Sous le pseudonyme "Sans drap", et avec pour photo un cliché modifié à
l'aide d'un filtre, cette femme d'une quarantaine d'années, exprime
librement ses convictions politiques. «
Selon moi, je n'étais pas reconnaissable, contrairement à ce qu'a
affirmé Médiapart. Preuve en est : quand je me suis présentée au
commissariat en audition libre, le lieutenant de gendarmerie ne m'a pas
reconnue. Idem pour le directeur de mon établissement », assure
l'enseignante. Avant cette tempête médiatique, elle n'avait d'ailleurs
jamais été inquiétée, ni par la direction, ni par les parents d'élèves :
« Je n'ai, bien évidemment, jamais parlé
de politique en classe, ni même en salle des profs. J'ai toujours
respecté mon devoir de neutralité. »
Un parti pris de droite
Sur ce compte Twitter, Sandra réagit à l'actualité et se présente en
description comme une personne de droite et patriote. Face à
l'interpellation d'un influenceur algérien pour apologie du terrorisme,
elle écrit : « Alors lui avec sa bonne
tronche de con…sanguin, pas besoin de son passeport pour connaître sa
nationalité ! Encore un qui va faire un petit aller-retour en Algérie ?
». Ou encore, à l'attention de Louis Boyard : «
Alors, mon p'tit Louis, on reçoit des menaces et subitement, on oublie
que "la police tue" ? Tu vas aller taguer ACAB sur le véhicule de police
garé devant chez toi pour te protéger ? Tu veux l'anarchie et un monde
sans flics ? Commence par te passer d'eux, baltringue ! »
Des propos d'une tendance politique certaine, que son auteure assume : «
C'était un compte de droite avec des propos évidemment contre
l'immigration incontrôlée, qui dénonçait le fait que les OQTF n'étaient
jamais expulsés, qui dénonçait tous les problèmes de sécurité que ça
pouvait engendrer, contre la montée de l'islam politique du port du
voile intégral, du burkini. »Des comptes comme il en existe beaucoup d'autres.
Une direction sous pression de la gauche radicale
« Je suis tombée des nues quand j'ai pris connaissance de cet article », se souvient Sandra. La professeure de mathématiques possédait ce compte X, suivi par près de 55 000
personnes, depuis 2014, soit bien avant le rachat de la plateforme par
Elon Musk. Un compte qui n'avait jamais été suspendu. « Ce qui prouve bien que je n'ai jamais enfreint les règles de X et que je n'ai jamais appelé à la haine,souligne-t-elle. Mais
pour la gauche, cela fait de moi une raciste, une islamophobe, une
homophobe… ces accusations sont complétement délirantes ! »
Perturbée
par la parution de l'article de Médiapart, Sandra est tout de suite
mise en arrêt maladie par son médecin, jusqu'à l'été. Interpelée par les
professeurs et par la journaliste de Médiapart, la direction de
l'établissement déclare ne pas être concernée par cette affaire,
puisqu'il s'agit d'un compte privé. Le rectorat a, quant à lui, signifié
par deux fois au directeur qu'il ne donnerait aucune suite à cette
affaire. « Le directeur ne s'est jamais ouvertement positionné contre moi,explique l'enseignante, mais il a essayé de ménager les deux partis. »
Une campagne de dénigrement orchestrée par les syndicats
Sentant bien l'hostilité de ses collègues à son égard, Sandra. demande à être mutée dès le mois d'avril : « Je me suis dit que ce serait plus facile pour tout le monde si je quittais cet établissement. »
Malheureusement, aucun poste n'est disponible à une distance
raisonnable du domicile de Sandra, en situation de handicap. Quand ils
apprennent que cette mutation n'aura pas lieu, les détracteurs de
Sandra, - au nombre d'une quinzaine de personnes - forment un collectif
pour s'opposer à son retour dans l'établissement. Ils lancent même une
pétition exigeant que la direction se désolidarise de l'enseignante.
« En juin, ils ont contacté la CGT et la CFDT
qui ont glissé des tracts dans les casiers de tous les membres du
personnel afin de les inciter à témoigner contre moi sur la plateforme
"Stop Discri" » , rapporte Sandra. Une plateforme mise en place par
l'Éducation nationale, à destination des membres du personnel qui
s'estiment victimes ou témoins de discriminations. «
Ils ont incité le personnel de l'établissement à porter de faux
témoignages : je n'ai jamais tenu des propos discriminatoires envers qui
que ce soit ! », s'indigne Sandra.
Le rectorat change d'avis
Malgré tout, n'ayant reçu aucun avis contradictoire du directeur de
l'établissement, la prof de maths s'apprêtait à faire sa rentrée début
septembre. Notamment pour des raisons financières, car après 90 jours
d'arrêt maladie, le dédommagement est réduit de moitié. Quand elle a
découvert que le collectif menaçait de se mettre en grève si jamais elle
reprenait les cours. « Ils ont même fait un discours diffamatoire à mon sujet lors de l'assemblée générale de pré-rentrée, souligne-t-elle abasourdie. Et le pire est qu'ils continuent même après que la justice est passée ! »
En parallèle, Sandra dépose une plainte contre Médiapart et ses relais : «
J'ai clairement été victime de doxxing [l'utilisation de données
privées numériques à des fins malveillantes, Ndlr], et pourtant, la
justice a classé ma plainte sans suite, au motif que les auteurs de
l'infraction n'étaient pas identifiables. C'est scandaleux ! »
Le
rectorat a finalement cédé aux pressions des enseignants, et convoqué
Sandra pour une procédure disciplinaire, le 25 septembre. « J'ai été traitée en coupable et non en victime »,
regrette Sandra. Faute de poste vacant, elle ne peut pas espérer être
mutée. Si aucune sanction n'a été prise pour le moment, c'est le statu
quo qui l'a emporté. Une situation qui laisse cette professeure dans le flou complet quant à son avenir. Et celle-ci, dépitée, de conclure : « Je ne peux pas retourner travailler dans cet établissement, c'est impossible. »
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