La sanction contre le directeur de l’Immac’ de Pau bientôt annulée ?
Yann Saint-Sernin; y.saint-sernin@sudouest.fr
La rapporteure publique a pointé hier le caractère disproportionné de la suspension prononcée contre le directeur et la fragilité du dossier face aux attestations produites par le requérant. Le rectorat maintient ses griefs
«Peu d’éléments»
«Peur des représailles»

«La rapporteure publique ne semble s’être référée qu’aux pièces produites par le requérant!»
Alors que, dans le sillage de l’affaire Bétharram, s’amorce une vague d’audits sans précédent des établissements catholiques sous contrat, la décision des juges administratifs de Pau sera très scrutée. Hier, ils examinaient le recours de Christian Espeso, directeur de l’ensemble scolaire palois de l’Immaculée-Conception, qui, à la suite d’une inspection diligentée par le rectorat de Bordeaux, avait fait l’objet en septembre dernier d’une suspension pendant trois ans.
Le rapport d’inspection, qui pointe des atteintes à la laïcité mais aussi un management brutal, a par ailleurs été transmis au parquet, qui a ouvert une enquête préliminaire toujours en cours pour harcèlement moral et détournement de fonds publics.
Accompagné de quelques dizaines de soutiens, parents d’élèves et personnels de l’établissement, Christian Espeso a savouré les observations de la rapporteure publique. La magistrate, dont les conclusions ne lient pas le tribunal (mais elles sont souvent suivies), a préconisé l’annulation de la sanction, s’appuyant notamment sur une flopée d’attestations produites par le directeur.
Le rectorat reproche notamment un cours qui, sous couvert d’enseignement des religions, masquerait un catéchisme obligatoire. Mais pour la rapporteure, le dossier présente «peu d’éléments» pour l’attester. «La production d’une page de cahier avec une prière ne permet pas d’établir son caractère obligatoire», pense la magistrate, opposant les attestations fournies par le requérant qui certifient qu’il est possible d’être dispensé de ce cours.
Quant au grief d’avoir porté atteinte à la liberté pédagogique des enseignants, notamment en retirant des ouvrages qu’il jugeait inappropriés du centre de documentation et d’information (CDI) –bien que prônés par l’Éducation nationale–, la magistrate estime qu’ils ne suffisent pas à contrebalancer «les nombreuses attestations de profs, élèves et parents qui font état d’une totale liberté pédagogique».
Les soupçons de management toxique? La rapporteure publique concède que le dossier comporte quelques éléments: 20enseignants sur50 se sont déclarés en souffrance, des courriers de syndicats dénoncent un malaise, des témoignages concordants font état d’une saillie du directeur en salle des profs promettant de «détruire» une enseignante qu’il soupçonnait d’avoir alimenté la presse… Et même un courriel dans lequel Christian Espeso confie «prier Dieu de lui donner la force de ne pas écraser contre un mur» les professeurs qui «disent n’importe quoi» sur lui. Mais pour la magistrate, «des éléments viennent nuancer fortement» ce tableau. «Un personnel de l’établissement dit avoir été déstabilisé par un petit nombre de professeurs qui disaient qu’il fallait faire craquer Espeso», relève la magistrate, pointant à nouveau «un nombre conséquent de témoignages de professeurs faisant état de rapports apaisés». «Les éléments sont trop disparates pour établir un management malveillant», appuie-t-elle.
Seul grief soutenable à ses yeux, l’organisation d’une marche Pau-Lourdes sur le temps scolaire, dont le caractère religieux lui paraît difficile à évacuer. Mais pas de quoi justifier une suspension, estime-t-elle.
Au terme de cet exposé, l’avocat de Christian Espeso, MeHugues de Lacoste Laraymondie, confesse n’avoir «pas besoin d’observations complémentaires». Avant d’assurer qu’il n’y a «pas l’once d’un commencement d’attribut religieux» dans la marche Pau-Lourdes, puisque s’il y a des prières, elles sont «intérieures». Et de balayer un dossier fondé sur «des auditions anonymes corroborées par des témoignages anonymes».
«Les enseignants sont assujettis à l’autorité fonctionnelle d’un directeur», souffle la représentante du rectorat, Tiphaine Noblet, qui ne cache pas ses doutes quant à la spontanéité de certaines attestations fournies par Christian Espeso. «La rapporteure publique ne semble s’être référée qu’aux pièces produites par le requérant. Il s’agit d’attestations presque toutes similaires dans les structures de phrase, certaines sont même produites en double!» s’étrangle-t-elle, dénonçant leur «caractère orienté». «Quatre enseignants ont accepté de témoigner devant les inspecteurs seulement par écrit et sous anonymat par peur des représailles», continue la juriste, reprochant au directeur d’avoir instauré un climat «délétère», orchestrant une «chasse aux traîtres». «Peut-être que beaucoup de personnes sont satisfaites, mais pas ceux qui ont pris le risque de faire valoir une vision différente.»
«L’enseignement privé peut-il affirmer inciter les élèves à devenir catholique sur les deniers de l’État?» questionne encore la juriste, pour qui le cours de religion «ne relève pas d’une démarche scientifique mais de la croyance», incluant «les preuves de l’existence de Dieu» et n’est pas présenté comme une activité «optionnelle». «Des dossiers analogues ont conduit à une rupture du contrat avec l’État», conclut-elle, citant un établissement musulman.
La décision sera rendue dans un mois.
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