Des élèves entre désarroi et soulagement

 Presse-Océan Malo Richard  Article Presse Océan/Ouest-France

Publié le

Libérons la parole.  Les seize lettres ont été placardées sur le mur du lycée Notre Dame d’Espérance, à Saint-Nazaire, dans la nuit de dimanche à lundi. Quelques heures auparavant, nos confrères d’ Ici Loire-Océan annonçaient la suspension jusqu’à nouvel ordre du directeur de l’établissement privé. Une décision prise vendredi par la direction diocésaine, quelques heures seulement après une enquête interne menée par le rectorat de l’académie de Nantes, saisi de faits mettant en cause le chef d’établissement.

Certaines élèves sont « contentes que ça sorte avant que ça n’aille plus loin »

 Un comportement inapproprié  constaté lors d’un voyage scolaire de trois classes de seconde du lycée à Paris, entre le lundi 17 et le mercredi 19 mars. L’intéressé serait arrivé  à l’hôtel à l’improviste le mardi soir  après être parvenu à récupérer un pass pour s’introduire dans les chambres de lycéennes, raconte Philippe Legrand, du bureau régional CGT enseignement privé, relayant des témoignages de professeurs et d’élèves  en état de choc, sidérés et en colère .

Si la colère semblait quelque peu être retombée devant l’enceinte du lycée catholique nazairien ce lundi midi, le choc et la sidération y régnaient toujours. Un rassemblement s’y est tenu à son ouverture, en début de matinée, improvisé la veille, alors que l’information s’apprêtait à être médiatisée.  Pas contre le directeur, mais pour les victimes, tient à préciser un élève de terminale qui craint que cette affaire ternisse l’image de l’établissement dont un professeur avait déjà été condamné pour viol sur mineur en 2019.  Mes trois années ici se sont merveilleusement bien passées. J’ai vu les informations à la télévision, ils parlent d’un nouveau Bétharram à Saint-Nazaire, c’est nul ce qu’ils font parce que ce n’est pas comparable. 

Même son de cloche au sein d’un groupe d’élèves de terminale quelques mètres plus loin. Comparer la situation avec Bétharram,  c’est limite irrespectueux . Ces dernières, dont certaines sont à l’internat, se disent néanmoins  contentes que ça sorte avant que ça n’aille plus loin . Car au-delà du voyage scolaire à Paris, le responsable d’établissement faisait déjà l’objet de rumeurs. D’abord prises sur le ton de la rigolade, celles-ci sont progressivement devenues des bruits de couloir de plus en plus pris au sérieux. Des mots qui auraient peu à peu été accompagnés de mains baladeuses et de visites intempestives dans les dortoirs.  Il sait qu’il plaît aux femmes , lâche un jeune homme hébergé à l’internat, tout en rappelant que le chef d’établissement est présumé innocent mais confiant avoir déjà remarqué  ce comportement un peu bizarre envers les filles .

Ces rumeurs étaient parvenues aux oreilles de ces deux autres élèves, qui se souviennent alors du discours tenu par le directeur lors de son arrivée à la tête de l’établissement à la rentrée de septembre 2024.  Il avait dit qu’il était proche des élèves mais on ne pensait pas qu’il l’était à ce point-là, ça nous a bien choqués , commentent-ils, les yeux rivés sur le message  libérons la parole , collé sur un mur de leur lycée. D’autres attendront avant de libérer cette parole. C’est le cas d’une poignée de filles qui se refusent à évoquer le sujet.  On ne préfère pas avoir d’ennui , lâchent-elles.

L’enquête confiée à la police judiciaire

Une réserve qui fait écho au courrier adressé vendredi au personnel et aux parents d’élèves par la direction de l’enseignement catholique de Loire-Atlantique et dans laquelle elle invite  à la plus grande prudence dans les propos que vous pourriez entendre ou partager . Dans ce même courrier la direction diocésaine explique avoir saisi le Parquet de Saint-Nazaire jeudi 20 mars. Celui-ci confirme avoir ouvert une enquête, confiée au service local de police judiciaire de Saint-Nazaire.

Alertés dès mercredi, les représentants ligériens de la CGT enseignement privé expliquent, eux, avoir contacté leurs alter ego sur l’académie de Caen pour savoir si le chef d’établissement, passé par Argentan entre 2019 et 2024, avait déjà vu des faits similaires lui être reprochés.  Visiblement, ils n’étaient pas surpris, soupire Philippe Legrand qui précise que la CGT a saisi le rectorat de Caen pour mener une enquête parallèle.  À ce stade, nous n’avons aucunes informations personnelles du directeur lorsqu’il était en poste dans une autre académie, assure de son côté le rectorat de Nantes.

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