EVARS : Cycloshow-XY, les dangers de l’externalisation
25 septembre 2025 Article Café Péda par Claire Berest
Enfin ! Après des mois de dérapages, rétropédalages, recadrages, atermoiements, manœuvres dilatoires, relectures et réécritures, le programme d’éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité (EVARS), adopté à l’unanimité par le CSE et publié début février au BO, est entré en vigueur en cette rentrée 2025 avec obligation de mise en œuvre dans tous les établissements scolaires. Si l’on se réjouit de cette étape enfin franchie, tant il y a urgence à agir, notamment en matière de prévention et de protection des enfants contre les violences sexistes et sexuelles, cette mise en place s’accompagne aussi d’inquiétudes. Peu anticipée, accompagnée de moyens de formation limités, elle peine à se déployer et reste un sujet sensible dont les équipes éducatives hésitent parfois à s’emparer, faute de sentiment de légitimité. La tentation est alors grande de faire appel à des partenaires extérieurs, comme le programme l’autorise. Et c’est là que le bât risque bien de blesser…
L’intervention d’associations extérieures : oui, mais…
Sur la question de l’externalisation, le texte du programme est, dès la partie de son préambule consacrée aux « Principes, valeurs, finalités », très clair. Les équipes éducatives peuvent faire appel à des partenaires extérieurs pour animer des séances d’EVARS, mais ce sont les « professeurs [qui] conçoivent et organisent collégialement la mise en œuvre pédagogique de cette éducation sous le pilotage et avec le soutien des directeurs d’école ou des chefs d’établissement, garants de la mise en œuvre effective de cet enseignement et de ses principes ».
Il ne s’agit donc, en aucun cas, de sous-traiter l’EVARS en en confiant l’animation (et donc le contenu) à des associations, fussent-elles agréées, condition néanmoins préalable, évidemment sine qua non, à leur intervention, comme le rappelle le préambule du programme : « des partenaires extérieurs, tels que des associations spécialisées, dont les compétences sont dûment reconnues et agréées aux niveaux national ou académique, peuvent être associés aux équipes de personnels de l’éducation nationale ». On notera qu’il est ici question de « possibilité », et non de recours systématisé, comme si les concepteurices du programme anticipaient une possible dérive de sous-traitance.
Ce même préambule précise par ailleurs que « l’intervention d’associations agréées et d’institutions partenaires, lorsqu’elle a lieu, est systématiquement anticipée, préparée et coordonnée avec un ou plusieurs membres de l’équipe éducative ; elle s’effectue toujours en leur présence. » Quand bien même la légitimité de l’association ne prête à aucune contestation, son intervention relève donc d’une négociation préalable, d’un cahier des charges précis, et elle nécessite la présence d’au moins un membre de l’équipe éducative, tenue pleinement responsable de son déroulement. Etre agréé ne suffit donc pas à obtenir un blanc seing.
Le préambule insiste d’ailleurs sur l’attention à porter au contenu de ces interventions, explicitant un certain nombre de mises en garde dont on voit bien qu’elles visent à contrôler tout risque de prosélytisme et d’entrisme, notamment religieux : « les intervenants extérieurs respectent la nature scolaire de cette éducation, sans jamais l’instrumentaliser et en promouvant le respect et l’égalité. » Il en va en effet du respect du code de l’éducation dont « dans leurs démarches pédagogique et éducative, les professeurs et les personnels éducatifs, sociaux et de santé en charge de ce programme sont garants », et « notamment des principes de neutralité, de laïcité, de la liberté des élèves et de la prise en compte de la singularité de leur parcours de vie ».
Sans être encouragé, le recours à des associations extérieures est donc considéré comme possible, mais il est soumis à de nombreux garde-fous. Chacun·e est rappelé à l’ordre et invité·e à s’assurer de la conformité de toute intervention programmée avec « les principes et valeurs de la République, parmi lesquelles l’égalité, l’accès de tous à l’éducation et la laïcité » ; invité·e aussi à se méfier des « contrefaçons », aussi attirantes soient-elles, qui ne respecteraient pas celles-ci.
L’enseignement catholique et l’EVARS : l’impossible équation ?
Dans sa conférence de presse du 23 septembre Guillaume Prévost, secrétaire général de l’enseignement catholique a pourtant balayé d’un revers de main les questions portant sur les ateliers proposés aux établissements privés par l’association Cycloshow-XY, qualifiant celle-ci de « remarquable ». Suffisamment remarquable pour être unilatéralement agréée par l’enseignement catholique, à défaut de l’être par l’éducation Nationale ??? Après avoir déclaré au journal Ouest France le 28 aout 2025, qu’il jugeait le programme de l’Evars « riche, ambitieux, peut-être trop parfois », concluant « ne cédons pas à la tentation de vouloir tout rendre conforme », le secrétaire général serait-il désormais prêt à s’affranchir du respect de la loi ?
Qu’a donc de si « remarquable » l’association Cycloshow-XY ? La visite du site de l’association – au slogan évocateur « Mon corps, un trésor pour la vie » – est à ce titre fort éclairante. A commencer par l’historique qui rappelle que « l’histoire du CycloShow démarre en Allemagne en 1999, avec les ateliers conçus par le Dr Elisabeth Raith-Paula » … militante « pro-vie » connue pour défendre la « planification familiale naturelle » et s’opposer à la contraception. « Un premier atelier, précise l’article, a lieu en France en 2006 et suscite l’enthousiasme. Plusieurs animatrices se forment et se rattachent à l’association CLER Amour et famille »… association française catholique fondée en 1962 en réaction à la création du planning familial… La Charte de l’association quant à elle présente ainsi son projet : « Apporter des connaissances sur le corps humain, son fonctionnement et sa capacité à transmettre la vie. Susciter l’émerveillement et renforcer l’estime de soi. Eveiller à une vision respectueuse du corps et de la sexualité dans le cadre d’un amour qui se construit dans la durée »…L’intention est claire.
« Remarquable » en effet, tant elle parait coïncider avec l’inflexion du programme d’EVARS portée par le document d’accompagnement « Pour grandir heureux », « texte de discernement » publié sur le site du secrétariat général de l’éducation catholique. Jugée plus conforme à « la vision propre portée par l’Enseignement catholique », l’approche prônée par l’EARS, complémentaire (ou surplombante ?) du programme de l’EVARS, explique ce texte d’accompagnement, « s’enracine dans une conviction chrétienne essentielle : homme et femme sont créés à l’image de Dieu, égaux en dignité, différents et complémentaires », « appelés à exister réciproquement l’un pour l’autre ». Approche dont on voit bien combien elle épouse, au mot près parfois, les mêmes ambitions qu’un programme comme celui de l’association Cycloshow-XY.
On imagine difficilement dans ces conditions comment l’enseignement catholique arrivera à concilier cette « valorisation de la différence entre les sexes », à l’approche clairement hétéronormée, qui fait du couple homme / femme l’unique modèle de référence, et de « l’amour durable », le seul amour « véritable » ; qui n’évoque, à aucun moment, l’importance de l’éducation à la contraception, ou n’associe la sexualité au plaisir, avec les valeurs et principes du programme de l’EVARS.
Claire Berest

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