Collège Stanislas : une deuxième inspectrice écrit à la commission d’enquête parlementaire pour contester la conclusion retenue du rapport
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Dans ce document, cette professionnelle désormais retraitée dénonce une conclusion « en contradiction avec ce que [les inspecteurs] se sont efforcés de démontrer », qui contribue, « sortie de son contexte et détachée du rapport que la mission a validé, à “dédouaner” le collège Stanislas ».
Par Sylvie Lecherbonnier, Violaine Morin et Eléa Pommiers
La remise en cause de la gestion et de l’utilisation de l’enquête menée en 2023 par l’inspection générale de l’éducation nationale sur le collège Stanislas, à Paris, prend de l’ampleur. Après un premier courrier envoyé mardi 29 avril par une inspectrice retraitée à la commission d’enquête parlementaire sur les modalités du contrôle par l’État et de la prévention des violences dans les établissements scolaires, une deuxième inspectrice, elle aussi à la retraite, a également fait parvenir une lettre aux députés, vendredi 2 mai.
Selon les informations du Monde, elle y confirme les questionnements de sa collègue sur « l’indépendance » des inspecteurs dans le déroulé de la mission, ainsi que des désaccords entre les inspecteurs – au nombre de quatre, dont un « pilote », auxquels s’ajoute un inspecteur « relecteur ». Elle y conteste surtout elle aussi la conclusion qui a été retenue de leur enquête dans une lettre signée par la cheffe de l’inspection générale de l’époque, Caroline Pascal, et qui écartait les « faits d’homophobie, de sexisme et d’autoritarisme » dont était accusé le prestigieux établissement privé catholique sous contrat dans plusieurs articles de presse.
Une conclusion « en contradiction avec ce que [les inspecteurs] se sont efforcés de démontrer », dénonce la seconde inspectrice dans son témoignage, et qui contribue, « sortie de son contexte et détachée du rapport que la mission a validé, à “dédouaner” le collège Stanislas ». « Il règne bien à Stanislas un climat homophobe, sexiste et autoritaire », affirmait aussi sans ambages son ancienne collègue dans son témoignage.
Lettre de transmission
La retraitée ne remet pas en cause le rapport en lui-même, dont elle dit assumer le contenu. Révélé par Mediapart en janvier 2024, il est sévère, voire accablant, pour l’établissement privé catholique du 6e arrondissement, l’un des plus privilégié de la capitale. Les inspecteurs y décrivent « des dérives dans l’application du contrat d’association », des « impasses » dans les programmes de sciences de la vie et de la Terre et des séances d’éducation à la sexualité qui « répondent plus au projet éducatif de l’établissement qu’aux attendus du code de l’éducation », des « choix et comportements qui entretiennent les stéréotypes de sexe », ou encore « une place des garçons et une culture de la non-mixité qui peuvent favoriser un climat propice à l’homophobie ». Le rapport a donné lieu à une série de recommandations sans remise en cause du contrat d’association.
L’ancienne inspectrice s’inscrit cependant en faux avec la lettre officielle de transmission de ce rapport au ministre de l’éducation nationale de l’époque, Gabriel Attal. Cette dernière n’a pas été rédigée par l’ensemble de l’équipe ayant inspecté Stanislas. Après plusieurs demandes, une version de ce courrier leur a toutefois été communiquée début août 2023 par le pilote de la mission. Les deux témoignages envoyés à la commission affirment qu’une modification avait été demandée concernant le passage sur l’éducation à la sexualité, jugé trop « adouci » ; modification qui n’a pas été faite car la lettre était « déjà envoyée au ministre ».
Les deux anciennes collègues assurent, surtout, que la version qui leur a été montrée ne comportait pas le paragraphe conclusif qui figure dans la lettre finale, envoyée par la cheffe de l’inspection au ministre ainsi qu’au diocèse de Paris, et affirmant qu’« au terme de la mission, l’équipe ne confirme pas les faits d’homophobie, de sexisme et d’autoritarisme mis en avant par les articles de presse à partir de témoignages anciens, sauf éventuellement à remonter à une époque antérieure à celle de l’actuelle direction (…). En revanche, la mission a relevé que la culture de l’établissement, “l’esprit Stan”, peut favoriser de telles dérives ».
« Aucune modification » selon le ministère
Comme sa consœur, la deuxième témoin assure que, si elle en avait eu connaissance, elle aurait « catégoriquement refusé d’endosser » cette conclusion. Aucune des deux retraitées n’est cependant en mesure de dire qui a rédigé ledit paragraphe. Toutes deux affirment ne pas avoir vérifié la concordance des versions car elles travaillaient « en confiance ». Mardi, le ministère a assuré au Monde que « le rapport d’inspection n’a fait l’objet d’aucune modification après sa validation collégiale » et que « toute modification de la lettre de transmission n’a aucune incidence sur la portée du rapport en lui-même ».
Cette lettre de transmission a néanmoins un poids non négligeable dans la mesure où, dans le cadre des enquêtes administratives comme celle menée à Stanislas, les inspecteurs ne rédigent pas de synthèse de leur rapport. C’est donc la lettre de transmission qui en tient lieu. C’est d’ailleurs sur elle que s’est appuyée le directeur de Stanislas, Frédéric Gautier, pour défendre son établissement dans les médias en janvier 2024. Cette conclusion a également été mise en avant par celle qui était ministre de l’éducation au moment de la révélation du rapport, Amélie Oudéa-Castéra, dont les enfants sont scolarisés dans l’établissement. « Je précise que ce rapport ne remonte aucun fait d’homophobie ni aucun cas de harcèlement », avait-elle affirmé sur France 2 le 17 janvier 2024, tout en précisant ne pas l’avoir lu, mais en avoir consulté « une courte synthèse ».
Tous les inspecteurs de la mission seront interrogés le 21 mai par la commission d’enquête parlementaire. Mardi, le député « insoumis » du Val-d’Oise Paul Vannier, corapporteur de la commission, avait qualifié le premier courrier de « bombe ».
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