Après la mise au pas des médias, les commissaires politiques dans les écoles privées ?
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TRIBUNE. Sous prétexte de renforcer la vigilance après
l’affaire Bétharram, les écoles privées subissent une déferlante de
contrôles jugés intrusifs et idéologiques, estime Michel Valadier,
directeur de la Fondation pour l’école.
En réaction à la triste affaire Bétharram*, le ministre de l’Éducation nationale a décidé l’été dernier de systématiser les inspections dans les écoles privées sous contrat. Jusqu’alors, seules les écoles hors contrat avaient le « privilège » de ce traitement…
Or les écoles privées – hors ou sous contrat - n’ont pas attendu l’affaire Bétharram pour mettre en place des dispositifs rigoureux afin d’assurer la protection et la sécurité de leurs élèves. Par exemple, la Fondation pour l’école propose depuis 15 ans une charte de protection des mineurs aux écoles qui le souhaitent. Cette frénésie soudaine de contrôles fait donc grand bruit mais elle intervient 20 ans trop tard.
À telle enseigne que le 2 décembre dernier, Guillaume Prévost, secrétaire général de l’Enseignement catholique s’est indigné devant la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale de « l’instrumentalisation » de ces inspections des écoles sous contrat, certaines d’entre elles étant entachées de « graves abus d’autorité ». Et d’ajouter : « Ces graves abus mettent en péril les conditions d’exercice de nos missions, insécurisent les personnels et fragilisent nos écoles ». Et de citer l’exemple d’un enfant interrogé par un inspecteur, sans la présence d’une tierce personne. Enfant qui est questionné sur les convictions religieuses de sa famille. « Ces pratiques scandaleuses doivent cesser ! » termine-t-il en réclamant la mise en place d’une mission parlementaire pour déterminer les conditions dans lesquelles ont été réalisées quelque 900 contrôles d’établissements sur les 7 200 que compte l’Enseignement catholique.
Des inspecteurs ont été surpris en train de fouiller dans les casiers personnels des professeurs
Depuis plus de 10 ans déjà, les écoles libres hors contrat subissent ce genre de « descentes » où les inspecteurs débarquent à l’improviste, à 15 parfois dans de petites écoles. Ces inspections à charge se sont multipliées depuis le vote de la loi sur le séparatisme de 2021. Sous couvert de lutter contre l’islamisation de certaines écoles – il y a moins de 60 écoles musulmanes pour 2 600 écoles hors contrat - ce sont surtout les autres écoles qui subissent ce qui s’apparente parfois à de véritables perquisitions.
C’est ainsi que des inspecteurs ont été surpris en train de fouiller dans les casiers personnels des professeurs. Qu’ils profitent fréquemment de leur passage dans les classes pour fouiller les cartables des élèves. Il en est de même avec les interrogatoires d’élèves, qu’ils demandent à effectuer seul à seul. Voici quelques verbatims des questions posées aux élèves : « Parlez-vous de sexualité à la maison ? En parlez-vous souvent ? », « Vos parents s’entendent-ils bien ? », « Parlez-vous de politique en classe ? », « Avez-vous un accès libre à Internet à l’école ? À la maison ? », « Des filles en couple à l’école, qu’en pensez-vous ? », etc.
Certaines de ces questions sont éloquentes. Il s’agit très clairement d’un abus de position dominante et d’un abus de pouvoir. Mais, lorsque le directeur demande la présence d’un tiers à ce type d’entretien, les inspecteurs répondent souvent qu’il s’agit d’une entrave au bon déroulement du contrôle et menacent de le signaler au préfet afin qu’il ferme l’école. Voilà la réalité sur le terrain.
La Fondation pour l’école dispose de ces témoignages et les transmet régulièrement au ministère de l’Éducation nationale en protestant. Les choses se tassent quelque temps, puis reprennent dans un autre rectorat. Le ministre ne peut pas dire qu’il n’est pas informé !
Des contrôles sont nécessaires afin de s’assurer que l’enseignement dispensé est conforme, que les conditions de travail sont adaptées et que les élèves ne sont pas embrigadés. D’ailleurs, certaines de ces inspections se déroulent bien et sont même utiles pour les écoles, leur permettant de progresser et de corriger certains défauts.
Le problème vient du présupposé idéologique de la majorité des inspecteurs qui viennent avec l’intention selon les situations, de trouver des raisons de supprimer un contrat d’association s’il existe, voire de fermer l’école si c’est possible. Dans de trop nombreux cas, il y a clairement une intention de nuire alors même que tout le monde s’accorde à reconnaître que ces écoles ont de bien meilleurs résultats que la plupart des écoles publiques.
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