Prêtres auteurs de violences sexuelles : les archives du diocèse de Quimper ont été détruites
Hervé Chambonnière
26 mai 2025 à 20h00 Article Le Télégramme
Il ne subsiste aucune trace incriminante des prêtres auteurs d’agressions sexuelles dans les archives
Quand la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l‘Église (Ciase, dite « commission Sauvé ») a lancé son enquête, en 2019, à l’initiative de la Conférence des évêques de France, le Finistère a été l’un des départements qui s’est rapidement mis à « clignoter ». « Après l’appel à témoignages, la commission a vu des quantités de messages de victimes affluer de ce département », témoigne une source souhaitant rester anonyme. ?Mais, quand la commission a voulu accéder aux archives, une réponse embarrassée lui serait parvenue de Quimper. Il n’y avait plus d’archives pertinentes les concernant.
Selon nos informations, celles-ci ont été « purgées » dans les années 2000. « Dans tous les cas, l’affaire Barbarin et les mises en cause de l’Église pour couvrir ses prêtres déviants n’avaient pas encore éclaté. Cela s’est donc produit avant 2016 », pense la même source qui estime, par ailleurs, qu’il n’y avait « pas d’intention malveillante » : « Tous les cas étaient prescrits ».
Interrogé, l’évêché ne confirme ni n’infirme l’information : « Nous n’avons aucune trace concernant des destructions d’archives ou de consignes allant en ce sens. Il est néanmoins possible que, dans le diocèse, l’un de ceux comptant le plus de prêtres en France - 1 000 à 1 200 - dans les années 1960-1980?, de telles destructions de documents, à l’époque pas jugés indispensables, aient pu avoir lieu, pour faire de la place. Si tel est le cas, cela est évidemment très regrettable. Aujourd’hui, et depuis une vingtaine d’années, tous les dossiers des prêtres dans leur intégralité sont conservés ».
« Les brebis galeuses étaient connues »
Combien de dossiers de prêtres pédocriminels auraient ainsi été purgés ? Aucun chiffre n’a, jusqu’ici, été avancé. Mais, dans le Finistère, probablement comme dans de nombreux départements, au sein de l’Église, les noms des « brebis galeuses » étaient connus.
« J’ai le cas d’un vicaire qui était "signalé" et qui était sous surveillance du prêtre de sa paroisse. Quand ce dernier est parti, il a prévenu son successeur. Il a appris, par la suite, que le vicaire en question avait été nommé responsable auprès des jeunes… C’est incompréhensible et révoltant », s’émeut un prêtre. Lui-même rapporte avoir été mis en garde, à son arrivée dans une paroisse : « Attention, ici, il y a eu une affaire, c’est sensible ». « Dans le Finistère, on savait tous qui étaient les prêtres qui clignotaient », assure le même ecclésiastique, qui cite, spontanément, « le prédateur de Loctudy, le frère Girard », « le frère X., à Douarnenez », « le père M., près de Châteauneuf », le père Béchu , à Châteaulin et Plouguerneau…
26 prêtres suspectés dans le Finistère
Le même prêtre se rappelle encore comment il a réagi, dans un autre poste, quand un frère à la réputation sulfureuse s’est porté candidat à l’animation pour le catéchisme. « Je l’ai appelé. Je lui ai dit non. Il n’a pas demandé pourquoi je refusais. Il savait que je savais. » Nombre de cas se « géraient » ainsi. « On ne savait pas quoi faire de ces prêtres. Rien n’était prévu. L’omerta était le choix par défaut. »
Interrogé, l’évêché livre, pour la première fois, un chiffre issu des témoignages recueillis pour la Ciase : « Vingt-six prêtres diocésains, dont 25 sont décédés, sont suspectés d’avoir commis des actes répréhensibles, la plupart dans les années 1960-1980 ».
Dans son rapport de 2021, décrivant un phénomène « massif » et « systémique », la Ciase a estimé entre 2 900 et 3 200 le nombre de prêtres et religieux catholiques auteurs d’agressions sexuelles (environ 3 % du total), en France, entre 1950 et 2000. Près de 300 000 personnes auraient été victimes, au sein de l’Église, de ces clercs et religieux, mais également de laïcs (plus d’un tiers des cas).

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