Intrusions dans les chambres, sorties avec les filles… Un directeur d’internat suspendu à Compiègne

Un cadre de l’Institution Jean-Paul II a été suspendu en juin 2025 après un signalement au procureur, pour des soupçons d’actes déplacés auprès d’élèves. Il pourrait avoir été couvert par la direction pendant près de trois ans.

Vœu de silence à l’Institution Jean-Paul II. L’internat privé de Compiègne (Oise) se refuse à tout commentaire lorsqu’on l’interroge sur son ancien directeur d’internat, soupçonné d’actes à caractère sexuel sur des jeunes filles pensionnaires. Ce que l’établissement catholique, qui accueille 3 000 élèves de la maternelle au postbac, pourrait avoir délibérément ignoré pendant près de trois ans.

Contactée par Le Parisien, l’académie d’Amiens dit avoir été informée le 5 juin 2025 par un mail de la direction diocésaine de l’enseignement catholique de l’Oise (DDEC 60), dont dépend l’Institution Jean-Paul II, confirmant une information de Mediapart.

« Ce mail précisait en outre qu’un signalement au procureur venait d’être effectué par la direction de l’établissement en date du 1er juin, précise l’académie. Le directeur de l’internat, personnel de droit privé relevant de l’organisme de gestion de l’enseignement catholique (OGEC), venait alors d’être écarté avant d’être suspendu à titre conservatoire. Avant le 5 juin, aucune alerte quant à cette situation n’était parvenue au rectorat. »

Les premiers témoignages remonteraient au moins à 2022

Les premiers témoignages, eux, remonteraient au moins à 2022. L'établissement aurait été averti à plusieurs reprises par des victimes. Des adolescentes se seraient confiées à la direction après des intrusions dans leurs chambres. Le directeur de l'internat aurait notamment pris des photos d'une jeune fille en sous-vêtements, assis sur un lit, alors qu'elle se préparait pour le bal de fin d'année.

Des signalements répétés mais « sans preuve et témoignages écrits »

Des caresses dans les cheveux, des rapprochements physiques ou encore des réflexions inappropriées sur l'apparence des filles sont évoquées. L'homme organisait également des sorties culturelles uniquement avec les élèves féminines et envoyait les garçons au football. Malgré ces remontées, il était souvent répondu aux élèves que « rien ne pouvait être fait sans preuve et témoignages écrits ».

En 2023, le directeur de l'Institution Jean-Paul II prend sa retraite, quelque temps après avoir été accusé de propos homophobes après qu'il a refusé de diffuser deux films : l'un sur l'IVG, l'autre sur l'homosexualité. Le parquet de Compiègne, saisi par l'académie, avait ouvert une enquête pour diffamation , injure et provocation publique à la haine et discrimination.

Après cet épisode, un autre directeur est nommé le 19 mars 2024. Mais les agissements du directeur de l'internat se seraient poursuivis. Selon Mediapart, « de plus en plus de jeunes filles vont se confier auprès d'adultes de l'internat ou du lycée » au cours des deux années suivantes.

Il aurait continué ses remarques, de fréquenter les couloirs des filles malgré l'interdiction, de se rapprocher d'elles... Des signalements remontent à nouveau à la direction, via les élèves mais aussi les enseignants et les éducateurs. Encore une fois, sans preuve et sans écrit, tout aurait été passé sous silence.

La direction avait fait des violences une priorité

Pourtant, le nouveau directeur de l'établissement l'assure, il est sensible aux souffrances des élèves victimes d'agressions sexuelles, de harcèlement et de commentaires racistes ou homophobes.

« Lorsqu'un enfant est victime de violence, après avoir recueilli les informations nécessaires, je le reçois avec l'un de mes adjoints pour mieux comprendre la situation et pouvoir ensuite agir dans les meilleurs délais en informant, selon la situation, les services départementaux et académiques, la préfecture ou le procureur de la République sur le fondement de l'article 40 du Code de procédure pénale », raconte-t-il dans un article de l'association de parents d'élèves de l'enseignement libre (APEL).

Il y a quelques années, cet internat avait déjà tristement fait parlé de lui. Un surveillant de l'internat avait été condamné en 2016 et 2022 pour des faits d'agressions sexuelles sur des mineurs du Cour Guynemer. Une école qui a depuis fusionné pour intégrer l'Institution Jean-Paul II. Les faits s'échelonnaient de 1992 à 2002. Il avait invoqué à l'époque « un manque sexuel ».

 

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