Messes obligatoires, prières avant les cours... À Versailles, le « glissement » d'un collège privé sous contrat
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Dimanche 22 juin 2025
Véronique Beaugrand

Versailles. Le collège du Sacré-Cœur est secoué par une crise sans précédent autour du projet porté par le chef d'établissement arrivé en 2022. LP/Véronique Beaugrand
Stupeur et tremblements au collège du Sacré-Coeur, à Versailles (Yvelines). Cet établissement privé catholique sous contrat de 970 élèves, niché au coeur du quartier Saint-Louis, à deux pas de la cathédrale, est secoué par une crise sans précédent. Au centre des tensions : le projet porté par le chef d'établissement arrivé à la rentrée 2022, après être passé par le collège parisien Saint-Jean de Passy.
Au programme : messes obligatoires sur des temps payés par l'Éducation nationale, concours de prière, réprobation de certains ouvrages... Ce mélange des genres inquiète des enseignants, qui n'ont de cesse depuis mars 2023 de tirer la sonnette d'alarme et de pointer des entorses à la liberté de conscience des élèves, comme l'a révélé Libération fin avril.
« Cela a été progressif, insidieux »
Le rectorat diligente une enquête administrative le 24 mars. Elle est lancée à la fin des vacances de Pâques. Hasard de calendrier, la lettre de mission de l'Éducation nationale intervient quelques semaines après la saisine par le Syndicat de l'enseignement privé de l'Ouest francilien - CFDT du tribunal administratif de Versailles pour atteinte au contrat d'association et des faits de maltraitance à l'encontre des enseignants.
Depuis deux ans, ces derniers tapent aux portes de l'inspection du travail, de la médecine du travail... sollicitent le rectorat, la direction diocésaine pour dénoncer également un climat de travail délétère. « Cela a été progressif, insidieux », commente un professeur.
Un « glissement » devenu visible à la rentrée 2023. « Les messes jusqu'alors facultatives deviennent obligatoires et cela n'est pas discutable, quitte à mordre sur les heures de cours. C'est le cas des offices de rentrée de septembre 2023 et septembre 2024, ou encore ceux célébrés à la Médaille miraculeuse ces mêmes années auxquelles ne peuvent se soustraire les délégués de classe et leurs suppléants. Et ce, quelle que soit leur confession », ajoute un autre.
Le 7 mai, 16 jeunes seraient allés voir, sur le temps scolaire, la Sainte Tunique à la basilique Saint-Denys d'Argenteuil (Val-d'Oise) en remerciement de leur engagement liturgique relatent des enseignants. « Il y a des familles qui prennent mal le fait que leur enfant soit obligé de prier un dieu qui n'est pas le leur et qui ont écrit au directeur », indiquent des enseignants.
La religion s'est invitée partout
La religion s'inviterait aussi dans le contenu pédagogique.« Certains ouvrages sont écartés car jugés inadaptés. Les enseignants sont fortement incités à ne pas utiliser certains d'entre eux, comme un de Fred Vargas où un viol est relaté. » Un enseignant d'anglais « s'est vu interdire de faire étudier aux élèves les pages du manuel pédagogique dans lesquelles il est fait état des différents schémas familiaux : monoparentaux, homoparentaux ».
Les supports pédagogiques utilisés pour les cours de pastorale comportent également des éléments contraires aux principes républicains. « Le cours d'éveil à la culture des religions est devenu de la catéchèse pour tout le monde », soulève une parente d'élève.
Certains enseignants, sur la ligne du chef d'établissement, commenceraient leurs cours par un temps de prière. Une affiche réalisée par des élèves en éducation morale et civique sur la lutte contre l'homophobie aurait été arrachée.
Les hommages républicains à Samuel Paty et Dominique Bernard sont précédés d'un temps de prière. « Encore une fois, on a mélangé aspect religieux et hommage républicain , souffle une professeure. Le scolaire passe au second rang. » Et ceux qui osent manifester leur désaccord s'exposeraient aux foudres du chef d'établissement. Les plus récalcitrants se voient, « en guise de rétorsion », supprimer leurs heures supplémentaires ou perdre leur statut de professeur principal.
« Dans la salle des profs, on se méfie avant de parler »
Un climat de tension et de suspicion permanente qui pèse sur les enseignants. « Beaucoup viennent la boule au ventre , ont peur. Dans la salle des profs, on se méfie avant de parler. On regarde qui est là car toute prise de position est sanctionnée », relate un autre.
« Il y a une véritable souffrance au travail dans cet établissement », considère Olivier Dhenry, secrétaire général FEP (Formation et enseignements privés) -CFDT au sein de l'académie de Versailles. Des plaintes et des mains courantes ont été déposées. Et des arrêts maladie ont été pris pour harcèlement moral ou troubles anxiodépressifs. Du jamais-vu dans ce collège, qui compte 70 enseignants et où les demandes de mutation n'ont jamais été aussi nombreuses : on en compte au moins une quinzaine.
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