur contenu n’était pas sérieux. » Un raisonnement pour le moins audacieux ! D’autant que, depuis mai 2024, JDA a donc été condamné à trois reprises par les prud’hommes pour licenciement abusif. L’institution a fait appel de la deuxième condamnation, et, pour la troisième, elle a longtemps rechigné à régler 9 500 euros de dommages et intérêts et de frais de justice. S’y ajoutent désormais plus de 5 000 euros de pénalités de retard. La victime, déjà fragilisée, en est réduite à saisir de nouveau la justice. Un interminable chemin de croix…

En novembre, le rectorat s’est enfin résolu à lancer « un contrôle inopiné de l’établissement ». Dans ce cadre, affirme-t-il au « Canard », « de nouveaux témoignages sont intervenus, [lesquels] vont donc être pris en compte et donneront lieu, le cas échéant, à de nouvelles mesures ». Réveil tardif ou simple feu de paille ?

L’institution et le diocèse de Nanterre, eux, n’ont pas donné suite aux sollicitations du Palmipède. Jeanne-d’Arc craint le retour de flamme ?

On écrit au « Canard »…

« L'Institution Jeanne d’Arc de Montrouge a fait l’objet d’une mise en cause sans nuance par un article du Canard Enchaîné.

En effet, un article intitulé « Jeanne-d’Arc trébuche à Montrouge » s’appuie sur un unique témoignage pour dénoncer un management prétendument problématique qui durerait depuis 7 ans et aurait été constaté par diverses autorités.

Il convient donc de rappeler trois éléments factuels, découlant de documents vérifiables, qui ont écarté toute situation de harcèlement ou pratique managériale brutale.

En premier lieu, les trois décisions citées du conseil de prud’hommes ont, bien au contraire, écarté l’existence de harcèlement concernant les salariés qui l’avaient saisi, et les a déboutés de leurs demandes à ce titre.

En deuxième lieu, le cabinet spécialisé en risques psychosociaux — qui est intervenu à la demande de la direction — a identifié des situations d’incompréhension et de tensions qui ont justifié la mise en place de plusieurs mesures, désormais suivies au sein de l’établissement, à la satisfaction de tous. Il n’a pas stigmatisé de brutalité ou de harcèlement.

En troisième lieu, le Défenseur des droits a également été saisi de prétendues atteintes aux droits fondamentaux commises au sein de l’Institution Jeanne d’Arc ; il a désormais clôturé cette procédure en écartant toute allégation de harcèlement, de mauvais traitement ou de brutalité managériale.

Les documents qui démontrent ce qui précède sont à la disposition de la presse. »

…qui répond

Même s’il n’en a cité qu’un parmi d’autres, notre article est très loin de s’appuyer « sur un unique témoignage ». Si les faits de harcèlement n’ont en effet pas été retenus par les prud’hommes, il n’en demeure pas moins que ces derniers ont bel et bien condamné à trois reprises l’Institution Jeanne-d’Arc – laquelle a fait appel dans un des trois cas.

Enfin, le rectorat de Versailles nous avait indiqué avoir reçu des « témoignages de personnels en souffrance en 2022/2023 », et de « nouveaux témoignages » suite à son contrôle inopiné lancé le 14 novembre 2025.

 

Commentaires

Anonyme a dit…
Le paragraphe intitulé "On écrit au Canard" laisse à penser que "le Canard" cherche à dédouaner JDA. Il aurait été bon de préciser l'origine de ce "on", un journaliste du Canard ou un personnel de JDA, de sa tutelle, ...

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