Violence scolaire, l’Apel joue-t-elle son rôle de garde-fou ?

La Croix, 
France, jeudi 24 avril 2025 

Clémence Houdaille   Article La Croix

La commission d’enquête parlementaire dédiée aux violences à l’école s’est interrogée lors de ses auditions sur le rôle de l’Association des parents d’élèves de l'enseignement libre (Apel).

Plus largement, le silence des parents d’élèves pose question, alors que la propre fille de François Bayrou vient de révéler avoir été victime de violences à Bétharram.

« Pourquoi n’existe-t-il pas de pluralité d’associations» de parents d’élèves dans l’enseignement catholique ? Le 27 mars dernier, la question est posée par le député Paul Vannier, co-rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur les violences dans les écoles, à Hélène Laubignat, présidente de l’Association des parents d’élèves de l’enseignement libre (Apel). Cette dernière était alors auditionnée à l’Assemblée nationale, comme tous les représentants d’associations de parents d’élèves du public et du privé.

L’occasion pour les députés de pointer plusieurs aspects du fonctionnement de l’Apel, seule association de parents d’élèves reconnue par le secrétariat général de l'enseignement catholique – même si localement, d’autres associations existent dans tel ou tel établissement. « Ce sont les statuts de l’enseignement catholique qui le veulent, mais nous devons représenter l’ensemble des parents, qu’ils soient adhérents ou non », répond Hélène Laubignat aux députés qui l’interrogent.

Forte d’un million d’adhérents, soit la moitié des familles d’enfants inscrits dans l'enseignement catholique, l’Apel est défendu par sa présidente, qui souligne la « force de sa représentativité ». Tout en reconnaissant que son organisation, qui n’est pas celle d’une fédération, ne permet pas toujours aux informations de circuler correctement entre le terrain et l’association nationale, ni d’imposer des choix aux Apel locales. « Trop souvent, j’apprends par voie de presse les éléments qui sont révélés çà et là », déplore Hélène Laubignat, qui insiste depuis son arrivée à la tête de l’Apel en mai 2024 pour que les signalements remontent.

Paul Vannier est revenu sur le cas de Bétharram, dont les révélations en cascade de violences ont été à l’origine de la commission d’enquête : « Les violences y ont été dénoncées, dès les années 1990, notamment par un membre de l’Apel de Bétharram, qui en était vice-président, et qui a porté plainte après que son fils a reçu un coup qui l’a rendu partiellement sourd,rappelle le député LFI. Ce vice-président de l’Apel de Bétharram en a été exclu. Comment expliquer que ce parent d’élève, engagé dans la vie de l’établissement, a été vu comme un problème plutôt que comme un lanceur d’alerte ? »

« J’ai découvert cet épisode en parlant avec M. Esquerre (créateur du collectif des anciens élèves de Bétharram, NDLR), reconnaît Hélène Laubignat. C’est quelque chose qui me révolte et que je ne peux accepter. Nous sommes des structures indépendantes. Qu’il y ait une relation, et un équilibre avec l’établissement, c’est une chose. Mais qu’il y ait une connivence, qu’on puisse cacher des choses, voire extraire une personne pour l’empêcher de parler, ce n’est pas acceptable. »Des soupçons de connivence, voire de conflits d’intérêts ont aussi été soulevés par la députée d’Ille-et-Vilaine Marie Mesmeur. Celle-ci a relevé dans sa circonscription des cas où un couple parental se trouve pour l’un à l’Ogec (Organisme de gestion de l'enseignement catholique, structure employeuse des personnels non enseignants des écoles privées sous contrat), et pour l’autre à l’Apel, ce qui engendrerait un « souci d’indépendance ».

« S’il est interdit d’être à l’Ogec quand on a un lien familial avec un enseignant ou un salarié de l’école, il n’est pas interdit d’avoir un conjoint à l’Apel »,rétorque Pierre-Vincent Guéret, président de la Fédération nationale des Ogec (Fnogec), interrogé par La Croix. « En quoi est-ce que cela constitue un conflit d’intérêts ?, développe-t-il. Statutairement, l’Ogec n’est pas constitué que de parents d’élèves, les administrateurs respectent une charte selon laquelle ils s’engagent à ne pas mêler les considérations personnelles de leurs enfants à leur mandat, et le président de l’organisme doit y veiller. » De son côté, Hélène Laubignat entend « agir sans attendre » pour développer une « culture de la vigilance ». « C’est la responsabilité de chaque parent de signaler des situations problématiques, même si nous avons confiance dans nos établissements», explique-t-elle à La Croix. L’Apel travaille ainsi avec Alain Esquerre et le collectif des victimes de Bétharram pour élaborer un office national de prévention et de contrôle des établissements scolaires, qui comprendrait des « membres d’associations de parents d’élèves du public et du privé, des membres du ministère… ». Quant au président de la Fnogec, son audition n’est à ce jour pas prévue par la commission d’enquête parlementaire, ce dont il s’est étonné dans un courrier adressé à Paul Vannier. « Que les Ogec, qui emploient 80 000 salariés de droit privé dans l'enseignement catholique, ne soient pas auditionnés, de même que les chefs d’établissement, m’interroge , souligne Pierre-Vincent Guéret, circonspect quant à ce qui ressortira de la commission. C’est respectable d’entendre beaucoup de gens, mais si on écoute que des personnes qui n’ont pas de pouvoir, les mesures qui seront préconisées n’auront pas de portée.»

NB StopSouffrancEC :

 * Madame Hélène Laubignat est arrivée à la tête de l'APEL après avoir soutenu la censure de films à JP2 Compiègne
* Monsieur Pierre-Vincent Guéret fait l'objet d'un dépôt de plainte, pour raison de détournements de fonds.

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