Témoignage - Quand l’école catholique oublie l’humain et perd son cap
Entre malaise, découragement et résistance collective, leur récit interroge ce paradoxe.
« Notre école a un projet d’établissement : survivre au management. »
Il fut un temps où le bien-être au travail était à la mode, un temps où l'on vilipendait les directions délétères d'Orange et de Renault, où les chefs d'entreprise réfléchissaient à procurer confort et sérénité à leur personnel. Ce temps-là n'est plus, notamment dans l'enseignement catholique. Dans de trop nombreux établissements, la gestion d'entreprise est devenue la règle ; sur la feuille de route des " managers ", la rentabilité prime sur un souci de l'humain qu'on serait en droit d'espérer au sein d'écoles chrétiennes.
C'est la situation que subit depuis deux ans le collège Sainte-Thérèse de Maisons Alfort dans le Val de Marne. Entendons-nous bien, le chef d'établissement parfait n'existe pas ; nous avons tous, un jour ou l'autre, déploré tel manquement, telle attitude, tel trait de caractère. Cependant, notre directrice, qui nous fut imposée dans l'urgence et hors mouvement, a mis un pont d'honneur nous présenter un échantillon représentatif de ce que nous ne souhaitons pas voir chez un directeur d'enseignement catholique.
Très vite des équipes pédagogiques, comme en EPS, ont vu leur organisation mise à mal, organisation de voyages retirée, professeurs maltraités qui ont dû être arrêtés pour mal-être au travail, intervention d'un inspecteur la semaine de la rentrée sur la demande de la direction, autant d'initiatives déstabilisantes voire vexatoires. Dans d'autres matières, on feint de consulter les équipes pédagogiques pour la répartition des classes puis on adopte une organisation opposée au mépris des désirs et projets exposés.
Les anciens de l'établissement, compétents et appréciés de tous, ressentent la méfiance de la direction à leur égard ; la Vie Scolaire en a pâti à plusieurs reprises : un éducateur (surveillant), qui avait entamé une formation de CPE, n'a pas eu la permission de s'absenter pour l'achever ; il a donc quitté le collège et ses compétences nous manquent. Trois autres éducateurs, en poste depuis plus de quinze ans, et désirant se former, ont vu leur demande refusée au mépris de leurs droits et de leur ancienneté, la formation ayant été accordée à une jeune éducatrice recrutée par la directrice à son arrivée. Aux demandes d'explications des personnels, celle-ci ne répond pas, ou met en avant les " nécessités de service " et "ses prérogatives de chef d'établissement ".
Malgré les demandes réitérées de tous, le dialogue n'existe plus au collège Sainte-Thérèse. On ne répond pas aux courriels des personnels, les décisions sont prises sans concertation, la directrice évite la salle des professeurs et préfère travailler à partir de son domicile plusieurs demi-journées par semaine, répondant à l'étonnement du CSE que c'est une pratique " recommandée par le rectorat ". Les élèves d'ailleurs, la connaissent à peine, ne la croisant ni dans la cour ni dans les classes, encore moins à l'entrée du collège.
Pourtant, en 2024 et au début de l'année 2025, la direction avait fait appel à deux organismes privés, la DGE et HADOC, afin de mener des enquêtes diverses. Ces intervenants avaient préconisé davantage de dialogue et de communication de la part de la cheffe d'établissement afin d'apaiser les tensions constatées, des préconisations demeurées lettre morte.
Cette direction hautaine pourrait être adoucie par le souci de l'autre, mais là encore la sécheresse est de mise : ni empathie pour les personnels malades ni condoléances lors de deuils ; le respect de l'humain ne semble plus une valeur au collège Sainte-Thérèse quand une réunion pédagogique est programmée de 8 heures à 17 heures le mercredi 24 septembre au mépris de l'après-midi de repos attendu par tous comme des contraintes de jeunes parents n'ayant pas cours ce jour-là. Un professeur a été contraint à assister à la réunion avec son bébé de deux mois.
Les professeurs n'osent plus protester contre des décisions qu'ils jugent arbitraires, injustes ou peu judicieuses. On tremble pour son emploi du temps de l'année suivante. Les enseignants 'DA' redoutent de perdre leur poste s'ils osent manifester un avis, à fortiori critique. L'an dernier, un jeune professeur non titulaire a été obligé d'accompagner un voyage sous la menace d'un rapport négatif à la fin de l'année. Nombre d'enseignants voient leurs demandes de niveaux, de classes ou de vœux, concernant leurs emplois du temps, rejetées sans autre explication que la redondante " nécessité de service ". En revanche, les plus dociles sont favorisés à bien des égards. Pour mieux diviser les équipes, la directrice s'appuie sur des délations : les enseignants qui se risquent à critiquer la direction en salle des professeurs sont dénoncés ; ainsi, un enseignant, qui exprimait un avis critique, a été convoqué par la directrice qui a demandé au rectorat de lui notifier un avertissement, demande qui, heureusement, n'a pas été suivie d'effet. Notons que ce professeur est syndiqué à la CGT... Notre syndicat est par ailleurs diabolisé : l'année dernière, on a déconseillé à la responsable de la catéchèse de côtoyer les élus de la CGT " souvent communistes" et bien évidemment " anti Dieu ".
Afin de mieux encore contraindre l'expression et le libre arbitre dans l'établissement, la directrice a promulgué en septembre un règlement intérieur pour les adultes du collège (professeurs comme salariés AGEC, de droit privé), malgré l'avis défavorable émis par le CSE, et en s'assurant de la signature des enseignants le jour de la pré-rentrée. Dans ce règlement, non seulement inédit mais surtout coercitif et vexatoire, la direction s'arroge le droit de fouiller les casiers ou les effets des personnels ; elle dresse une liste des fautes et des punitions encourues : citons par exemple
- Insubordination et indiscipline
- Désorganisation volontaire de la bonne marche de l'établissement
- Critiques et dénigrement systématiques,
rendant de facto illégal tout type d'opposition et créant tension, méfiance et mal être au sein du collège.
Le CSE, élu avant l'arrivée de la directrice et dont tous les membres sont syndiqués à la CGT, s'est efforcé inlassablement d'inciter la cheffe d'établissement à plus de mesure, de compréhension, de respect humain, de concertation avec les professeurs et les salariés du collège. En vain. La secrétaire du CSE doit batailler pendant des heures pour que l'ordre du jour, portant les interrogations légitimes des personnels, ne soit entièrement vidé de sa substance. On s'oppose à toute question dérangeante ou on refuse d'y répondre ; on s'adresse aux membres du CSE - dont je suis - avec une virulence qui étonne : " Taisez-vous, madame !", " vous êtes ridicule !". L'obstruction devient évidente : si le CSE décide d'organiser une réunion de dialogue avec les personnels, la direction interdit aux salariés AGEC d'y participer sur leur temps de travail malgré les lois en vigueur et prévoit au dernier moment une contre réunion pour tout le personnel le même jour à la même heure. Les tentatives d'intimidation des membres du CSE se multiplient : envois recommandés à la secrétaire un samedi ; demande d'inspection pour moi.
Entre la peur de tous, la soumission de certains et le découragement ponctuel des élus CGT, les adultes du collège sont malheureux dans cette atmosphère délétère ; pourtant ils s'efforcent de remplir leur mission auprès des élèves dont ils protègent la sérénité. Pour combien de temps ? Sans l'écoute et le soutien constants du secrétaire académique de la CGT dans l'académie de Créteil- les enseignants auraient bien du mal à poursuivre leur lutte contre l'autoritarisme, l'obstruction et la discrimination syndicale. Pour les élus CGT au CSE, il est essentiel de défendre des valeurs que les établissements catholiques semblent peu à peu oublier. Le respect de l'autre et la bienveillance dans les rapports humains nous paraissent un pré-requis vital dans un monde où des idées nauséabondes imprègnent à nouveau les modèles économiques et politiques.
Témoignage d’enseignants du collège Ste Thérèse de Maisons-Alfort – CGT CRETEIL
NDLR STOPSOUFFRANCE : nous revendiquons la création d'un concours de type PERDIR (personnel de direction) pour l'enseignement sous contrat, avec formation et rémunération publiques, afin de faire cesser ce type de situations redondantes et répandues partout en France.
La nomination par évêque doit cesser d'être la seule "compétence".

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