Tournant décisif pour l’Institution Jean- Paul II de Compiègne : décision des Prud’hommes et du manque de volonté de se conformer aux règles du sous contrat

 Rappel de toute l'affaire ici : Documents de la colère JP2

Décision des Prud’hommes : un tournant décisif pour l’Institution Jean-Paul II de Compiègne

Le 20 juin 2025, le conseil des Prud’hommes a reconnu le licenciement abusif et le harcèlement moral subi par Gérald Desachy, directeur adjoint du collège de l’Institution Jean-Paul II. Ce jugement, qui fait écho à plusieurs années de tensions et de souffrances dans l’établissement, marque un point de bascule pour l’enseignement catholique sous contrat à Compiègne.

Un licenciement abusif révélateur d’un système défaillant

Après deux ans de procédure, la justice a tranché : le licenciement de Gérald Desachy, survenu en juillet 2023, était infondé et entaché de harcèlement moral. Cette décision vient éclairer un climat de travail délétère, fait de pressions, de censures et de divisions, qui a poussé plusieurs enseignants et élèves à quitter l’établissement.

Harcèlement moral : une reconnaissance collective

La reconnaissance du harcèlement moral par la justice permet de valider, de façon indirecte, la souffrance vécue par de nombreux professeurs qui, refusant de renoncer à leur mission de service public d’éducation, ont été poussés vers la sortie. Certains ont dû repasser des concours pour intégrer l’enseignement public, le CAFEP n’étant pas reconnu malgré des épreuves et jurys identiques et le maintien du même employeur (le rectorat d’Amiens), d’autres ont été contraints de changer de diocèse et d’établissement, sacrifiant des années d’engagement au sein de l'institution Jean-Paul II.

Un contexte de censure, d’autocensure et de tensions

L’affaire JP2 s’inscrit dans un contexte de censure de contenus pédagogiques : refus de projection de films sur Simone Veil ou l’homophobie, interventions de la pastorale sur les choix d’œuvres, autocensure des enseignants sur des sujets sensibles. Le rapport d’inspection de l’académie d’Amiens (mai 2023) a objectivé ces dérives : programmes partiellement appliqués, lutte contre les discriminations traitée de façon inégale, climat de travail « particulièrement dégradé », fracture profonde entre les équipes, absence de dialogue et de procédures claires.

L’hypocrisie du discours institutionnel, APEL inclus
Malgré la gravité des faits, la direction diocésaine, l’OGEC, l’évêque, Madame Laubignat, alors présidente de l'APEL de JP2 avant sa promotion nationale, ont affiché un soutien sans faille à l’équipe de direction lors de la réunion du 22 mai 2023, refusant d’entendre les alertes et les souffrances exprimées par de nombreux personnels. Ce positionnement contraste fortement avec la reconnaissance ultérieure, par la justice, du harcèlement moral. Les appels à la fraternité et à l’unité ont servi d’écran de fumée pour éviter tout débat de fond et toute remise en question.

La mascarade institutionnelle dénoncée par les personnels

Les documents internes et bilans de réunions révèlent un sentiment d’opacité et de déni de la part de l'OGEC, des directions passées et actuelles : refus de répondre aux questions sur le licenciement, absence de communication officielle, dilution des responsabilités. Les personnels dénoncent une « mascarade » où la fraternité invoquée dans les discours officiels masque le refus d’aborder les vrais problèmes, l’inversion des rôles entre victimes et accusés, et l’invisibilisation des alertes. Les nouveaux chefs d'établissement demandent d'aller de l'avant, de ne pas ressasser le passé mais ne répondent jamais sur les problèmes de fond.

Deux visions irréconciliables de l’école

Au cœur de la crise, deux conceptions de l’école s’affrontent : l’une prônant la censure de certains sujets (notamment l’homophobie car il y aurait un risque important que certains élèves y voient comme une autorisation de considérer l’homosexualité comme un chemin ou un modèle acceptable), l’autre défendant la liberté pédagogique, l’esprit critique et surtout l’égalité. Le licenciement de Gérald Desachy est devenu un des symboles de cette fracture, la direction (passée et actuelle) refusant d’ouvrir un vrai débat sur les valeurs et la mission de l’établissement.

Des pressions persistantes sur les enseignants lanceurs d’alerte

  • Aujourd’hui encore, des professeurs qui ont alerté sur les dérives et qui sont restés dans l’établissement continuent à subir des pressions. L’OGEC a en effet nommé à des postes clés (responsables de niveau appelés également « adjoint(e)s de direction », fonction non-existante dans le public) des personnes qui partageaient la vision de l’ancienne direction, renforçant ainsi un climat de défiance et d’isolement pour ceux qui ont dénoncé les censures et les pratiques managériales problématiques. Cette stratégie de nominations accentue la difficulté à rétablir un dialogue serein et à garantir la sécurité professionnelle et morale des personnels engagés pour la liberté pédagogique et le respect des valeurs républicaines. Les professeurs qui se sont indignés des censures et qui ont alerté sur les dérives sont accusés d’avoir voulu semer le trouble, de nuire à la réputation de l’établissement, voire de souffrir de troubles psychologiques.

Une absence persistante de sensibilisation à l’homophobie et à l’égalité

Malgré les constats du rapport d’inspection et les recommandations nationales, aucune action concrète de sensibilisation à l’homophobie n’a été mise en place dans l’établissement en 2025. Cette année, le rectorat d’Amiens avait pourtant transmis via les référents égalité dans chaque établissement des ressources pédagogiques précises : deux courts métrages adaptés aux niveaux 6e-5e (« In a Heartbeat »)
et 4e-3
e/lycée (« Je suis un coming out »), accompagnés de fiches pédagogiques détaillées pour engager la discussion et la réflexion sur l’acceptation de soi, la lutte contre l’homophobie, les stéréotypes et l’égalité. Aucune projection, aucun atelier, aucune discussion n’a été organisée à JP2 alors que ces outils étaient disponibles et recommandés par l’académie.

Seule l’initiative personnelle du documentaliste au CDI du lycée a permis de mettre des ressources académiques à disposition des élèves et enseignants, mais sans soutien institutionnel ni projet collectif, et cette démarche a même suscité des réactions hostiles de la part de certains parents. Une exposition dans le hall de l'établissement serait davantage souhaitable de façon à ce que ces ressources ne soient pas invisibilisées et puissent toucher un public plus large.

Refus d’un référent égalité fille-garçons 

Les déclarations de Pierre-Louis Deulofeu lors du CSE du 16 mai 2024, justifiant le refus de nommer un référent égalité fille-garçons par les propos suivants : « La réponse est non car nous sommes tous des personnes ressources. Nous sommes tous des êtres humains dignes de respect et dignes d’être aimés pour ce que nous sommes. Cela ne correspond pas à une loi ou à une règle qu'il faudrait respecter car nous sommes dans un établissement privé. Par ailleurs, il faut tenir compte du contexte historique et géographique dans lequel nous sommes. Il y a un pourcentage important de familles, qui, par leurs traditions ont des idées qui, certes ne me correspondent pas, mais nous sommes obligés de travailler avec ces familles » appellent plusieurs remarques de fond :

1. Un refus contraire à la réglementation nationale

  • Depuis la rentrée 2018, la désignation d’un référent égalité fille-garçons est obligatoire dans tous les établissements du second degré, publics comme privés sous contrat. Cette obligation est rappelée dans la circulaire du 10 mars 2022 et s’applique explicitement aux collèges et lycées privés sous contrat.

  • Le référent égalité a pour mission de coordonner les actions de sensibilisation, de prévention et de formation sur l’égalité et la lutte contre les discriminations, y compris les LGBTphobies. Il s’agit d’un levier essentiel pour structurer une politique éducative cohérente et conforme aux valeurs républicaines.

2. Des arguments qui diluent la responsabilité

  • Affirmer que « tout le monde est personne ressource » revient à diluer la responsabilité et à empêcher la mise en place d’actions coordonnées, évaluables et visibles. La désignation d’un référent identifié, formé et mandaté est précisément destinée à éviter cette dilution et à garantir l’efficacité des politiques d’égalité.

  • L’argument du « contexte historique et géographique » ou des « traditions familiales » ne saurait justifier le non-respect d’une obligation légale et d’une mission fondamentale de l’École : garantir l’égalité, prévenir les discriminations et protéger tous les élèves, en les formant à devenir citoyens de la République Française, à travers un même socle de valeurs partagées.

3. Un frein à la lutte contre les discriminations

  • Le refus de nommer un référent égalité prive l’établissement d’un outil clé pour lutter contre les stéréotypes, les violences sexistes et les LGBTphobies. Il contribue à l’invisibilisation des enjeux d’égalité et à la persistance d’un climat scolaire peu inclusif.

  • Cette posture envoie un signal négatif à la communauté éducative et aux élèves, en contradiction avec les attentes institutionnelles et les engagements de l’Éducation nationale.

4. Un manquement à la mission de service public

  • Même sous contrat, un établissement privé doit respecter les obligations du Code de l’éducation et les principes républicains, dont l’égalité entre les filles et les garçons et la lutte contre toutes les formes de discriminations.

  • Le refus de se conformer à cette obligation peut être signalé à l’autorité académique et expose l’établissement à des rappels à l’ordre, voire à des sanctions.

Les propos du chef d’établissement traduisent une méconnaissance, voire un refus délibéré, du cadre légal et des missions éducatives fondamentales. Il est essentiel que l’établissement se conforme à la réglementation nationale et nomme un référent égalité fille-garçons, pour garantir la protection et l’épanouissement de tous les élèves, conformément à la loi et à l’esprit du service public d’éducation

L’ultime enjeu de l’appel

L’OGEC dispose d’un mois à compter du 20 juin 2025 pour faire appel de la décision des Prud’hommes. Les personnels, échaudés par des années de mauvaise foi et de manipulation institutionnelle, s’attendent à ce que l’OGEC utilise ce droit d’appel, perçu comme une manœuvre pour différer le paiement des indemnités dues, plutôt qu’une réelle volonté de justice ou de dialogue. Cette attente prolonge l’incertitude et la souffrance au sein de l’établissement. Pour la paix dans l’établissement, faire appel serait la pire des idées : ce serait refuser de reconnaître la réalité des faits et des souffrances, et prolonger inutilement le conflit. Les personnels attendent de l’OGEC un geste d’apaisement : accepter la décision de justice, tourner la page du harcèlement moral, et engager enfin une démarche de réconciliation et de réparation.

Pour une école catholique fidèle à sa mission

Ce jugement doit servir d’électrochoc pour l’ensemble de l’enseignement catholique sous contrat. Il invite à repenser les pratiques de management, à garantir la liberté pédagogique et à protéger les personnels qui font vivre, au quotidien, les valeurs de l’école républicaine et de l’Évangile. La page du harcèlement moral doit être définitivement tournée. Il appartient désormais à l’institution de restaurer la confiance, de réhabiliter les victimes et de s’engager résolument pour le bien-être de tous ses membres et de se confronter aux problématiques de fond en veillant à respecter le cadre légal du code de l’éducation.

Un livre pour comprendre les enjeux

L’affaire JP2 Compiègne et les dérives du système des écoles privées sous contrat feront l’objet d’une analyse approfondie dans le livre d’Alexis Da Silva, Quand des écoles privées religieuses font leur loi – La face cachée des écoles sous contrat, à paraître le 28 août 2025. Cet essai reviendra en détail sur les événements de JP2 Compiègne, en les replaçant dans le contexte plus large des enjeux de gouvernance, de liberté pédagogique et de respect des droits dans l’enseignement privé français.




 

Commentaires

Anonyme a dit…
Bravo! un beau résumé de l'horreur vécu par plusieurs personnels à JP2, maltraités et pas protégés malgré les appels à l'aide. Cette affaire est l'illustration parfaite de l'absence d'actions fermes par le rectorat pour faire cesser l'impunité de l'enseignement catho quand il est en roue libre. Au final, des personnes abîmées et laissées à l'abandon. Sans oublier, une présidente d'APEL devenue présidente de l'APEL au national!!!

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