l’école catholique au rapport !
Suscitée par les révélations des violences commises à Bétharram, la commission d’enquête sur les violences à l’école a publié son rapport le 2 juillet. Celui-ci a clairement ciblé l’enseignement catholique. Réactions des principaux intéressés.
Flore PiersonPhilippe Delorme dirige depuis 2019 le Secrétariat général de l’enseignement catholique (Sgec) • BRUNO LEVY / DIVERGENCE
La commission parlementaire d’enquête sur les modalités du contrôle par l’État et de la prévention des violences dans les établissements scolaires a rendu son rapport, qui comprend 50 recommandations. Quelques jours après sa publication, comment les acteurs de l’enseignement catholique ont-ils reçu ce document, qui ne manque pas de souligner ses spécificités et de le désigner comme un milieu particulièrement à risque ?
Un réveil salutaire
En premier lieu, les acteurs de l’enseignement catholique sont unanimes pour saluer un texte qui place les victimes au centre. Philippe Delorme, secrétaire général de l’enseignement catholique (Sgec), pense ainsi « tout d’abord, que cette commission était utile et que ce rapport est utile, ne serait-ce que parce qu’ils ont permis à des personnes d’exprimer leur souffrance, d’être reconnues comme victimes. On sait que c’est le début du chemin vers la guérison. » Hélène Laubignat, présidente de l’Apel (Association des parents d’élèves de l’enseignement libre), a pris ses fonctions dans ce contexte. « Ce rapport a constitué pour nous un électrochoc. Lors de la commission d’enquête, sur place, nous avons découvert le niveau de violence et d’horreur à Bétharram, explique-t-elle. Et le rôle joué par l’Apel n’était pas celui attendu ! À la lecture du rapport final, il y a certes des faits passés, mais surtout une vigilance et une attention particulière aujourd’hui pour éviter et prévenir tous les signaux faibles et formes de maltraitances. » Pour l’association, cette séquence constitue sans nul doute un réveil salutaire.
Bons et mauvais points
Qu’en est-il des conclusions du rapport ? Pour Philippe Delorme, « parmi les 50 recommandations, beaucoup vont dans le bon sens.» L’adjoint au directeur diocésain pour l’Enseignement catholique de Paris, Baptiste Jacomino, est particulièrement investi sur la protection des mineurs. Pour lui également, « il y a des choses très positives dans les préconisations. Je pense à celles concernant l’allongement des délais de prescription lorsqu’il s’agit de mineurs, ou encore à la n° 24 : “Permettre aux dirigeants des organismes de gestion de tous les établissements privés de faire procéder par le rectorat, à tout moment et sur simple demande, au contrôle du casier judiciaire et à la vérification du Fijais (Fichier des auteurs d’agressions sexuelles ou violentes, ndlr) pour les personnels et bénévoles exerçant dans leur établissement.” Cela fait longtemps qu’on le réclame auprès des rectorats, et pour des raisons complexes, à la fois administratives et juridiques, on n’y arrive pas. » Baptiste Jacomino relève toutefois un manque important sur les plans pédagogique et culturel : « À force de se concentrer sur les seules questions de procédures, on risque d’oublier le travail essentiel sur le changement de culture. Par exemple, on sait grâce aux enquêtes Pisa que les élèves français se sentent moins chez eux à l’école que dans d’autres systèmes scolaires étrangers. Il y aurait beaucoup à faire pour changer cela. Or on est en train de vivre une diminution spectaculaire des budgets de formation continue, alors qu’on pourrait profiter de ces heures obligatoires pour que les enseignants travaillent à faire évoluer cette culture : comment donner plus la parole aux élèves ? Comment faire pour qu’ils se sentent plus chez eux à l’école ? Ce serait le rôle du législateur de donner des indications budgétaires, ou de préconiser davantage d’heures de formation dédiées à ces questions.» Selon lui, il manque également une proposition afin de simplifier les procédures de signalement, dont la répartition entre Crip (cellules de recueil des informations préoccupantes), rectorats, procureurs et police ne lui apparaît pas suffisamment claire. Enfin, Baptiste Jacomino souligne la question de la rapidité des sanctions disciplinaires pour les adultes maltraitants, trop peu étudiée dans le rapport selon lui.
La question du pluralisme
Quant à l’Apel, elle est directement visée par la recommandation n° 35 : « Permettre la reconnaissance de plusieurs associations de parents d’élèves, fédérées ou non à l’échelle nationale, dans les réseaux d’enseignement privé, afin de garantir le pluralisme au sein des établissements. » En réponse, Hélène Laubignat rappelle qu’ « il peut exister d’autres associations de parents d’élèves dans nos établissements. Et il est vrai que les statuts de l’enseignement catholique ne reconnaissent que l’Apel. » Elle s’interroge : « Est-ce que plusieurs associations de parents d’élèves constitueront une vraie force pour les familles ? Nous représentons toutes les familles, dans leur diversité, et pas seulement les adhérents de l’Apel. Il nous semble au contraire que nous pouvons œuvrer avec plus d’efficacité en restant groupés. Le fait de pouvoir parler au nom de tous les parents garantit une représentation plus forte et unifiée. Dès septembre, nous avons décidé d’être très actifs dans la lutte contre les violences, nous lançons des modules de formation obligatoire pour nos cadres qui seront déclinés et proposés à tous les parents début 2026, des webinaires pour former à l’écoute, à la culture de la vigilance et au signalement. La Ciivise (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants), les collectifs des victimes, le défenseur des droits des enfants… seront intégrés à nos groupes de travail. »
Un corapporteur partisan ?
Cependant, en filigrane, Philippe Delorme déplore une instrumentalisation de ce rapport par l’un des deux rapporteurs, Paul Vannier (LFI), à l’origine de la commission d’enquête : « Pour lutter contre ces fléaux et faire en sorte qu’ils n’existent plus, il faut trouver une concorde nationale. Mais cela implique de dépasser les idéologies, or celles-ci transparaissent dans le rapport. Paul Vannier ne fait que reprendre ce qu’il a exprimé dans son texte sur le financement de l’enseignement privé (2024). Il a, à mon sens, instrumentalisé cette commission pour recycler ses obsessions, notamment la question du rôle du Sgec dans le système éducatif français. En réalité, il n’accepte pas l’existence même de l’enseignement privé, et de l’enseignement catholique en particulier. » Pour Philippe Delorme, «quand on pèse presque 20 % des effectifs des élèves et qu’on est associé à l’État par contrat, il semble normal de parler avec le ministère. Cela rend même service à l’État car s’il se mettait à discuter avec chaque établissement un par un, ce que préconise le rapport, ce serait beaucoup plus compliqué. D’autant que le dialogue de terrain existe déjà : les établissements échangent avec les directeurs académiques des services de l’Éducation nationale (Dasen) et les rectorats. » Légèrement excédé, le secrétaire général de l’enseignement catholique dénonce également ce qu’il qualifie de « mensonge » dans le rapport : « Il est écrit que le Sgec aurait retardé des contrôles. C’est complètement faux, nous y avons toujours été favorables. Nous avons simplement souhaité avoir une discussion de travail sur les fiches servant de base à ces contrôles, mais nous avons répondu en 15 jours, sans rien retarder.» Selon lui, l’objectif sous-jacent est de « réfuter la singularité de l’enseignement catholique pour demander qu’il fonctionne exactement comme l’enseignement public. Ce n’est pas acceptable, et cela n’aurait aucun intérêt pour les élèves ni pour les familles ». De même, la demande des rapporteurs d’étendre les contrôles au domaine de la vie scolaire n’est pas recevable selon lui. « Qu’ils évaluent le “climat scolaire”, très bien. Mais pas les moyens utilisés, qui relèvent de la liberté de chaque établissement. » Quant au passage portant sur l’enseignement privé musulman, Philippe Delorme déplore qu’il serve à « opposer les réseaux pour en faire un dossier politique, alors qu’on travaille très bien ensemble ».

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