Agressions sexuelles, humiliations : l’institution Champagnat au cœur de la tourmente

 Article l'Alsace

Marie-Lise Perrin - 30 janv. 2026 à 15:54

Dans le cadre d’un reportage consacré aux violences dans les écoles, le magazine “Cash Investigation” sur France 2, ce jeudi 29 janvier, a fait un zoom sur l’Institution alsacienne Champagnat, à Issenheim, théâtre de plusieurs affaires ces dernières années. Un collectif d’enseignants y dénonce des dysfonctionnements systémiques et le manque de réaction de la direction. 


Dans son émission en deux parties, diffusée ce jeudi soir 29 janvier, sur le thème des violences au périscolaire et dans l’enseignement privé, le magazine de France 2 “ Cash Investigation” a consacré une quinzaine de minutes à l’institution Champagnat.
Cette école catholique accueille 1 700 élèves du CP à la terminale à Issenheim, près de Guebwiller. En s’appuyant sur le témoignage d’une lanceuse d’alerte, Tina, ancienne élève puis professeure à Champagnat, et sur un collectif d’enseignants de l’institution, les journalistes de France 2 évoquent une série de faits dont certains ont été évoqués dans nos colonnes.
Agression sexuelle lors d’un voyage en Allemagne
Comme cette première affaire d’agressions sexuelles d’une élève de 11 ans et d’une accompagnatrice par un professeur lors d’un voyage scolaire en Allemagne en 2018. Dans le reportage, Tina révèle que la direction aurait fait pression sur une des deux victimes pour qu’elle ne porte pas plainte. Le professeur a finalement été condamné en 2021 à de la prison avec sursis.
Le voyeur de la piscine était professeur
D’autres faits ont été évoqués brièvement dans notre rubrique faits divers, comme la condamnation en avril 2023 de cet homme pour voyeurisme à la piscine de Guebwiller. Dans le reportage de “Cash Investigation”, Tina révèle que cet homme avait été recruté par Champagnat six ans auparavant alors qu’il était connu pour avoir eu, dans son précédent poste, des comportements inappropriés comme ces « demandes répétées d’accompagner des élèves à la piscine en dehors des heures scolaires ». « Les gens peuvent changer » aurait répondu la direction de Champagnat à Tina quand elle a lancé l’alerte.
Des humiliations entre élèves ont également été signalées par une famille qui a témoigné dans nos pages en novembre 2025.
Des liaisons entre profs et élèves mineurs
D’autres faits, jamais évoqués jusqu’ici, sont révélés par le magazine qui dessine le portrait d’une institution visiblement peu empressée de protéger ses élèves d’éventuels prédateurs. Trois liaisons entre des adultes de l’institution et des élèves mineurs ont par exemple été évoquées en sein des instances internes à l’institution, qui a mis des mois à prévenir l’Éducation nationale pour une des affaires. Un des professeurs concernés serait même encore en poste actuellement, selon un collectif de professeurs de Champagnat, qui interpelle les pouvoirs publics dans une lettre ouverte aujourd’hui sur le site Stop Violences dans l’enseignement catholique.
À la suite de la diffusion de ce documentaire, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé avoir saisi la justice « sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale » et avoir lancé en interne « des procédures de contrôle et de sanctions ».
La réaction du Rectorat de l'académie de Strasbourg
Concernant les faits dénoncés à l’Institut Champagnat d’Issenheim dans le reportage Cash Investigation diffusé hier sur France 2, le rectorat a pris toute la mesure de la gravité des agissements commis et les condamne avec la plus grande fermeté. Ces comportements individuels de personnels sont inacceptables et contraires aux valeurs de l’École de la République.
Pour chacune des situations, les services académiques ont immédiatement engagé les procédures nécessaires pour écarter les enseignants du service et signalé les faits au Procureur de la République. 
Enquête interne
Deux des situations ont fait l’objet de procédures tant administratives que pénales. Les personnels concernés ne figurent plus dans les effectifs de l’Éducation Nationale. Une troisième situation donnera lieu à une décision administrative dès que la justice aura statué.
Destinataire en 2024 d’une alerte faisant état de difficultés relevant du climat scolaire de l’établissement, le rectorat a immédiatement pris l’attache de la tutelle, qui a diligenté une enquête interne.
L’Institut Champagnat figure par ailleurs dans le programme de contrôle 2025‑2026 des établissements privés sous contrat, arrêté en juillet 2025. Dans ce cadre, un contrôle de l’établissement interviendra très prochainement. La situation fera ensuite l’objet d’un suivi rapproché et attentif de la part des services de l’académie.

Enfin, au sujet des signalements émanant du Ministère de l’Éducation Nationale à la justice, il n’est pas encore possible, à ce stade de la procédure, d’en communiquer l’étendue. Les éléments seront transmis dès que cela sera possible. 

Le rectorat réaffirme sa détermination totale à garantir la protection et la sécurité de tous les élèves, ainsi que le respect absolu des valeurs et des règles qui fondent l’action de l’École de la République.

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