Pharos, FB, et le petit doigt levé : chronique d’un zèle bien placé
[Post Facebook, Collectif "Justice et reconstruction, de l'ombre à la lumière - 28 octobre 2025- à propos du dessin qui a valu à une victime de Bétharram une garde à vue et des poursuites judiciaires en cours]
Il est des gestes qui ne coûtent rien, et des silences qui valent leur pesant de loyauté.
Dans une affaire qui agite les couloirs cauchemardesques d’un pensionnat recroquevillé au fond d’une vallée béarnaise, un individu, visiblement nostalgique des heures les plus sombres de la délation, s’est illustré en signalant sur Pharos une caricature de son idole FB, publiée sur Facebook. Résultat : garde à vue de sept heures pour l’imprudent dessinateur amateur, et un parfum de naphtaline dans les libertés publiques.
Le plus savoureux ? : le signalement viendrait d’un ancien camarade de l’établissement, passé maître dans l’art de la révérence verticale. On murmure qu’il aurait partagé les bancs avec son modèle, avant de troquer l’humour pour le zèle. Le genre de profil qui, en d’autres temps, savait où glisser un nom dans une boîte aux lettres sans se salir les mains.
FB, quant à lui, n’a eu ni à intervenir ni à lever le petit doigt. L’ancien élève a fait le taf, et la plateforme Pharos s’est chargée du reste.
On ne sait ce qui est le plus inquiétant : la disproportion de la réponse ou la banalité du geste ?
Mais une chose est sûre : certains héritiers de cette éducation savent encore reconnaître les bons réflexes, ceux qui font taire, harcèlent et trahissent en toute impunité.
On croyait Pharos dédié à la lutte contre les dérives graves du net, à la protection de l’enfance, à la traque du terrorisme et à la répression de l’apologie du crime. Que nenni. Il sert désormais à museler l’ironie potache d’une ancienne victime bien réelle.
À ce rythme, il ne manque plus que les brassards, les carnets à souche et les médailles pour bons services rendus à l’ordre moral.
La République du bon sens est morte. Place à la bête immonde : celle de la délation, de la superstition et de la crapulerie en réseau.
Les capos de notre ancien pensionnat veillent toujours : clic en main, doigt sur la gâchette, et conscience en veille prolongée.
Car, il y a toujours, même après des décennies, dans les replis de la République, un Lucien en puissance, prêt à troquer ses camarades contre un clic bien placé, pour défendre l’indéfendable et salir ce qui dérange.
Tandis que nos véritables bourreaux, eux, circulent libres, sanctuarisés par la sainte prescription de notre État bienfaiteur.
Merci, chère République de l’ordre.
N.B. Petit rappel pour les zélateurs du clic bien placé : la satire, la caricature et le pamphlet ne sont pas des délits.
Ce sont des droits. L’indignation aussi.
Et tout cela s’inscrit dans le cadre légal de la liberté d’expression, garantie par une République qui, paraît-il, se veut éclairée.
Ps. Rectificatif :
Contrairement à ce qui est évoqué dans le corps du texte, il semble que le signalement n’ait pas été effectué via la plateforme Pharos, mais directement par dépôt de plainte auprès du tribunal judiciaire de Pau. Cette précision ne modifie en rien le fond du propos : la mécanique d’intimidation reste la même, et la disproportion de la réponse judiciaire demeure préoccupante.
Je rappelle par ailleurs que j’ai moi-même témoigné contre le tribunal judiciaire de Pau dans le cadre de l’affaire Carricart, pour manquements graves à la protection des victimes et entraves manifestes. Cette démarche, aujourd’hui entre les mains de la justice, s’inscrit dans une exigence de vérité, de responsabilité institutionnelle et de respect des droits fondamentaux.

Commentaires