"Humiliations, violences" : une mère d’élève dénonce les méthodes d'une enseignante d'une école privée de Perpignan

 

Salle de classe (photo d'illustration). © Maxppp - Christelle Gaujard

 

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Alertée par un changement brutal de comportement de son enfant de 7 ans, une mère de famille dénonce un climat de peur et de violence au sein d’une classe de l’école La Salle Saint-Jean, à Perpignan. Le rectorat assure avoir engagé une procédure disciplinaire contre l'enseignante.

"Des cris, des hurlements, des humiliations, des violences." C’est ainsi que Barbara* décrit ce que son fils de 7 ans dit avoir vécu dans sa classe à l’école La Salle Saint-Jean de Perpignan. Un témoignage qu’elle a choisi de rendre public, alors que d’anciens élèves d’établissements du réseau catholique lasallien appellent à briser le silence sur des décennies de violences présumées.

En décembre 2024, Barbara dit avoir été alertée par un changement brutal de comportement de son fils, scolarisé en classe de CE1 dans cet établissement privé sous contrat appartenant au réseau des Frères des écoles chrétiennes. "Il faisait des terreurs nocturnes", raconte cette mère de famille.

Interrogé par ses parents, l’enfant finit par se confier. Il décrit un climat de peur au sein de sa classe, en lien avec le comportement de son enseignante : "des cris, des hurlements, des humiliations, des violences", selon les mots rapportés par sa mère.

Des scènes de violences rapportées par les élèves

"Il avait peur, notamment après avoir vu plusieurs de ses camarades se faire violenter", poursuit Barbara. Elle évoque un épisode précis : "Mon fils dit avoir vu un de ses copains violemment poussé par l’enseignante. Il est tombé en arrière sur le sol et il a pleuré."

Selon le témoignage de l’enfant, lui-même aurait été expulsé de la salle de classe. "Il a été tiré violemment par le bras, balancé dans un couloir, avec l’ordre d’aller se calmer dans la cour de récréation, un étage plus bas", affirme sa mère. "Il y est resté une vingtaine de minutes, sans aucune surveillance, totalement à l’abandon."

"Un climat de terreur"

Face à ces révélations, Barbara contacte d’autres parents d’élèves et leur demande d’interroger leurs enfants. Plusieurs témoignages concordants émergent alors, selon elle. Les élèves évoquent "des punitions au coin", "des violences""des insultes – 'vous me faites tous chier'", mais aussi "des humiliations", notamment la lecture de mots de parents devant toute la classe, suivie de moqueries.

"Tout cela faisait régner un climat de terreur", estime la mère.

Un premier signalement à la direction

En janvier 2025, la famille est reçue par la direction de l’établissement. "On nous a concédé que l’enseignante avait des méthodes 'vieille école'", rapporte Barbara. "La direction nous a promis de lui parler et de nous faire un retour." Un retour qui, selon elle, ne viendra jamais.

Dans les semaines suivantes, les enfants ne se plaignent plus. Jusqu’au mois d’avril. "Les violences ont repris, mais de façon beaucoup plus importante", affirme Barbara. Elle évoque plusieurs faits rapportés par les élèves : "Un enfant frappé derrière la tête, un autre qui reçoit une claque, un troisième soulevé du sol par le col." Elle décrit également "des cris, des humiliations et des insultes".

Des élèves auraient vu leur trousse renversée, "avec obligation de ramasser devant toute la classe""Elle renversait aussi les tables, parfois trois fois de suite."

Des signalements à l’Éducation nationale

Le 7 juin 2025, Barbara décide d’alerter la direction académique. Elle adresse un courrier détaillé, avec copie au rectorat, que nous avons pu consulter. Deux autres parents envoient également un signalement écrit.

"Quelques jours plus tard, en menant mon fils à l’école, l’enseignante m’a violemment prise à partie dans la rue", affirme-t-elle. "Elle m’a menacée de porter plainte pour dénonciation mensongère."

Barbara dit avoir eu connaissance d’une enquête interne menée par la direction académique, mais n’avoir jamais été informée d’une éventuelle procédure disciplinaire.

Le rectorat dit avoir engagé une procédure disciplinaire

À la fin de l’année scolaire, pour des raisons professionnelles, la famille déménage et l’enfant est inscrit dans une autre école.

"En octobre, j’ai croisé par hasard un parent d’élèves de La Salle Saint-Jean", raconte Barbara. "Il m’a dit que mon signalement n’avait servi à rien. L’enseignante exerce toujours dans l’établissement, désormais en classe de CP."

"Au final, on ne sait pas si elle a été sanctionnée. Toujours est-il qu’elle est toujours devant des élèves, encore plus petits et encore moins à même de témoigner."

Contactée, la direction de l’établissement a renvoyé vers le rectorat, en charge du dossier. Dans un communiqué adressé ce mardi matin à ICI Roussillon, le rectorat assure avoir engagé une procédure disciplinaire. "Dès le signalement de ce parent d’élèves en juin 2025, une inspectrice de l’Éducation nationale a aussitôt été missionnée afin de procéder aux vérifications d’usage (…)."

"L’enseignante a été reçue par le directeur des ressources humaines du rectorat en septembre 2025 pour donner sa version des faits. À la suite de ce rapport, de cet entretien et des échanges qui s’en sont suivis avec les services du rectorat, une procédure disciplinaire a été engagée en décembre 2025."

Un témoignage dans un contexte national

Si Barbara a décidé aujourd’hui de témoigner, c’est en lien avec l’actualité nationale et l’appel à témoignages lancé récemment par un collectif d’anciens élèves d’établissements du réseau catholique lasallien.

Ce collectif, composé d’une vingtaine de personnes âgées de 50 à 70 ans, dénonce des violences physiques, psychologiques et sexuelles commises entre les années 1950 et 1980 dans plusieurs écoles gérées par les Frères des écoles chrétiennes. "Le collectif m’a encouragée à témoigner. Et j’espère que cela va libérer la parole d’autres parents", explique-t-elle.

 

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