Appel à témoins pour violences sexuelles sur mineur : le diocèse de la Manche écoute les victimes

Trois témoignages de violences sexuelles sur mineurs ont été reçus par le diocèse de la Manche. La direction de l'enseignement et l'évêque veulent libérer la parole des victimes.

Par Pascale Brassinne Publié le Article La Gazette 

Ce mercredi 28 mai 2025, le diocèse Avranches-Coutances, dans la Manche, a posté sur son site internet un appel à témoignages.

Il s’adresse aux victimes d’abus et de violences sexuelles subis par des mineurs dans différentes paroisses.

« Il est porté conjointement par le diocèse de Coutances et Avranches, représenté par son évêque, Mgr Grégoire Cador, et l’enseignement catholique de la Manche, représenté par son directeur diocésain, Laurent Lechapelays », commente la chargée de communication, Florence Prieur.

Trois témoignages reçus

Trois témoignages « indépendants les uns des autres » concernant des actes d’agressions sexuelles sur mineurs ont été reçus « depuis un an et jusqu’à il y a quelques semaines, par des canaux différents ».

Le premier l’a été par la cellule d’écoute des victimes d’abus sexuels, mise en place par Mgr Le Boulc’h, alors évêque du diocèse, dès 2016. Il concerne des faits qui se seraient produits fin 1970 par un enseignant laïc de l’Institut Saint-Lô à Agneaux.

« Ces faits remontent à plus de quarante ans, l’enseignant n’est plus en activité. Mais nous avons étendu l’appel à témoin à la durée de son exercice, de 1963 à 1983 ».

Le diocèse considère qu’il est de sa responsabilité de faciliter et de servir la libération de la parole des victimes.

Mgr Cador, évêque d’Avranches-Coutances

Deux autres témoignages se recoupent. Ils ont été recueillis par un contact direct avec l’évêque et via l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (INIRR), mise en place après la publication du rapport de la Civise (Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles Faites aux Enfants sur les violences sexuelles).

A Agneaux et Avranches

« Un témoin a désigné trois personnes, au début des années 1960, des prêtres enseignants à Agneaux. Le troisième témoignage rejoint les deux premiers. Un même prêtre y est concerné. Il intervenait en paroisse à Avranches, dans le sud de la Manche, à la fin des années 1960. Il était également enseignant à l’institut Notre-Dame-de-la-Providence, à Avranches. C’est la raison pour laquelle nous avons étendu notre appel à témoin à cet établissement pour la durée de son exercice, de 1964 à 1986 ».

Pourquoi maintenant ?

Alors que le scandale de l’institut de Betharam a éclaboussé dernièrement encore l’enseignement catholique et l’Eglise, des diocèses ont fait le choix de donner la parole aux victimes. Celui d’Avranches-Coutances est de ceux-là.

« La pratique, explique la responsable de la communication, veut que nous ayons deux témoignages sur les mêmes faits pour lancer un appel à témoins. L’Eglise se place clairement et résolument du côté des victimes, on nous a trop longtemps reproché de ne pas réagir ».

En 2016, une cellule d’écoute avait été mise en place. Sur notre site internet, un bouton Lutter contre les abus permet de signaler des violences sexuelles.

En 2021, le diocèse a signé un protocole de signalement avec les parquets de Coutances et Cherbourg.

« Nous avons donc signalé les faits concernant le prêtre toujours vivant, mais pour ceux décédés depuis, car nous estimons que c’est un geste de reconnaissance du statut des victimes ».

L’anonymat respecté

Quel que soit le canal de témoignage choisi, la victime n’a pas à donner son identité.

« La caractérisation des faits en crime ou délit appartient à la justice ».

Laurent Lechapelays, délégué épiscopal pour l’enseignement catholique, depuis sept ans, avait succédé en 2005 au dernier prêtre qui était directeur de l’Institut d’Agneaux. 

C’est une blessure pour nous, éducateurs. Nous voulons que nos maisons d’enseignement et d’éducation soient des lieux sûrs avec un environnement bien traitant pour les enfants qui nous sont confiés et les adultes qui y travaillent. Nous n’avons pas voulu nous limiter à de la compassion. Même si les faits sont prescrits, la souffrance est toujours là.  Le pire aurait été de ne rien faire. Nous voulons libérer la parole, aider les victimes à se débarasser de ce fardeau.

Laurent Lechapelays, directeur de l’enseignement catholique de la Manche

Une cellule d’écoute ouverte

La direction et les associations d’anciens élèves des deux Instituts, en accord avec la Direction diocésaine de l’enseignement catholique et l’évêque de Coutances et Avranches, invitent toute personne qui aurait subi des agressions sexuelles, dans le cadre de ces Instituts sur les périodes indiquées, à prendre contact avec la cellule d’écoute dédiée.

L’enseignement catholique dans la Manche compte quelque 17 000 élèves, de la maternelle au BTS, et des centaines d’enseignants.

Une cellule d’écoute dédiée est ouverte au 06 38 52 60 33 ou à l’adresse mail : paroledevictimes@diocese50.fr

 [NB STOPSOUFF : se déclarer victime auprès du diocèse, soit. Mais ne pas s'en tenir à ce seul interlocuteur, forcément juge et partie. D'expérience, s'attendre de leur part à une minimisation des faits. Il faut prendre contact avec d'autres collectifs et organisations non-diocésaines !]

Commentaires

Anonyme a dit…
j'espère qu'aucune victime n'aura la naïveté de témoigner auprès d'un diocèse quel qu'il soit s'il n'a pas préalablement déposé plainte en bonne et due forme!

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