Immaculée-Conception : un rapport accable, le directeur crie au mensonge
Mediapart a révélé la teneur du rapport d’inspection de l’ensemble scolaire catholique sous contrat de Pau. Place de la religion, programmes scolaires: le document pointe des entorses
D’après Mediapart, les juges devront notamment se pencher sur des manquements au Code de l’éducation. À commencer par le caractère obligatoire de cours de religion ou la mobilisation de professeurs dans l’organisation d’événements facultatifs en lien avec la foi catholique sur le temps scolaire, sans rattrapage des cours manqués. Les manuels scolaires recommandés par l’Éducation nationale seraient bannis. La direction incitant à l’achat des livres plus anciens, «systématiquement orientés vers la royauté, la critique de la République, l’apologie, voire l’obsession du martial, du combat et de la guerre», écrivent les inspecteurs.
Ceux-ci sont intervenus après plusieurs alertes d’une intersyndicale. Depuis 2021, des syndicats de l’enseignement se font le relais de personnels de l’établissement pour dénoncer les dérapages. «On nous prête la volonté d’abattre l’Immaculée-Conception. Mais nous souhaitons uniquement que ces dysfonctionnements cessent. Il y a de l’argent public là-dedans et un contrat avec l’État à faire respecter», tient à préciser Serge Hastoy, contacté par «Sud Ouest». Le représentant FEP-CFDT retrouve, dans le rapport, plusieurs griefs pointés par les syndicats à l’époque. «Comme cette conférence de l’historien Reynald Secher sur la thèse, plus que controversée, d’un ‘‘génocide vendéen’’ ou cette intervention de l’évêque conservateur Marc Aillet, imposée aux terminales.»
Le directeur de l’Immaculée-Conception conteste. «Tout est mensonge, tonne Christian Espeso(1), à ‘‘Sud Ouest’’ ce dimanche. J’ai produit des dizaines de documents pour dénoncer les biais de ce rapport. Comment peut-on s’asseoir à ce point sur la justice? Ces gens ne respectent rien. Moi, je respecte tout.» Christian Espeso se retranche derrière la réussite de l’établissement. «L’intérêt de mes élèves passera toujours avant les idéologues dans l’air du temps. Mes professeurs respectent les programmes, comme l’attestent nos résultats et toutes les inspections. Il nous arrive simplement d’être plus exigeants, mais cela n’est pas encore interdit.»
Les bons résultats de l’Immaculée-Conception lui valent d’être classé quatrième lycée privé de France par «Le Parisien». «À Pau, c’est une chance inouïe», souligne Benjamin Lacroix. Le père d’élève représente une association de soutien à l’établissement forte de 300membres. «Ces révélations ne correspondent absolument pas à ce que vit l’établissement. Sur le caractère imposé de la religion, par exemple, des parents juifs ou musulmans se sont exprimés devant la rectrice pour affirmer qu’ils n’auraient certainement pas mis leurs enfants à l’Immac’ si le catéchisme était obligatoire», affirme-t-il.
Le vice-président de l’association de parents d’élèves va plus loin. Pierre Saulnier dénonce «des attaques coordonnées» dont la plainte pour révisionnisme, déposée par SOS Racisme contre Christian Espeso, serait l’un des avatars. «Derrière l’Immac’, l’enseignement catholique est remis en question partout. L’an dernier, un rapport parlementaire pointait déjà son coût.» Pierre Saulnier demande «une certaine mesure», jusqu’à la décision du tribunal administratif. «S’il y a lieu de sanctionner, les juges trancheront.» Leur décision sera scrutée.
(1) Contacté, son avocat n’a pas donné suite.
Harcèlement moral
Sur la base du rapport d’inspection, le parquet de Pau a ouvert une enquête préliminaire pour harcèlement moral. Les inspecteurs rapportent 20 témoignages de personnels de l’Immaculée-Conception en souffrance. Ces derniers mettent en cause l’autoritarisme de Christian Espeso. Le climat se serait encore dégradé après les premières révélations dans la presse. Dans un mail rendu public par Mediapart, le directeur écrit, à propos des personnes à l’origine des fuites: «Il m’arrive de prier afin que Dieu me donne la force de ne pas les écraser contre un mur.» Christian Espeso conteste tout harcèlement. «J’ai hâte d’avoir l’occasion de m’exprimer devant les enquêteurs.»
« Il nous arrive simplement d’être plus exigeants, mais cela n’est pas encore interdit »
Commentaires