Immaculée-Conception à Pau: management « brutal », « manquement à la laïcité », le « combat idéologique » se poursuit
Aude Ferbos; a.ferbos@sudouest.fr Article Sud Ouest
Nouvelle constitution de partie civile en appui aux plaintes de harcèlement moral déposées par les personnels, recrutement polémique d’un enseignant très engagé politiquement: de nouveaux remous agitent l’ensemble scolaire privé béarnais
«Je ne suis pas un commissaire politique», insiste Christian Espeso
C’est un combat idéologique.» Telle est l’analyse de Christian Espeso, directeur de l’Immaculée-Conception, face aux nouveaux remous qui agitent l’ensemble scolaire privé de 2600élèves à Pau. Un directeur toujours en poste après l’annulation par la cour administrative de Pau de l’interdiction d’exercer prononcée en 2024 par le rectorat au motif d’«un management brutal» et de «manquements à la laïcité». L’histoire n’est pas terminée, puisque le ministère de l’Éducation nationale a fait appel.
Depuis la rentrée scolaire, l’atmosphère ne s’est pas allégée, déplore une enseignante, évoquant «des tentatives d’intimidation et des échanges souvent violents».
Dernière péripétie: la polémique autour du recrutement au collège d’un professeur suppléant en histoire-géographie, Bastien Brestat. Une candidature invalidée par le rectorat, qui pointe «l’absence de diplômes nécessaires». «En réponse, la direction de l’Immaculée-Conception a demandé à le recruter sur ses fonds propres», expose le rectorat, qui s’y oppose aussi: c’est illégal, en vertu des règles du contrat d’association.
Le refus du rectorat contesté
Entre-temps, le profil de Bastien Brestat fait tiquer l’équipe enseignante: il occupe un poste central au sein de l’Action française en Béarn, un mouvement nationaliste et royaliste d’extrême droite. À ce titre, il s’exprime publiquement sur les réseaux sociaux, terminant ses discours par «vive la France et vive le roi!». «C’est problématique pour un prof d’histoire-géo», souligne l’enseignante.
Au téléphone, Bastien Brestat rétorque que «ses idées restent à la porte de la classe et n’ont aucune influence sur son enseignement». Dès la notification du rectorat, le 10 octobre, il a été transféré à un poste de surveillant, placé sous la hiérarchie directe du directeur. «Je n’ai perçu aucune rémunération en tant qu’enseignant», précise Bastien Brestat, ajoutant qu’il contestera le refus du rectorat. «J’ai un master Métiers de l’enseignement obtenu à l’Inspe de Toulouse, équivalant à un bac+5, même si en effet je n’ai pas de licence dans la spécialité histoire-géographie», dit-il. «À moins, ajoute le Palois, que le refus ait été motivé par mes convictions politiques. Ce serait discriminatoire, ou alors la règle doit s’appliquer à tous, y compris aux enseignants de gauche.»
«Montée des idées fascistes»
Pour l’équipe éducative, il n’y a pas de hasard. «C’est la première année que nous avons le droit d’évoquer l’affaire Samuel Paty avec les élèves, soi-disant par sécurité», s’insurge une enseignante, confrontée également à des réactions de «parents négationnistes, refusant que leur enfant lise un livre sur la Seconde Guerre mondiale». Certes, admet-elle, Christian Espeso a organisé «la plantation d’un olivier dans l’établissement pour symboliser la lutte contre l’antisémitisme». Mais pour elle, il s’agit de «pur affichage pour se racheter une conduite». Et d’évoquer la plainte pour révisionnisme visant le directeur, à l’initiative de SOS-Racisme. Une plainte toutefois classée sans suite.
«Nous assistons partout en France dans les établissements privés à une dérive à l’américaine, marquée par une montée gravissime des idées fascistes, un racisme décomplexé, et des atteintes à la laïcité», appuie Laëtitia Bramoullé, porte-parole de Stop aux souffrances dans les établissements catholiques. Ce collectif rassemble enseignants du privé, parents d’élèves et lanceurs d’alerte, à l’instar de Françoise Gullung, cette professeure de mathématiques qui avait tiré la sonnette d’alarme sur les violences à Bétharram dès 1996.
Face à la multiplication des scandales, Laëtitia Bramoullé –qui a quitté l’enseignement privé et rejoint le public– appelle notamment à réviser le statut des directeurs d’établissement privé et des personnels de vie scolaire, «la plupart du temps embauchés par népotisme». Le collectif appelle aussi de ses vœux un meilleur contrôle financier des établissements, et tout particulièrement de l’utilisation des fonds publics. «Des directeurs recrutés par les évêques, c’est indécent. Nous sommes en pleine dystopie, il faut agir.»
En attendant, «les profs trop républicains sont considérés comme des antifas [anti-fascistes, NDLR]», dit-elle. L’enseignante paloise rebondit: «Nous sommes catalogués, traités de cathophobes, d’islamo-gauchistes et placardisés.» Elle fait partie des personnels de l’établissement qui ont déposé plainte en mars dernier pour des faits de harcèlement moral, toujours à l’instruction. La semaine dernière, le syndicat des enseignants du privé Snep-Unsa s’est constitué partie civile en appui au dossier et a saisi le recteur d’académie pour lui demander de suspendre à nouveau Christian Espeso.
Le directeur se dit « harcelé »
De son côté, le directeur de l’Immaculée-Conception se dit «harcelé» par «cette opposition très minoritaire». «Je suis largement soutenu par ailleurs», dit-il. Il ajoute que «ses choix pédagogiques ont propulsé l’établissement parmi les premiers en France».
«Concernant Bastien Brestat, j’ai été très attentif aux diplômes – et il en a–, et au casier judiciaire. Mais il n’y a pas de casier idéologique. Je ne suis pas un commissaire politique.» De son point de vue, ces accusations relèvent du «combat idéologique». Il détaille, emphatique. «Ce qu’ils combattent, c’est ce que je porte. Je porte une école de la transmission, une école qui enracine les élèves dans une culture, une école qui apprend la France, l’école de l’élitisme républicain.» Il reprend sa respiration. «C’est ce qu’ils n’aiment pas, parce que je tourne le dos à l’école qui, pour moi, est responsable de nos résultats aux enquêtes d’évaluation [des systèmes éducatifs] Pisa, Timms, etc. Je pense qu’un catholique comme moi est beaucoup plus proche de Ferdinand Buisson [un des principaux inspirateurs des lois scolaires de la IIIe République, défenseur de la laïcité] que tout un tas de gens qui se réclament des valeurs de la République.»
«Oui, ici les élèves apprennent à respecter les fêtes nationales, et il y a des classes de niveau, insiste Christian Espeso. Aujourd’hui, tout cela est combattu et j’en suis désolé.»
«Des tentatives d’intimidation et des échanges souvent violents»

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