« C’est quelqu’un qui défend nos convictions » : Guillaume Prévost, nouveau héraut de l’enseignement catholique

Six mois après sa prise de fonction, le secrétaire général de l'enseignement catholique (1) a imprimé sa marque, celle d'une parole affirmée sur le projet chrétien de son réseau, tout en entamant une réorganisation en profondeur.

L'été dernier, quelques semaines avant d'endosser officiellement ses habits de secrétaire général de l'enseignement catholique, Guillaume Prévost s'est octroyé une retraite spirituelle dans une abbaye bénédictine. Une façon, pour le quadragénaire, de prendre des forces en silence avant d'attaquer le marathon qui devrait être le sien pour les six prochaines années ? Depuis six mois que cet ancien officier de marine a repris le gouvernail de l'enseignement catholique, et de ses 7 500 établissements accueillant près de deux millions d'élèves, il a entamé une réorganisation en profondeur de l'institution, tout en montant au créneau pour défendre le plein déploiement du caractère propre des écoles catholiques.

Il faut dire qu'il était attendu au tournant, alors que l'enseignement privé connaît une mise en cause inédite depuis la « guerre scolaire » du début des années 1980. Lorsque la nomination de Guillaume Prévost au secrétariat général de l'enseignement catholique (SGEC) a été annoncée par les évêques de France, le 4 avril dernier, le privé sous contrat est soumis à l'onde de choc des révélations des violences subies par d'anciens élèves de Notre-Dame de Bétharram. Deux jours avant, son prédécesseur, Philippe Delorme, était soumis à l'interrogatoire sans concessions du député La France insoumise (LFI) Paul Vannier devant la commission d'enquête parlementaire sur les violences dans les établissements scolaires. Dans le même temps, les établissements privés connaissent des contrôles sans précédent de la part des rectorats, visant tant l'utilisation des financements publics que la pédagogie, le respect des programmes et la prévention des violences. Et les premiers rapports mettent en cause sévèrement des pratiques anciennes liées au caractère propre des établissements, et notamment l'aspect confessionnel de celui-ci.

Dès sa conférence de presse de rentrée, en septembre, Guillaume Prévost donne le ton. S'il accueille tout le monde, l'enseignement catholique est... catholique, ses enseignants, agents publics et non fonctionnaires, ne sont pas soumis au devoir de neutralité qui incombe à ceux du public, et ceux qui le souhaitent doivent pouvoir prier en classe avec leurs élèves. Ces propos suscitent un tollé chez les syndicats enseignants du privé, mais aussi chez les défenseurs de la laïcité qui s'offusquent de cette supposée atteinte à la liberté de conscience des élèves. Le ministre de l'éducation nationale lui-même, Édouard Geffray, prend la parole pour rappeler qu'une heure de cours financée par l'État ne doit servir qu'à l'enseignement.

Mais du côté des parents d'élèves et d'un certain nombre de professeurs de l'enseignement catholique, d'autres se réjouissent de cette parole forte et sans ambages. « Ça fait du bien d'avoir quelqu'un qui défend nos convictions, qui ose dire que la foi a sa place dans l'école catholique »,réagit une enseignante. Alors que l'habitude était davantage à un dialogue feutré et sans éclat entre la rue Saint-Jacques et la rue de Grenelle, Guillaume Prévost apparaît combatif et décidé à défendre toute la liberté que la loi Debré offre à l'enseignement privé. Offensif, même ? « Non, je n'ai pas le sentiment d'être à l'offensive, car partout où je peux apaiser, je le fais, estime l'intéressé. Mais on ne reculera pas sur notre projet. »

Et ce projet, il le martèle à chaque prise de parole, « c'est le Christ ».Ainsi, le 4 février, devant 300 chefs d'établissements et adjoints en pastorale réunis pour les assises nationales de la pastorale scolaire, il insiste : « Chaque enfant qui sort de nos établissements sans avoir rencontré le Christ, on nous le reprochera. » Avant d'approfondir : « Ce qui met en danger notre projet éducatif, c'est la violence, qui a grandi partout où nous avons renoncé à annoncer le Christ. Ce qui s'est passé à Bétharram est une perversion pour les chrétiens. C'est inacceptable, et ça blesse le Christ. » Pour rétablir la confiance, il lance une ambitieuse mission « qualité de la relation éducative » qui doit se déployer sur plusieurs années.

Ce positionnement d'annonce explicite, conforme à la feuille de route confiée par les évêques et en phase avec la génération de catholiques décomplexés qui est la sienne, n'est toutefois pas celui d'un repli sur soi. Le 6 novembre, alors que la diffusion d'une photo montrant de jeunes musulmanes voilées à l'Assemblée nationale fait polémique dans les rangs les plus à droite, l'enseignement catholique, au sein duquel sont scolarisées certaines de ces adolescentes, publie un communiqué déclarant « choquant que des jeunes femmes soient ainsi livrées à l'opprobre public, à une vindicte qui relève d'intérêts politiciens ». « Nous nous sommes trop tus sur les attaques manifestes à la liberté religieuse s'agissant de l'islam. Mais nous ne pouvons pas continuer à revendiquer des libertés pour nous qu'on ne défend pas chez les autres »,ajoute Guillaume Prévost auprès de La Croix à propos de la rupture de contrat entre l'État et le lycée musulman Averroès.

Celui qui ne venait pas de l'enseignement catholique, et avait été choisi pour cela par les évêques - après la Marine nationale, il est passé par l'ENA, a travaillé au ministère de l'éducation nationale avant de passer six ans à la tête du laboratoire d'idées consacré à l'éducation VersLeHaut (2) -, entraîne avec lui au pas de course l'équipe, qui travaillait déjà avec son prédécesseur. « Il nous bouscule, bien sûr, mais c'est sain de questionner les pratiques anciennes, raconte Joseph Herveau, responsable national de l'animation pastorale scolaire. Et il nous associe à sa transformation. » « Il nous apporte un regard aiguisé et un peu extérieur, moins empêtré que l'on ne peut l'être quand on est dans le circuit depuis des années », décrit Jean-François Canteneur, directeur diocésain de Paris, qui le rencontre régulièrement pour des réunions de travail avec la présidente de l'Associations de parents d'élèves de l'enseignement libre (Apel) et le président de la Fédération nationale des organismes de gestion de l'enseignement catholique (Fnogec). Certes, avec « mille idées à la minute, cela va très vite, et il nous désoriente un peu, reconnaît un membre de son équipe. Mais c'est stimulant, et les choses vont se stabiliser ».

« C'est moins la personne que le changement d'habitude qui nous désoriente, analyse pour sa part Jean-François Canteneur. D'autant qu'il arrive dans un contexte où nous sommes beaucoup plus mis en cause, avec une évolution forte des rapports avec l'État. Nous étions habitués à être de bons soldats face aux pouvoirs publics, à ne négocier qu'à la marge. Il aborde les choses de manière beaucoup plus libre, sans le complexe du bon élève qui voudrait montrer que tout va bien. Il a bien en tête le droit du contradictoire et l'exerce. En ce sens, son audition à l'Assemblée nationale a été un moment fort . » Le 2 décembre 2025 en effet, devant les députés de la commission des affaires culturelles et de l'éducation, Guillaume Prévost dénonce « de graves abus d'autorité » lors de contrôles dans des établissements privés sous contrat. Dans la foulée, le ministère rappelle aux rectorats le cadre dans lequel doivent se dérouler les contrôles, puis édite un guide destiné aux inspecteurs pour les informer des spécificités de l'enseignement sous contrat. « La plupart des mises en demeure des premiers contrôles sont tombées à la suite de la publication de ce guide », se félicite Guillaume Prévost.

Un nouveau front s'ouvre ces dernières semaines, avec des critiques sur l'intervention dans les établissements catholiques d'associations non agréées par le ministère de l'éducation nationale dans le cadre de l'enseignement de l'Evars (programme d'éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité). Guillaume Prévost répond sans relâche que le ministère lui-même reconnaît ce droit aux écoles privées. Et dénonce « une volonté extrêmement forte de discréditer l'enseignement catholique, qui n'existait pas il y a un an, par une minorité agissante qui veut se faire entendre très fort pour préempter le débat sur l'éducation ». En cause, selon lui, la baisse démographique, qui entraîne une situation de concurrence de fait entre le public et le privé, et l'approche de l'élection présidentielle qui tend les esprits. « La clé, c'est de ne pas me faire happer par ce flux incessant et de m'attacher aux vrais sujets : le fait que les chefs d'établissements et les enseignants n'en peuvent plus, que tout le monde est au bord de la rupture, que 20 % des enfants sont anxio-dépressifs...», détaille-t-il. Avant d'ironiser sur les hauts fonctionnaires qui, lors des réunions rue de Grenelle, mettent en cause certains fonctionnements des établissements catholiques tout en sollicitant en aparté une place pour leur enfant.

Ce qui ne l'empêche pas d'être lucide sur les points à améliorer. Interpellé par le député Alexis Corbière sur le « séparatisme scolaire » dû, selon lui, à l'enseignement catholique qui capterait les élèves les plus favorisés, Guillaume Prévost acquiesce. «Vous avez parfaitement raison, répond-il à l'élu du groupe Écologiste et social. L'enseignement catholique est fait pour les pauvres. Les chiffres que vous soulignez ne sont pas satisfaisants . » «Nous nous sommes laissé "cornériser" sur une forme d'excellence scolaire, qui est bonne mais ne peut pas être l'alpha et l'oméga du projet, déplore-t-il auprès de La Croix. Il faut qu'on se porte à la rencontre des jeunes issus de l'immigration qui ont besoin de nous. »Autre priorité à ses yeux, la condition enseignante, avec la mise en place d'un statut des maîtres du privé.

« La doctrine sociale de l'Église doit vraiment irriguer notre projet », explique-t-il. « Il écoute et nous associe à ses travaux, ce qui n'a pas toujours été le cas avec ses prédécesseurs »,salue Véronique Cotrelle, présidente du Snec-CFTC (syndicat national de l'enseignement chrétien). L'enjeu, pour le secrétaire général, est de « redonner aux enseignants le sentiment d'être partie prenante du projet». Cela figure dans les objectifs qu'il s'est fixé à trois ans, durée de son mandat renouvelable une fois. « À cette échéance, nous aurons mis l'enseignement catholique en ordre de bataille pour relever les défis de notre temps, décrit-il. Et dans six ans, nous serons allés chercher des résultats. » Pour cela, il entend organiser le réseau qui doit « être un lieu de protection, de bientraitance, de dialogue », ce qui ne pourra se faire qu'avec « un projet extrêmement clair, assis sur l'Évangile, la foi et l'annonce explicite de la valeur de tout être humain, parce que Jésus est ressuscité ».

 

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