"Il était naturellement violent" : le père L. chef d'orchestre des violences dans l'ex-collège du Relecq-Kerhuon

155 victimes dénoncent des violences physiques subies dans l'ancien collège Saint-Pierre du Relecq-Kerhuon, de la part des professeurs. Une méthode pédagogique "basée sur les coups", initiée et encouragée par le directeur de l'établissement, Yvon L., décédé il y a 21 ans.

Diffusion du 31 mars 2025   France Bleu - à écouter ici 

"Il pratiquait la violence avec une régularité et une nonchalance tout à fait stupéfiante", lâche Frédéric Bénédite, l'un des deux co-fondateurs du collectif de victimes de l'ancien collège du Relecq-Kerhuon. De l'ancien directeur de l'établissement Saint-Pierre - à ce poste pendant 16 ans - l'ancien élève victime se rappelle "d'un homme pas très grand, plutôt sportif", mais surtout d'un homme violent. "Rien qu'en s'approchant trop près de lui, se rappelle Frédéric Bénédite, même sans faire attention, on risquait de se prendre une taloche." Quarante, cinquante ans après les faits, 155 victimes dénoncent depuis un mois les violences subies dans cet établissement du Nord-Finistère, dans le sillage des révélations à Notre-Dame de Bétharram. Les anciens élèves, qui se surnomment entre eux "les bagnards", vont déposer début avril un signalement collectif au procureur de Brest.

"Un système violent qui reposait sur un homme : le père L."

De professeur depuis dix ans, le père L. est promu directeur en juillet 1961 (et jusqu'en juin 1977) par l'évêque. "Il passait régulièrement dans les classes pour savoir ce qu'il s'y passait, se remémore Frédéric Bénédite, il était donc totalement au fait des violences. Il était bienveillant vis-à-vis de cette méthode de pédagogie - s'il en est - mais je pense qu'il l'encourageait, oui."

Didier Vinson, une autre victime, a dit pareil aux députés il y a deux semaines. Le soixantenaire était interrogé par la Commission d'enquête parlementaire sur le contrôle par l'État des violences à l'école : "Consciencieusement, méticuleusement, ils ont massacré toute une population d'innocents. On nous a cassé. Et c'était un système violent qui reposait sur un homme : le père L. Qui a été couvert par le diocèse, je n'arrive pas à l'imaginer autrement."

Le directeur recrutait des professeurs très jeunes, très peu diplômés, avec seulement le bac parfois, selon des documents du diocèse de Quimper que nous avons pu consulter.

Après les révélations, l'église a ouvert dans le Finistère ses archives au collectif de victimes. Le but étant de comprendre "comment on a pu en arriver là", s'interroge le directeur diocésain de l'Enseignement catholique du département. "Tout laisse à penser qu'il y a bien eu un système de violence orchestré par le père L.", poursuit Christophe Geffart, le directeur diocésain. Aucun signalement n'a jamais été fait, assure l'église.

Parmi les documents publiés, on lit les mots du frère d'Yvon L, prêtre lui aussi, à ses obsèques en 2004 : "Toute sa vie, il fut un homme généreux, toujours prêt à rendre service [...] avec lui, l'école connut un essor merveilleux."

Ou cet article de la presse régionale à la veille de son départ de Saint-Pierre : "Les associations de parents d'élèves et le corps enseignant désirent que le même esprit continue de régner dans l'établissement." En 1977, le directeur quitte le Relecq-Kerhuon et devient curé, plus à l'ouest, au Conquet. Une mutation à sa demande, indique l'article de presse. Plutôt le signe d'une première prise de conscience de la part de l'Enseignement catholique, estiment les victimes.


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