Menacé par un élève, un professeur de lycée porte plainte : "aujourd'hui, c'est moi qui rase les murs"

Mercredi 21 mai, un professeur du lycée Saint-Joseph de Belfort s'est senti menacé par l'un de ses élèves. Ce dernier a porté plainte et demande une réaction de sa direction. L'enquête est en cours.

Écrit par Hugo Courville

Publié le

"J'étais en état de choc devant la police"

Lors d'un cours à une classe de CAP (Certificat d'apprentissage professionnel) dans l'établissement où il a l'habitude d'officier, Hubert Guérin tente à plusieurs reprises d'avoir le silence, sans succès. Au bout d'une dizaine de minutes, il désigne un élève, l'un des troubles fêtes : "Soit vous vous taisez, soit je vous colle". Après ces mots, l'élève au cœur du problème a une réaction disproportionnée et répond à son professeur : "Je m'en bas les..., c'est n'importe quoi".

Je suis professeur depuis 2023, je ne veux pas me faire taillader la tronche.

Hubert Guérin

Professeur d'histoire-géographie au lycée Saint-Joseph de Belfort

Le ton monte alors dans la classe. L'élève se lève et semble saisir un objet dans son sac. "Il avait un regard noir, j'ai eu peur. Durant quelques secondes, j'ai cru qu'il allait sortir une arme, au final il ne rangeait que sa trousse", détaille Hubert Guérin. Par la suite, le professeur précise : "Je suis donc allé chercher la CPE (conseiller principal d'éducation), et avant d'être emmené hors de la classe, il [l'élève] marmonne quelque chose. Moi je ne l'entends pas, mais une dizaine de mes élèves l'ont entendu, il a dit de toute façon, je vais tous vous décimer".

"On a grandi avec l'affaire Samuel Paty, on y pense à chaque fois"

Après avoir terminé sa journée de travail, Hubert Guérin est allé à la police nationale pour déposer une main courante. "Je n'avais pas eu d'excuses de sa part à ce moment-là. Je me sentais en insécurité, je voulais donner l'exemple et montrer à mon élève qu'il avait dépassé les limites". Mais à la vue de ces déclarations, les forces de l'ordre lui affirment que ces faits sont graves, "la police m'a proposé de changer ça en plainte, car les propos tenaient de la menace de meurtre aggravée".

Aujourd'hui, on se censure dans nos cours, on fait attention.

Hubert Guérin

Professeur d'histoire-géographie au lycée Saint-Joseph de Belfort

Comme beaucoup de professeurs, Hubert Guérin est toujours marqué par la date du 16 octobre 2020. "On a grandi avec l'affaire Samuel Paty, j'y pense à chaque fois que j'entre dans une salle de classe. Pour éviter ça, je veux lui montrer qu'il y a des lois et que les propos ont des portées. On a des demandes de faire remonter ce genre de problèmes au ministère, d'où ma plainte". L'élève en question a depuis présenté ses excuses.

Aucun commentaire de la direction de l'établissement

Alors que l'enquête de police est en cours, Hubert Guérin nous confie estimer un manque de soutien de la part de sa direction, "quand je suis arrivé dans le bureau du directeur, il m'a dit vous avez 34 secondes. Je ne me suis pas senti entendu", explique-t-il. Les syndicats du monde de l'éducation présents sur le Territoire de Belfort affirment, comme Sébastien Mercier, de Force Ouvrière, "que ce sont des propos qui ne doivent pas être tenus dans des classes".

Aujourd'hui, c'est moi qui rase les murs. Je trouve que ma direction a une attitude lamentable, ils ne me soutiennent pas du tout.

Hubert Guérin

Professeur d'histoire-géographie au lycée Saint-Joseph de Belfort

Le professeur d'histoire-géographie confirme qu'il souhaite retourner au travail ce lundi 26 mai. D'après nos informations, un conseil exceptionnel se déroulera le même jour à 7h45 au sein de l'établissement privé, pour analyser les faits. Contacté, Philippe Bossard, le directeur du lycée Saint-Joseph de Belfort nous précise : "Je ne ferai aucun commentaire. L'enquête est en cours".

Néanmoins la direction inter-diocésaine de l'enseignement catholique de Franche-Comté précise que "l'élève mis en cause a écopé d'une mise à pied de trois jours. Le rectorat et nous-même avons mis en place une mesure de protection fonctionnelle pour notre professeur".

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