À Compiègne, l’ex-directeur adjoint du collège Jean-Paul II reconnu victime de harcèlement moral
Gérald Desachy avait été rayé de l’encadrement en 2023 par l’association
qui gère l’établissement catholique, alors en pleine tourmente. Le
tribunal de prud’hommes vient de déclarer nul le licenciement de cet
enseignant.
Par Pierrig Guennec - 12 juillet 2025 à 16h54
Article Courrier Picard Noyon
De nouveau sur la sellette.
L'institution Jean-Paul II vient d'être condamnée par les prud'hommes de Compiègne qui ont retenu le harcèlement moral. Les responsables de ce poids lourd de l'enseignement catholique dans l'Oise étaient attaqués en justice par l'ex-directeur adjoint du collège, qui compte environ mille élèves. Promu à ce poste en 2014, Gérald Desachy contestait son licenciement intervenu en juillet 2023 alors que l'établissement était en pleine tourmente [Pour rappel, l'affaire ici]. Son employeur était l'Organisme de gestion de l'enseignement catholique (OGEC) de Jean-Paul II, l'association chargée de la gestion économique, financière et sociale de l'école.
En 2023, un collectif d'enseignants dénonçait les réticences de la direction à sensibiliser les élèves contre les discriminations, et notamment l'homophobie. L'établissement compiégnois, sous contrat avec l'Education nationale, se serait affranchi des consignes du ministère. Les professeurs rapportaient des propos qu'aurait tenu le directeur/coordinateur Etienne Ancelin, devant témoins : "Heureusement que les homosexuels sont une minorité, car sinon quid de notre humanité ?". L'académie d'Amiens diligentait, dans la foulée, un audit et effectuait un signalement au procureur de la République de Compiègne pour suspicion d'homophonie. Le rapport du rectorat constatait que "l'ensemble des programmes scolaires était globalement mis en œuvre mais de façon parfois incomplète"; de son côté, le parquet de Compiègne classait la procédure en décembre 2024, considérant "le motif insuffisamment caractérisé".
"Garder la tête haute"
Le licenciement du directeur adjoint du collège, pour faute grave, a eu lieu dans ce climat dégradé. "La direction a notamment retenu contre monsieur Desachy qu'il diffusait mal les informations auprès de ses collègues. Ce qui ne lui a jamais été reproché dans toute sa carrière", indique une source proche du dossier.
Des membres du personnel sont persuadés que les véritables motifs sont à chercher ailleurs : "Il n'a pas voulu prendre parti au moment des audits de l'inspection académie. La direction a-t-elle cru, à tort, qu'il avait témoigné contre elle, qu'il avait participé à alerter ?". Rayé de l'encadrement, Gérald Desachy a pu continuer à exercer comme professeur de technologie au collège Jean-Paul II, salarié de l'Education nationale et non de l'OGEC pour cette partie de son activité. "C'était vital pour lui de rester dans cet établissement qu'il a toujours profondément aimé et de garder la tête haute", commente Élodie Plot, une ex-collègue.
"Ces deux années de procédure furent longues et ont malheureusement divisé notre communauté"
Les syndicats.
Dans son jugement du 20 juin 2025, le conseil des prud'hommes estime qu'il a été "le réceptacle du contexte" et liste plusieurs épisodes qui caractérisent le harcèlement moral : fouille du bureau du plaignant, mise à l'écart, entretien disciplinaire "serré".
"Les dirigeants de l'OGEC ne renversent pas la présomption de harcèlement moral, qui pèse sur eux, par des moyens suffisants", tranchent les juges du travail, avant de présenter l'addition. Ils condamnent l'association à verser à l'ex-adjoint 85 528 euros en réparation de son préjudice, 28 550 euros pour la nullité de son licenciement et 26 133 au titre de l'indemnité légale de licenciement.
Une décision saluée par les syndicats dans un communiqué : "Ces deux années de procédure furent longues et ont malheureusement divisé notre communauté, abîmant notre lieu de travail (...) Nous espérons que ce jugement, pourra enfin nous permettre à tous de nous libérer de cette affaire et nous amener à travailler en confiance, sans divisions".
L'OGEC peut encore faire appel. Contacté par le Courrier picard, son président, Thierry Desmarez, fait savoir, par mail que "nous ne pouvons pas communiquer tant que le dossier n'est encore pas définitivement clôturé. Ceci afin de préserver l'ensemble des personnes impliquées dans celui-ci. Une fois le dossier clos, nous ne manquerons pas de revenir vers vous pour un éventuel entretien." De son côté, Gérald Desachy n'a pas souhaité répondre à nos sollicitations.

Commentaires
Ce message vidéo relève du mensonge par omission, car il nie l’existence même des nombreux problèmes remontés par le terrain. La dignité du personnel et la fidélité à l’Évangile passent par l’écoute réelle et la remise en question, pas par la communication de façade. J'espère que Pascal Leroy n'est pas tombé de son vélo aujourd'hui face à la Une du Courrier Picard. Dommage que celle-ci n'ait pas pu paraître avant leur grand rassemblement du 4 juin 2025 à l'Elispace de Beauvais. Un ciel qui s'assombrit et qui vire à l'orage pour l'enseignement catholique de l'Oise qui s'obstine depuis le début à refuser le dialogue authentique.