Affaire Bétharram : avec "Stop Violences", l’enseignement catholique s'engage contre les violences en milieu scolaire

 Par Mathilde Grandadam-Nicot, publié le 28 mai 2025  Article L'Etudiant 

En mars, Élisabeth Borne lançait le plan "Brisons le silence" contre les violences en milieu scolaire. Deux mois plus tard, l’enseignement catholique lui emboîte le pas avec la campagne "Stop Violences". Victimes et enseignants du privé sous contrat attendent des mesures concrètes depuis l'affaire Bétharram.  

Notre-Dame de Bétharram dans les Pyrénées-Atlantiques, Notre-Dame de Garaison dans les Hautes-Pyrénées, l'école Ozanam à Limoges ou encore le collège Saint-Pierre du Relecq-Kerhuon dans le Finistère : plusieurs scandales de violences physiques, morales et sexuelles ont éclaté ces derniers mois dans certains établissements catholiques.

Le ministère de l'Education nationale a mis en place en mars dernier le plan "Brisons le silence". Début mai, l'enseignement catholique a lui aussi décidé de réagir en lançant la campagne "Stop Violences".

Une campagne de sensibilisation à destination des parents et des jeunes

L'opération "Stop Violences" vise à sensibiliser l’ensemble de la communauté éducative (enseignants, personnels, élèves et familles) à la prévention des violences et à l’importance de la parole. Pour ce faire, des affiches ont été déployées dans les établissements : certaines rappellent aux adultes les bonnes pratiques à adopter face à une situation préoccupante, tandis que d’autres s’adressent directement aux élèves pour les encourager à parler à un adulte de confiance ou à utiliser les numéros d’urgence comme le 119 (enfance en danger) ou le 3018 (harcèlement).

Philippe Delorme, secrétaire général de l’enseignement catholique, informe que cette campagne "n’est pas terminée". Il souhaite que "les internats soient audités" car selon lui, "jamais on ne pourra dire qu’on a fait suffisamment". "'Stop violences' ne s’oppose pas à la campagne de l'Education nationale," complète-t-il. Convaincu de leur complémentarité, il assure que la lutte contre toutes les formes de maltraitance "est un travail collectif".

Le plan "Brisons le silence" vise à mieux détecter et traiter les situations de violence, en particulier dans les écoles privées sous contrat. Parmi les mesures phares : des contrôles renforcés dans ces établissements, l’obligation de signaler tout fait préoccupant via une application dédiée, et la diffusion de questionnaires anonymes pour permettre aux élèves de s’exprimer en toute sécurité.

Alors que la parole s'est libérée, Élisabeth Borne a annoncé le 15 mars un renforcement des contrôles des établissements privés sous contrat avec l’État. Pour ce faire 60 inspecteurs supplémentaires ont été recrutés pour mener cette mission.

"Je n’ai jamais entendu parler de cette campagne Stop Violences"

Le collectif Stop Souffrances qui rassemble parents d'élèves, enseignants et personnels des établissements catholiques s’interroge sur l’efficacité réelle de ces mesures, et demande des changements profonds sur le terrain au-delà des effets d'annonce.

Sophie, professeure au sein d’un établissement privé sous contrat, "n’a jamais entendu parler de cette campagne Stop Violences, à part aux informations". Pour certains membres du personnel de l’enseignement catholique, cette opération relève plus de "la communication" que d’une "véritable prise en mains du problème des violences sexuelles, morales et physiques infligées aux élèves mais aussi au personnel éducatif" argue Marie, membre du collectif Stop Souffrances.

Selon Laëtitia, porte-parole du collectif, "cette campagne sert à masquer les agressions au sein de l’enseignement catholique qui sont systémiques". Philippe Delorme parle lui de “cas isolés” en insistant sur le fait que "le Bétharram d’hier n’est pas celui d’aujourd'hui" défendant "qu’il n’y a pas de problème structurel."

Sophie, Marie et Laëtitia estiment qu’il est temps de mettre fin à "l’omerta", afin que les victimes soient "réellement écoutées et protégées".

L'Apel lance également une campagne contre les violences en milieu scolaire

Parallèlement aux actions de l'Etat et de l'Enseignement catholique, l'Apel, principale association de parents d'élèves du privé, lance sa propre campagne "Parle on te croit, parle on te protège". Cette campagne à destination des parents et des jeunes se positionne en complémentarité de la campagne "Stop violences".

Objectif affiché : "protéger nos enfants, sans détour, sans tabou, et avec courage." L'Apel appelle tous les acteurs à briser le silence et écouter les jeunes pour les protéger.

L'Apel propose trois mesures principales : une affiche de sensibilisation diffusée dans les établissements et sur les réseaux sociaux, un module de formation pour les parents et acteurs éducatifs pour repérer les situations de violence et écouter sans juger pour la rentrée 2025, et un travail en collaboration avec le collectif de Bétharram "pour faire émerger une action éducative fondée sur la prévention et l'écoute".


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