Violences à l’Abbaye-école de Sorèze : "que les gens qui ont quelque chose à dire le fassent" plaide l’archevêque d’Albi

 Sandrine Morin
Publié le mardi 25 mars 2025 à 18:49   Article France Bleu

Dénoncées par le romancier Frédéric Beigbeder, les méthodes d’enseignement brutales dispensées à l’abbaye-école de Sorèze (Tarn) commencent a être révélées par des élèves. Une ouverture de la parole dans la droite ligne de Bétharram qu'encourage l'enseignement catholique dans le Tarn.

La ministre de l'Éducation Elisabeth Borne estime qu’on vit "une forme de MeToo scolaire" avec l'affaire Bétharram, qui a libéré la parole sur la violence dans les établissements catholiques.

" La parole se libère mais il faut aller chercher cette parole", a affirmé la ministre. Elle a annoncé cette semaine un plan pour renforcer les contrôles dans les établissements privés sous contrat et y remonter désormais "systématiquement" les faits de violences. Elle a aussi émis quelques doutes sur la manière donc l’enseignement catholique communique avec l’éducation nationale. "J'ai été surprise d'entendre le secrétaire général de l'enseignement catholique dire que toutes les remontées d'informations sur les faits de violences étaient faites entre les établissements privés et les équipes académiques. Ce n'est pas le cas", a-t-elle ajouté.Et parmi les établissements visés : l’abbaye école de Sorèze dans le Tarn. Un établissement catholique fermé en 1991 et qui a accueilli de nombreux enfants de familles bourgeoises. Les conditions de scolarité ont été dénoncées dans le dernier livre de Frederic Beigbeder puisque son père y a été inscrit. Une école autour de laquelle plusieurs témoignages émergent depuis.

Croire les victimes

Monseigneur Jean-Louis Balsa est l'archevêque d'Albi. Il affirme que cet établissement catholique fermé en 1991 n'avait pas de lien formel avec l'enseignement catholique. Mais il insiste pour que la parole se libère pour Sorèze mais pour tous les autres établissements : "Je suis stupéfait d'apprendre une fois de plus que dans un établissement, il s'est passé quelque chose. Un établissement qui ne dépendait pas de l'Église catholique. Mais enfin, c'est quand même aberrant et inacceptable. De toute façon, dans l'Église catholique aujourd'hui, c'est d'abord de croire les victimes et deuxièmement, de les engager surtout à porter plainte. On a une justice indépendante qui fait très bien son travail. Il y a eu effectivement des périodes où c'était d'abord l'institution qui devait être protégée au détriment des personnes légitimes. On ne les croyait pas, mais y compris dans les familles d'ailleurs. Donc on a fait un énorme travail pour que tout ça ne se reproduise jamais plus et pour qu’on croit les victimes. Donc vraiment que les gens qui ont quelque chose à dire, qui le disent et qui le disent à la justice."

Un des anciens directeurs de l’école notamment a décidé de prendre la parole. Il s’agit de Robin Guilloux. Il a été directeur de l’école pendant cinq mois en 1985. Cinq mois où il a découvert une école avec des règles d'enseignement plus que douteuses. 40 ans après, cet enseignant à la retraite, garde de ces cinq mois de direction un souvenir douloureux.

"Ça a été très court, parce que je tombé dans un endroit qui ne convenait pas du tout. Je ne comprenais pas du tout pourquoi les élèves se mettaient au garde à vous, pourquoi je n'avais pas de droit de regard sur les finances de l'établissement, pourquoi il y avait du bizutage, pourquoi il y avait des violences entre élèves, qui se projetaient contre les murs, Pour moi, c'était une école qui dysfonctionnait complètement."

Silence du conseil d'administration

Il a aussi eu vent de certaines violences perpétrées par un membre de l’équipe enseignante de l’Abbaye-école notamment après des tags sur un mur. "Il a cherché l'élève, il a cru le trouver et il s'en est pris très violemment à lui, au point de lui casser le bras. Les parents ont voulu porter plainte, ils ont même été dissuadés."  Alors aujourd’hui il tente de comprendre pourquoi la parole est si dure à libérer. "Parce que dans le conseil d'administration, il y avait le maire, il y avait un colonel en retraite, il y avait un avocat, des notables. Donc ils se tiennent les coudes. On l'a vu à Bétharram aussi. Pourquoi est-ce que monsieur Bayrou a tant de problèmes? Parce qu'il faisait partie de ces notables qui faisaient le silence là-dessus ?"

Pour le moment aucune plainte n’a été déposée par des anciens élèves de Sorèze. Robin Guilloux qui estime que les contrôles n’ont sans doute pas été suffisants : "Le président du conseil d'administration, un colonel en retraite, ne voulait que personne n'intervienne, n'aie de droit de regard sur l'établissement. Et pourtant, l'établissement avait deux tutelles, celle du rectorat de Toulouse et celle de la direction diocésaine. Le rectorat de Toulouse, quand même, payait les professeurs, donc ils avaient un droit de regard, mais ils n'ont jamais usé de ce droit de regard. Jamais. Et le rectorat était complice de ça."

 

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