Affaire de Bétharram : l’ascension imperturbable de Damien S. dans l’enseignement privé, malgré des témoignages



Par  et

 article Le Monde 

 

Mis en cause dans une centaine de plaintes, dont des faits d’agression sexuelle et de viol, l’ancien surveillant de l’établissement béarnais, dont il a dû démissionner en 1989, a poursuivi sa carrière à Neuilly-sur-Seine, puis à Orléans et à Châteauroux, jusqu’en 2018. 

 

 

 


 

 

Damien S. a eu une carrière a priori honorable. Mis en cause pour une centaine de plaintes dont une trentaine concerne des faits d’agression sexuelle et de viol, cet ancien surveillant de Notre-Dame-de-Bétharram etpersonnage central de l’affaire, aujourd’hui âgé de 69 ans,a pu gravir les échelons du système éducatif privé tout en échappant à la justice. L’agresseur présumé est aujourd’hui retraité, et les faits qui lui sont reprochés sont prescrits. Grâce à des documents exclusifs de la procédure judiciaire de la fin des années 1990, consultés en collaboration avec « Complément d’enquête », Le Mondea pu retracer une partie de son itinéraire.

On sait peu de choses de la jeunesse de Damien S., seulement qu’il naît à Versailles en 1955 et qu’il a deux frères. Sa piste se perd ensuite jusqu’en 1975, date à laquelle il arrive dans le Béarn et intègre comme simple surveillant le collège et lycée de Lestelle-Bétharram (Pyrénées-Atlantiques). Il est recruté à l’époque par le chef de l’établissement, Xavier Destizon, et côtoie Pierre Silviet-Carricart – mis en examen pour viol en 1998 –, qui est à l’époque directeur des études. Après son service militaire, qu’il effectue en 1978, Damien S. grimpe doucement les échelons et devient directeur adjoint, puis responsable de l’internat, fonction qu’il cumule avec celle de surveillant général.

Dans ce rôle, Damien S. est décrit comme quelqu’un de particulièrement violent et pervers. Les élèves le surnomment « Cheval » à cause de sa posture cavalière ou de la chevalière qu’il portait au doigt et qu’il retournait avant d’asséner une gifle à un élève. Aux sévices physiques s’ajoutent ceux à caractère sexuel, selon plusieurs témoignages d’anciens élèves, de la caresse jusqu’aux masturbations et fellations forcées.

Violence et intimidations

Ces faits poussent le père Carricart à demander, en 1989, sa démission à son surveillant général, qui fait preuve d’une « rigueur excessive au regard des méthodes éducatives et pédagogiques qui étaient celles de Bétharram » ,selon l’ancien directeur lors d’une audition. Un comportement ambigu avec un élève dans les dortoirs est aussi remonté au chef de l’établissement. Il lui reproche une attitude « pas suffisamment distante, trop affective avec un élève, dans le gestuel et dans l’attention qu’ [il] donnait à cet enfant ».

Des années plus tard, devant les enquêteurs, Damien S. confirmera que le directeur lui a demandé de prendre « [s] es dispositions pour quitter Bétharram » . Ce qu’il fait, non à cause des accusations d’élèves, selon lui, mais parce qu’il avait reçu une offre professionnelle et qu’il était « difficile d’allier[s] es fonctions avec celle d’une vie de famille » dans le Béarn pour ce mari et père de trois enfants.

Malgré les témoignages, Damien S. rebondit à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), où il devient le « censeur » (équivalent du proviseur adjoint) du lycée Saint-Dominique. Selon Marie (qui a requis l’anonymat), ex-élève de cet établissement catholique privé, le nouveau venu jouissait d’une grande liberté d’action et se distinguait par sa violence et ses intimidations. Elle raconte avoir été victime de violences psychologiques et d’une agression sexuelle, qui aurait eu lieu dans le bureau de Damien S. en 1991. Elle a porté plainte, en 2025, malgré la prescription des faits, pour qu’il « ne s’en sorte pas en toute impunité, qu’il se sente traqué ».

Après une période à Neuilly-sur-Seine, Damien S. intègre, en 1997, le lycée Saint-Paul-Bourdon-Blanc, à Orléans, et en devient le directeur adjoint. Il y reste huit ans. En plein scandale autour du père Carricart, Damien S. est interrogé en garde à vue le 22 décembre 1998. Il nie en bloc toutes les accusations dont il fait l’objet et est laissé libre. Il peut ainsi devenir directeur adjoint du collège Léon-XIII de Châteauroux en 2005, poste qu’il occupe jusqu’à sa retraite en décembre 2018.

Aucune plainte connue n’a été déposée à ce jour contre Damien S. pour des faits datant de l’époque où il était en poste à Orléans et à Chateauroux. Le 23 février 2025, le directeur de l’enseignement catholique des diocèses de Bourges et d’Orléans a écrit aux parents des anciens élèves de Saint-Paul-Bourdon-Blanc et de Léon-XIII afin de les prévenir. S’il reconnaît les violences physiques, confirme son avocat au Monde , Damien S. nie en bloc les accusations d’agressions sexuelles.

 

 

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