Soupçons de violences dans 15 autres écoles de Loire-Atlantique: « Il y a encore un travail énorme »
En Loire-Atlantique, l’appel à témoignages lancé par le diocèse de Nantes le 29 août 2025 a permis d’identifier 15 autres établissements scolaires du département où des violences ont pu être commises par le passé. Pas une surprise pour les membres du collectif reçus par l’évêque et le directeur de l’enseignement catholique de Loire-Atlantique, vendredi 17 octobre, qui attendent aussi des réponses judiciaires pour les agresseurs vivants.
Leur entretien a duré un peu plus d’une heure. Vendredi 17 octobre Monseigneur Percerou, évêque de Nantes, et Frédéric Delemazure, directeur de l’enseignement catholique, ont échangé avec trois représentants du collectif « Saint-Stanislas Victimes de l’institution ». On s’est tout dit, sans tabou , analyse Thierry Jaumouillé, 61 ans, agressé en 1980.
Cette invitation du Diocèse, il tenait à l’honorer. Je peux le dire, ça m’a soulagé , confie celui qui se décrit comme un ancien anarchiste. Je m’attendais à ce qu’ils s’énervent mais dans leurs yeux, j’ai vu de la compassion, de l’écoute . Louis*, témoin de violences dans les années 90, relativise un peu : Il y avait quand même des tags avec des noms dès 2021… Mais on commence à se rapprocher du problème .
« Les prêtres et les frères se croyaient intouchables »
Au cours de cet échange, le diocèse a fait un point d’étape sur son travail de collecte de témoignages. Au 17 octobre, l’institution affirmait avoir ouvert 107 dossiers, dont 27 pour 15 autres établissements en Loire-Atlantique.
Un chiffre qui ne surprend pas Jean-Pierre*, un autre membre du collectif présent. Je ne vois pas pourquoi il n’y aurait que Saint-Stanislas. Le problème vient principalement des prêtres et des frères. Ils se croyaient intouchables .
Dans les années 60, ils étaient encore nombreux en fonction dans les écoles et l’église n’était pas à l’écoute. À Saint-Stanislas, Jean-Pierre a été agressé par un abbé. Quand j’ai déposé mon témoignage sur la plate-forme il y a trois ans, ils ont interrogé le diocèse qui n’avait rien sur lui. On croit comprendre qu’il y avait eu un nettoyage de fait dans les archives . Aujourd’hui, 18 témoignages nommeraient ce prêtre, décédé il y a quelques années. Je veux que ceux qui le souhaitent puissent savoir qu’ils ne sont pas seuls , avance cet ancien professeur.
« J’attends une condamnation, évidemment »
À l’inverse, l’un des agresseurs de Thierry, membre de l’encadrement *, est toujours en vie. Pendant longtemps, j’ai eu peur. Mais depuis que j’en ai parlé à la presse, je me sens libéré , réalise-t-il. Qu’attend-il désormais ? Moi j’aimerais une confrontation, qu’il soit inculpé, j’aimerais un procès , énumère-t-il. Et puis j’aimerais qu’il soit condamné. Plus ça va, plus je me sens fort parce que je suis recollé en un seul morceau. . Il ignore les noms des deux autres bourreaux, à peine plus âgés que lui à l’époque, mais leurs visages sont gravés et si j’accède au trombinoscope, je saurai les reconnaître . Thierry pense qu’ils étaient sous la coupe du cadre qu’il accuse d’agression sexuelle et reste convaincu que ce dernier a fait de nombreuses autres victimes. L’internat était un vivier pour lui, qui choisissait des élèves fragiles . La presse locale n’a pas dévoilé son nom, mais il sait que c’est lui , tranche Thierry. J’ai écrit au procureur pour lui dire : qu’attendez-vous ? J’espère que ça va aller assez vite .
À ce jour, le parquet dit avoir ouvert une seule enquête au sujet du jeune homme suicidé en 2024. D’autres devraient être diligentées selon les situations , a précisé le procureur de Nantes dans un communiqué, le 16 octobre dernier.
« Dans un autre établissement, la peur domine encore »
Le collectif reçoit régulièrement des témoignages. Le sentiment d’avoir ouvert une boîte de Pandore incite ses membres à investiguer. En Loire-Atlantique, on sait qu’il y a un autre établissement qu’on nous a signalé deux fois pour de la violence systémique, mais la peur domine encore , dévoile Thierry. Dès qu’on le pourra, on lancera un appel à témoignages pour cet établissement, de même pour mon agresseur .
Louis veut continuer de faire pression. Pour lui, la majorité des affaires ne sont pas sorties. Quatre ans après le Ciase (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, Ndlr), il y a encore un travail énorme . Il veut faire le maximum pour que les auteurs soient identifiés, ne serait-ce que pour des raisons de reconnaissance. Certains sont quand même morts avec les honneurs .
En attendant une éventuelle réponse judiciaire, le collectif a demandé au diocèse l’organisation d’une cérémonie de réparation dans l’établissement scolaire et la pose d’une plaque. Le directeur diocésain vient de nous répondre qu’ils sont d’accord pour la plaque , rapporte Thierry. Il nous a également fait la proposition de revenir à Saint-Stanislas et plus précisément dans les lieux où se sont passées nos agressions, on a dit oui. On va faire comme un pèlerinage .
* Les deux autres membres du collectif ne souhaitent pas dévoiler leur nom de famille
** Attaché au respect de la présomption d’innocence, Presse Océan ne divulgue pas l’identité des personnes incriminées avant mise en examen

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