TÉMOIGNAGE : une enfance détruite, une vie d'adulte brisée - Immaculée Conception - Haut Doubs
Bonjour,
Je me rapproche de vous suite aux témoignages de ce matin de Madame
Hélène Perlant sur France Inter, et d’une victime de Bétharram hier soir
sur France Info.
J’ai été scolarisé au primaire et au collège à l’école Immaculée
Conception du Russey dans le Doubs (25210). Je suis né en 1976 avec un
handicap de bégaiement, un père violent et un cousin qui me violait.
J’ai enfoui toutes ces souffrances toute ma vie, pensant que j’en étais
le seul responsable. La honte la culpabilité m'ont toujours suivi.
J’ai 49 ans maintenant et j’ai détruit ma vie. J’ai tout cassé,
l’alcool, la drogue m’ont aidé à m’affirmer dans la société dès mes 20
ans.
Enfin je le croyais, car tout cela m’a détruit au final : j’ai divorcé,
je ne vois plus deux de mes enfants sur 3, j’ai perdu mon statut
d’architecte, je ne suis plus rien, plus d’amis, j’ai même peur de finir
SDF.
Depuis plus de 8 ans je cherche des psychiatres, rien a fait. C’est
suite à une condamnation de mon ex épouse en 2023 pour violences
verbales que je commence à comprendre ce que j’ai vécu et que je
commence à ne plus avoir honte. Les services judiciaires m’aident
beaucoup à me libérer. Je suis condamné à ne pas rentrer en contact
avec mon ex épouse pendant 3 ans, du coup je ne vois plus mes deux
petits, mon grand vit avec moi.
Je tiens à vous expliquer ce que l’école Immaculée Conception m’a fait vivre.
Déjà, étant bègue et d’une attitude « efféminée », j’ai subi jusqu’à la
3ème le harcèlement moral des camarades. Les mots PD / Tapette ….
résonnent toujours en moi. Je revois des élèves à qui j’ai déjà dit
qu’ils m’avaient détruit, tout le monde nie, tout le monde rigole en me
disant « ça va t’en es pas mort » ….. J’ai les noms, je m’en souviens comme si c’était hier. Les surveillants entendaient ces violences et ne
disaient rien. Au contraire je me souviens encore de leurs petits
sourires …. De temps en temps je pleurais, ils me répondaient « allez
Guillaume, soit un mec » .
Mon année de CM2 à été un calvaire, j'avais comme professeur M. Renaud
qui est encore en vie. Cet homme m’a giflé violemment, trois fois durant
l’année, faisait exprès de me faire réciter les poésies en m’humiliant
devant la classe à cause de mon bégaiement, bien sûr en rigolant, les
coup de règles sur les doigts jusqu’au sang. Je pensais que c’était
normal car j’étais nul. J’avais un autre camarade qui vivait la même chose que moi.
Puis au collège, j’ai eu M. Boiteux professeur de dessin. Et avec lui ça
à été les attouchements sexuels. Cette personne est décédée depuis. Je
sais qu’il a fini par être « pris » dans les années 2000. Mais il n’a
pas été condamné, je crois, le village et les bourgeois ont fait bloc, à
dire que les élèves disaient n’importent quoi. A l’époque je vivais sur
Annecy, car j’ai tout fait pour quitter ce village dès mes 15 ans, pour
fuir. Ce professeur me caressait tout le corps, et des bisous sur la
bouche. Ma force était le dessin, il m'a fait entrer dans les
associations de peintres amateurs du Haut Doubs. Moi j’y voyais enfin
une reconnaissance de ma personne, mais j’ai compris plus tard qu’en
fait c’était pour abuser de moi en dehors du cadre scolaire, lorsque je
partais avec lui pour faire les expositions les weekends.
Enfin, le directeur M. Bathloog qui est en retraite mais encore en vie,
m’a humilié. Je voulais être architecte et ne voulais plus rester dans
le privé. Je voulais suivre ma scolarité dans le public pour fuir ces
établissements scolaires. J’avais une moyenne générale de 14 ,
au troisième trimestre cette moyenne est tombée à 9. Du coup ils ont
jugé que je ne pouvais pas faire mon dossier pour le lycée Pasteur à
Besançon (établissement public) en bac artistique. Par contre, j’étais
pris au lycée Saint Paul en Bac général à Besançon. Mes parents les
suivaient, cela les arrangeaient car pour eux les études ne servaient à
rien !
Bref, M. Bathloog me convoquait avec ma mère pour me dire « tu es nul,
tu te prends pour qui, tu ne seras jamais architecte, t’es bête, je ne
te vois pas maçon vu comme tu es » . J’ai trouvé l’issue en choisissant
un BET collaborateur d’architecte dans un lycée professionnel public.
Cela m’a pourri la vie. Je n’ai jamais rien lâché et fini par avoir mon
diplôme d’architecte à 33 ans. J’y suis arrivé. Mais pour tout le
village et mes parents je reste le nul. Je l’ai revu cet homme avec mon
statut d’architecte, le regard froid et droit devant lui…. Monsieur a
fini par baisser le regard. Je suis sûr qu’il a compris la haine que
j’avais envers lui. Mais je n’ai jamais rien dit, car encore une fois
j’avais honte.
La seule personne qui m’a donné la force de me battre était mon orthophoniste, que je voyais entre mes 4 ans et 11 ans. C’est ma mère qui m’a soigné, mais à toujours refusé d’entendre et comprendre que j’avais le niveau pour être architecte.
Cete libération de la parole que l’on vit depuis le mouvement #Me Too est salutaire. Et les mots justes ce matin de Madame Perlant me donnent la force de vous écrire. Ce qu’elle dit est exactement ce que j’ai vécu et qui m’a pourri ma vie.
Quoi faire ?????? J’ai l’impression que personne ne va me croire, tout est dans le silence, je suis emprisonné dans mon cerveau depuis mes 15 ans.
L’enseignement catholique à détruit ma vie.
IL FAUT QUE LA HONTE CHANGE DE CAMP.

Commentaires