Abus à l’école de Sorèze : 'Ce qui comptait, c’était la virilité !' D’anciens élèves décrivent un climat d’humiliations et de violences

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Violences, humiliations, bizutages… Plusieurs anciens pensionnaires de l’abbaye-école de Sorèze dénoncent "l’enfer" vécu dans cet établissement réputé, au nom de l’excellence éducative. Des abus qui ont perduré jusqu’à sa fermeture en 1991.

Alors que la parole se libère sur les méthodes éducatives brutales de l’abbaye-école de Sorèze, nous avons retrouvé plusieurs de ses anciens pensionnaires. Ils racontent l’envers du décor d’un établissement, longtemps présenté comme une référence.

 

C’est notamment le cas de Benoît Gold, qui a fréquenté l’établissement en 1989 et 1990. "J’avais perdu mon papa. Ma mère m’avait mis là pour que je réussisse. L’école avait une si belle image." On lui avait décrit un endroit où il serait bien traité, bien encadré. "En réalité, j’étais dans un lieu hors du temps, imperméable aux évolutions de la société. Le sentiment d’être au milieu de fascistes, nostalgiques de la France éternelle." Comme les autres, il a enduré gifles, vexations et brimades. "Ce qui comptait, c’était la virilité. C’était leur conception pour nous faire devenir des hommes."

De fait, l’enseignement n’était, selon lui pas la priorité de ses encadrants : "La philo était consacrée aux concepts religieux, l’histoire et la géo se faisaient sans bouquin, à l’inspiration du prof. Les réussites au Bac étaient mauvaises." S’il s’exprime aujourd’hui, c’est, dit-il, "pour déconstruire l’image de cette école. Certes, elle a produit des personnalités, mais il faut en finir avec ce mythe de l’enseignement d’excellence qui en a détruit beaucoup."

 

"J’en ai pris plein la gueule"

 

Paul*, 50 ans, agent immobilier en région parisienne, a, lui aussi, été pensionnaire en 1989. "J’en ai pris plein la gueule. Des humiliations, des baffes, un truc de malade." Pourquoi ? Il raconte : "Un surveillant hurle : 'Tant que j’entends une mouche voler, pas le droit d’aller dîner.' J’ai imité le bruit du vol d’une mouche… Je me suis fait défoncer. Puis, un soir sur deux, les élèves gradés venaient me gifler."

Pourquoi n’a-t-il pas alerté ses parents ? "J’étais comme un chien perdu sans collier. Quand tu arrives, on te dit que Napoléon venait choisir ses officiers dans cette école, que nous serions l’élite de la nation. Si tu ne rentres pas dans le moule, tu es anormal."

 

"Une année à Sorèze vaut dix ans de pensionnat ailleurs !"

 

Entre élèves, la violence était tolérée, voire encouragée. "Le droit de se battre, les humiliations permanentes et un directeur psychopathe : voilà mes souvenirs de Sorèze. Un jour, ce directeur m’a fait agenouiller dans son bureau. Et puis, il m’a frappé, frappé. Jeune, il avait été dans cette école. J’ai toujours pensé qu’il reproduisait ce qu’il avait subi." Il marque une pause avant de conclure : "J’ai connu d’autres internats, mais une année à Sorèze vaut dix ans de pensionnat ailleurs."

Tristan*, aujourd’hui cinéaste à Paris, était lui aussi pensionnaire en 1989. Il se souvient surtout de la violence des bizutages. "La bite aux orties, la bite au cirage, le tube de dentifrice planté entre les fesses. C’était ça le bizutage. Et personne n’y trouvait rien à redire."

* prénom modifié

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