Violences à l’école : des signalements faits à la justice après la diffusion d’un numéro de « Cash investigation »
Édouard Geffray a annoncé vendredi "procéder ce jour à plusieurs signalements" à la justice concernant des faits de violence dans des écoles. Photo d’illustration | FRANCK DUBRAY / OUEST FRANCE Publié le
Vendredi 30 janvier, le ministre de l’Éducation Édouard Geffray a annoncé « procéder ce jour à plusieurs signalements » à la justice après la diffusion d’une enquête de « Cash investigation » sur France 2, sur des violences dans des établissements privés et des défaillances dans le périscolaire.
Les signalements de faits de violences dans des établissements privés et dans le périscolaire se sont multipliés ces derniers mois, à Paris notamment. Jeudi 29 janvier 2026, une enquête de Cash investigation, diffusée sur France 2, a mis en lumière un constat inquiétant. De quoi pousser Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale à réagir ce vendredi 30 janvier, et à annoncer de nouveaux signalements à la justice.
L’accueil périscolaire à Paris
Dans le numéro du magazine d’investigation diffusé hier soir, les journalistes se sont penchés sur les conditions de travail des animateurs, leur faible rémunération, les temps partiels subis et les emplois du temps hachés, alors que plus de cinq millions d’enfants sont accueillis chaque jour dans le périscolaire .
Ils ont aussi recueilli des témoignages de parents dont les signalements de comportements suspects d’animateurs ne sont pas pris en compte, mais aussi l’absence de cadre de recrutement, ou encore des comportements inappropriés d’animateurs, note l’ Agence France-Presse (AFP) . Deux animatrices filmées en train d’embrasser des enfants sur la bouche ou de leurs crier dessus ont été suspendues, a annoncé en réaction la maire de Paris au Parisien et france info. Une enquête administrative a également été lancée, a indiqué à la chaîne une membre du collectif de parents Sos périscolaire.
Au sujet de l’école maternelle Baudin, dans le XIe arrondissement, dont un ex-animateur sera jugé en mai pour agression sexuelle sur cinq enfants, le premier adjoint Patrick Bloche, interrogé par France 2 , reconnaît un « dysfonctionnement majeur dans le cheminement du signalement […] qui a été fait à un agent qui ne l’a pas remonté ».
Des élus et candidats à Paris réagissent
La diffusion du numéro de Cash investigation a fait réagir des élus parisiens. « Les images, filmées en caméra cachée, montrent des comportements inacceptables à l’encontre des enfants », a réagi dans un communiqué la maire Les Républicains du VIIe arrondissement Rachida Dati, également candidate à la mairie de Paris. Elle dénonce « l’omerta » ainsi que des « dysfonctionnements systémiques » qui perdurent à la Ville de Paris, et réclame une enquête globale sur l’ensemble du périscolaire parisien, un plan d’urgence pour faire face à la multiplication d’agressions sur les enfants et une refonte globale du périscolaire.
Sophia Chikirou, la candidate LFI à la mairie de Paris, affirme de son côté avoir déposé une proposition de résolution pour une enquête parlementaire à la demande des parents d’élèves, afin de « faire la lumière sur le système périscolaire à Paris et partout en France », rapporte l’ AFP.
« Choc et colère devant l’enquête de Cash investigation », a réagi pour sa part Emmanuel Grégoire, candidat de l’union de la gauche hors LFI. « Les situations de violence mentionnées sont insupportables. Les manquements dans l’encadrement des enfants et dans le traitement des affaires signalées sont inadmissibles », a reconnu le député de Paris qui avait lui-même révélé avoir été victime de violences sexuelles dans le cadre périscolaire durant son enfance .
« Il faut tout revoir : les procédures, les contrôles, l’encadrement, la culture même d’une institution qui peut générer une forme de maltraitance quand des alertes ne sont pas traitées assez vite », a-t-il ajouté.
Mercredi dernier, le ministre de l’Éducation affirmait à nos confrères du Monde son souhait de nommer « au sein de l’Éducation nationale un défenseur des droits des enfants », et de faire repasser tous les personnels des écoles dans la base du Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (Fijais) « tous les trois ou cinq ans ».
Deux établissements visés dont un en Vendée
L’enquête diffusée sur France 2 était également consacrée à des dysfonctionnements et des violences dans des établissements privés catholiques sous contrat, en se penchant sur les cas de l’Institution Champagnat à Issenheim (Haut-Rhin) et de l’établissement scolaire L’Espérance à Sainte-Cécile (Vendée). L’enquête de Cash investigation fait état notamment de faits graves à L’Espérance, école, collège et lycée de Vendée accueillant environ 200 élèves, non mixte à partir du collège.
Trois anciens élèves ont témoigné auprès des journalistes de Cash investigation d’un « climat raciste omniprésent », d’« insultes homophobes », du non-respect de certains programmes, de propos négationnistes ou encore de méthodes éducatives violentes du directeur (claques aux élèves qui n’atteignent pas leurs objectifs de résultats scolaires). L’un de ces élèves a raconté avoir été appelé « Bamboula » par des camarades, ce que la plupart des professeurs auraient « laissé couler ».
Concernant l’Institution Champagnat, Cash Investigation a recueilli le témoignage d’une ancienne enseignante de l’établissement, qui dénonce notamment une direction « défaillante », des « dysfonctionnements » et une omerta entretenue autour d’affaires d’agressions sexuelles qu’elle a dénoncées, dont plusieurs ont depuis donné lieu à des condamnations.
Une proposition de loi
Édouard Geffray a annoncé sur X « procéder à plusieurs signalements sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale ». « Pour ce qui relève des pouvoirs administratifs de l’Éducation nationale, j’engage également sans délai les procédures de contrôle et de sanction », a indiqué le ministre, affirmant que la ligne est de « ne rien laisser passer ». Il n’a pas précisé quels faits, parmi ceux évoqués par le magazine, seront signalés.
A la suite des révélations de #CashInvestigation hier soir, je procède ce jour à plusieurs signalements sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale. Pour ce qui relève des pouvoirs administratifs de l'Éducation nationale, j'engage également sans délai les…— Édouard Geffray (@EdouardGeffray) January 30, 2026
Ces derniers mois, 109 établissements scolaires ont aussi été visés par des signalements à la justice formulés, cette fois, par deux députés : Paul Vannier (LFI) et Violette Spillebout (Renaissance). De février à juin 2025, tous deux ont mené des investigations dans le cadre d’une commission d’enquête parlementaire sur les violences en milieu scolaire, ouverte dans la lignée du scandale de violences physiques et sexuelles à Notre-Dame-de-Bétharram, une institution privée catholique du Béarn.
Après un rapport d’enquête diffusé en juillet dernier, dans lequel ils alertaient sur « un phénomène massif » dans l’enseignement privé mais aussi le public, les deux élus ont présenté, mercredi, une proposition de loi pour protéger les enfants des adultes censés les éduquer. Ils demandent notamment à l’État « de reconnaître » sa responsabilité « pour les carences ayant permis ces violences ». À l’image de ce qu’a mis en place l’Église pour reconnaître les victimes de pédocriminalité, la création d’un fonds d’indemnisation est sur la table. Les contrôles d’établissements privés sous contrat, autrefois inexistants, ont été renforcés par l’Éducation nationale. En cas de violences avérées et de défaillances aux obligations prévues par le contrat qui les lie à l’État, le texte introduirait des sanctions graduées, allant jusqu’à une résiliation.
La parole s’est libérée dans de nombreux établissements scolaires. Quatre-vingts collectifs de victimes sont recensés dans ce qui s’apparente à un #MeeToo scolaire.
Lundi, le secrétaire général de l’Enseignement catholique, Guillaume Prévost, a pour sa part assuré que son institution, qui scolarise 2 millions d’élèves, « entend assumer sa responsabilité » après les révélations de violences.

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