Abus sexuels : « Miséricorde ! », un magazine satirique qui interpelle les évêques
Un magazine satirique sur les abus sexuels, appelé Miséricorde !, publié en ligne lundi 21 juillet, a notamment été envoyé à tous les évêques de France. Une manière d'interpeller sur la gestion des cas de violences sexuelles dans l'Église, selon ses concepteurs.
Un ton grinçant et un humour particulièrement sarcastique. Le « magazine qui se lit les yeux fermés », baptisé Miséricorde ! a été publié en ligne, lundi 21 juillet. Il se présente comme un hors-série gratuit et son premier numéro. Le sujet est grave : celui des abus sexuels dans l'Église catholique. Une quinzaine de pages pour dénoncer le suivi de cette question, particulièrement par les évêques de France.
En réaction à la récente nomination du père Dominique Spina
« La nomination du père Dominique Spina - précédemment condamné pour abus sexuels - au poste de chancelier du diocèse de Toulouse, a traumatisé certaines victimes, explique, sous couvert d'anonymat, l'un des artisans de cette publication réunissant une dizaine de personnes composée de victimes d'abus et de proches de ces dernières. Cela leur donne l'impression que l'Église ne fait pas tout pour les protéger. »
À l'intérieur de ce magazine parodique : de faux articles, interviews, jeux et autres, écrits par une équipe de rédacteurs présentée ironiquement comme composée de « religieux condamnés par la justice civile ou canonique, que nos évêques et supérieurs ont envoyés en mission à travers ce média ». Parmi eux, une certaine « Mère Thomas-Philippe de la Sainte Miséricorde » en référence à Thomas Philippe, prêtre dominicain condamné par Rome pour abus sexuels.
« Dénoncer la langue de buis »
À la lecture, on trouve tout à la fois une fausse publicité pour un « camp d'été avec le père Vianney-Bosco (...) malgré les sanctions qu'il a reçues », une interview d'un certain Mgr de Gargamel interrogé sur la nomination du « père Pina-Colada (...) aux antécédents... disons litigieux », une bande dessinée sur le thème « Comment s'asseoir sur le droit canonique en soutane filetée » ou « Le coin des enfants » dans lequel le lecteur est invité à colorier « l'évêque qui détourne le regard devant la victime qui se confie à lui ». En quatrième de couverture apparaît une rubrique « Fini de rire » avec rappel des adresses utiles, dont le 116 006, numéro de France Victimes.
« Le premier but était de faire du bien aux victimes. Devant leurs souffrances et désarroi, nous nous sommes dits que cela pouvait les aider d'essayer d'en rire, explique cette même source. Néanmoins, nous avons également décidé d'envoyer notre magazine à tous les évêques et un certain nombre de personnes influente dans l'Église catholique afin de dénoncer la langue de bois. »
« Pas forcément le bon moyen pour faire évoluer certains prêtres ou évêques »
En creux de cette publication donc, la nomination récente au poste de chancelier, par Mgr Guy de Kerimel, archevêque de Toulouse, du père Dominique Spina, condamné pour viol sur mineur en 2006 à cinq ans de prison ferme, dont un avec sursis, et ayant purgé sa peine. Le magazine aurait déjà été parcouru par plusieurs milliers de personnes depuis sa publication.
« Je l'ai bien reçu, confirme un évêque tenant à garder l'anonymat. Je crains que ce ne soit pas forcément le bon moyen pour faire évoluer certains prêtres ou évêques, voire que cela risque d'avoir l'effet inverse. Cependant, je pars du principe qu'il faut savoir écouter les victimes d'abus sexuels, même lorsqu'elles sont en colère contre nous. »
Si cet évêque confie cependant ne pas avoir encore eu le temps de lire le magazine dans le détail, il ajoute : « Si des personnes victimes ont besoin d'exprimer leur douleur même sous forme satirique, il faut le respecter. Mon expérience est que l'expression et la prise en compte de leur parole sont essentielles pour un éventuel chemin de guérison et de libération, soit pour contribuer à se relancer dans la vie. »
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