Hélène est une maman furieuse. Ce vendredi 17 octobre 2025, dans
la matinée, elle discute devant le lycée Saint-Paul Notre-Dame où sa
fille est scolarisée. L’établissement va fermer ses portes dans
l’après-midi, 36 ans après sa création dans l’avenue de la République de
La Ferté-Bernard. Comme ma fille, je le vis très mal. C’est une honte.
On l’a appris à la rentrée. C’est une décision scandaleuse et la méthode
est inacceptable.
Elle en veut à la Direction diocésaine de l’enseignement catholique de la Sarthe qui avait annoncé officiellement la fermeture le 22 septembre dans un communiqué envoyé à la presse.
J’ai inscrit ma fille ici car je voulais qu’elle y trouve de la
sécurité, du confort, en adhérant aux valeurs de l’enseignement
catholique. Aujourd’hui, elle est perdue. On nous prend en traître. Dans
quelles conditions met-on nos enfants l’année du baccalauréat ?
« Un gros manque de respect »
Après les vacances de la Toussaint, les 33 élèves du lycée seront rapatriés au sein du collège Notre-Dame
, rue Bourgneuf, qui fait partie du nouvel ensemble scolaire
Notre-Dame-des-Marais. Rebecca Gouy, enseignante depuis cinq ans à
Saint-Paul, ne décolère pas. Je le vis comme un deuil. L’équipe a été
prévenue comme ça, au milieu d’autres informations, lors de la rentrée
scolaire avant la pause-café. C’est un gros manque de respect. Il y a un
sentiment d’impuissance. Le diocèse n’a que faire de nos sentiments,
nous ne sommes jamais consultés. On a été mis devant le fait accompli.
Même le CSE n’a pas été consulté. Je suis triste et en colère pour les élèves.
Le diocèse met en avant le bien-être des élèves pour fermer
l’établissement, car il serait trop grand pour un effectif si petit.
C’est n’importe quoi. Ils ont posé la question aux élèves ? Non. C’est
surtout qu’ils veulent faire des économies (NDLR : 93 000 € selon les
chiffres communiqués par le diocèse). Rien n’a été anticipé. C’est une trahison, on nous prend pour des cons. Je le dis tout haut car tout le monde ne peut pas faire.
« Personne ne nous a demandé comment on le vivait »
L’enseignante accuse le diocèse, et plus particulièrement l’Ogec
(Organisme de gestion de l’enseignement catholique) de s’être moqués
des élèves qui leur posaient des questions légitimes sur leur avenir
lors d’une récente réunion. Leur air était condescendant avec un
sentiment d’impunité. J’avais mal pour les élèves.
Les jeunes,
justement, errent quelque peu dans le lycée ce 17 octobre. Ils se
confient, comme Lilou en classe de terminale qui discute avec ses
camarades Margot, Mathys, Gabriel, Charlène ou encore Elfy. J’ai très
mal vécu la rentrée, dit-elle. Le diocèse a envoyé un mail, c’est comme
ça qu’on l’a appris. Personne ne nous a demandé comment on le vivait.
« On a peur pour le bac »
La perspective de migrer vers le collège n’enchante personne. La force
de Saint-Paul, c’était d’être en petit comité avec une ambiance
conviviale, décrit Lisa en classe de seconde et qui refait le monde avec
ses amis Maony, Océane, Orlane, Juliette ou encore Elliott. Là, on va
aller au collège Notre-Dame , entassés avec 300 élèves. Ce n’est pas pour ça que j’étais venue ici.
Le téléphone portable leur sera autorisé, ce qui est interdit pour les
collégiens. Mais nous sommes en colère, lance Mathys. Je ne me serais
jamais inscrit ici si j’avais su que le lycée fermerait en octobre.
J’aurais pu aller à Nogent-le-Rotrou ou Mortagne-au-Perche. Ses
camarades regrettent de ne pas avoir le choix de faire leur année de
lycéen au collège. Après une rentrée chaotique, tous le reconnaissent :
On a peur pour le bac.
Fortement mis en cause par les élèves, leurs parents et une partie des
enseignants du lycée Saint-Paul Notre-Dame, la Direction diocésaine de
l’enseignement catholique de la Sarthe défend bec et ongles sa gestion
de la crise. Nous avons attendu la rentrée scolaire pour communiquer la
décision de fermer le lycée car les familles allaient se retrouver en
grande difficulté si nous l’avions fait fin juin, assure Éric Billet, le
directeur diocésain. C’est une décision difficile à prendre mais nous
n’avions pas le choix. Un lycée ne peut pas être viable avec seulement
33 élèves. La fermeture était inéluctable.
Comment expliquer
une telle baisse du nombre d’élèves (78 à la rentrée 2024, 33 en 2025) ?
La chute a été brutale et nous avons été les premiers surpris. Nous
avons été contraints de fermer des classes ces dernières années, et donc
de supprimer des spécialités. On s’attendait quand même à avoir entre
65 et 70 élèves à la rentrée. Début juin, nous n’avions que
38 inscriptions officielles. Il était impossible de continuer ainsi.
Plusieurs parents d’élèves accusent le diocèse d’avoir quand même
engagé la rentrée scolaire pour encaisser l’argent des inscriptions (une
année scolaire coûte en moyenne entre 1 000 et 1 400 € par élève) alors
que la fermeture était déjà programmée. À cette accusation, Éric Billet
informe que des réunions seront organisées la semaine prochaine pour
évaluer la baisse des coûts suite au déménagement. C’est une situation
assez exceptionnelle et nous assurons les élèves que le diocèse sera
très attentif à leur scolarité cette année.
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