Seine-et-Marne : professeur principal, il « racontait sa vie sexuelle » à ses élèves de 11 à 14 ans

 

Poursuivi pour corruption de mineurs, un enseignant d’une école privée hors contrat de Grisy-Suisnes a été licencié. Sa peine sera prononcée fin mars.

Quatre femmes frémissent sur le banc des victimes. Ces mères découvrent les messages et photos entre leurs enfants - cinq élèves de la Nova school de Grisy-Suisnes (Seine-et-Marne), âgés de 11 à 14 ans - et leur professeur principal. Des échanges dans lesquels l'homme de 42 ans « racontait sa vie sexuelle » .

Entendu devant le tribunal correctionnel de Melun ce lundi 23 février, celui-ci s'est montré confus et a nié les faits. Des faits pour lesquels il est poursuivi du chef de corruption de mineurs, menace ou acte d'intimidation pour déterminer une victime à ne pas porter plainte ou à se rétracter. La décision a été mise en délibéré au 26 mars.

Entre janvier et septembre 2025, ces élèves ont été confrontés à des dérapages en salle de classe ou dans la cour de récréation. Et, pour l'une des victimes, au domicile du quadragénaire, qui a été licencié depuis.

L'affaire commence par un appel à la police d'un représentant de cette école privée hors contrat, spécialisée dans l'approche alternative et l'accueil d'enfants HPI , DYS (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie...), présentant des troubles de l'attention (TDAH) ou souffrant de phobies scolaires après des affaires de harcèlement. Une adolescente de 14 ans dit s'être retrouvée avec une arme de poing dans la voiture de son professeur. Elle raconte aussi avoir entendu des propos à caractères sexuels.

« Tu sais pourquoi je mets des pantalons larges ? »

Sur place, les fonctionnaires trouvent l'arme en question - un pistolet factice - ainsi que deux couteaux, un Opinel et un papillon. Lors d'une perquisition, les enquêteurs découvrent des vidéos pornographiques de l'enseignant avec sa compagne. Mais il n'y en avait « aucune à caractère pédopornographique », précise la présidente du tribunal.

Décrit comme « un bon professeur » par plusieurs élèves, l'homme envoyait régulièrement des SMS graveleux. « Il nous parlait de choses sexuelles faites avec sa femme », avait résumé devant les policiers une victime âgée de 12 ans.

Certaines mères pleurent à l'évocation des échanges : « Tu sais pourquoi je mets des pantalons larges ? Parce qu'elle est trop grosse... »; « J'ai léché le clitoris de ma femme, ça avait le goût d'un Haribo »... Sans les nier, l'ancien enseignant les a fortement minimisés.

Des photos de femmes nues et attachées

Outre les mots, les élèves dénoncent le visionnage sur son téléphone de photographies de femmes dénudées, parfois attachées. Ou de messages avec des émojis explicites, comme l'abricot ou l'aubergine suivi de gouttes - « c'est son sperme », lâche une victime. « J'ai merdé, se retranche le professeur, cheveux longs attachés en chignon. J'ai fait des blagues de très mauvais goût. Mon but était d'avoir leur confiance pour pouvoir enseigner » à ces jeunes souvent fragilisés.

L'homme tente de se dédouaner, indiquant que la plus âgée des élèves « tenait des propos sexuels » et qu'il aurait « dû la reprendre ». Les photographies visionnées ? « Je laisse souvent mon téléphone et il n'y a pas de code », ose-t-il. Avant de dire qu'il lui arrivait d'ouvrir ses messages sans faire attention si un ou une élève se trouvait près de lui.

« Comment pouvez-vous encore parler de blagues ? s'énerve Me Bogos Boghossian, l'avocat de plusieurs familles, qui se dit consterné. Il a abusé de la faiblesse et de la fragilité de ces enfants. Tout était prétexte pour ramener à la sexualité. »

« Je voulais leur demander pardon car j'ai failli à ma mission », explique l'ancien prof principal, avant de réfuter des problèmes liés au sexe. « Vous avez pourtant reconnu être sex-addict lors de votre garde à vue », constate l'avocat des quatre plaignantes. « Moi, vos réponses ne me satisfont pas », estime Me Olga Milheiro-Carreira, la défenseure de la principale victime de 14 ans.

Six mois de prison ferme requis

Derrière ces mots, les dégâts psychologiques demeurent lourds, avec des incapacités totales de travail (ITT) évaluées entre 14 et 45 jours pour les cinq mineurs. « Mon fils est scolarisé à la maison et refuse de retourner en classe, se désole une maman. Cela a engendré de la désocialisation. » « Il avait affaire à des enfants vulnérables et il en a profité », déplore une autre mère de famille. « Je prends la mesure de toutes les conséquences », répond le quadragénaire.

« Les élèves ont été confrontés à une sexualité à un moment où ils n'étaient pas susceptibles de la comprendre, tance le procureur, Marc Mulet. Ils ont été confrontés à des choses choquantes, même pour un adulte. » Le magistrat a requis 30 mois de prison - dont 6 ferme, mais aménageables.

« C'est un homme qui a perdu pied en commettant un délit avec une immoralité et une immaturité colossale... admet Me Jérôme Goudard, l'avocat du prévenu. Lui aussi souffre. Mais son expertise ne met en avant aucun danger ou stratégie de dissimulation. »

 

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