Violences physiques et sexuelles à Bétharram : deux hommes toujours en garde à vue, ce que l’on sait de l’affaire

Un an après l'ouverture d'une enquête dans l'affaire des violences physiques et sexuelles au collège-lycée catholique de Bétharram, la garde à vue se poursuit jeudi pour deux des trois hommes interpellés. Qui sont-ils ? Où en est l'enquête ? Quelles sont les suites politiques ? "ici" fait le point.

Deux des trois hommes interpellés dans l'affaire des violences physiques et sexuelles au sein de l'établissement catholique béarnais Notre-Dame-de-Bétharram, un an après l'ouverture d'une enquête du parquet de Pau, étaient toujours en garde à vue ce jeudi après-midi. Ces premières mises en cause interviennent deux semaines après la publication d'une enquête du journal Médiapart qui a mis en lumière l'ampleur des faits, avec une centaine de plaintes recensées, et provoqué une tempête politique impliquant le Premier ministre. François Bayrou est accusé d'avoir eu connaissance des faits présumés de violence dès la fin des années 1990, ce qu'il a plusieurs fois démenti. Qui sont les premiers suspects interpellés ? Où en est l'enquête ? Combien de victimes ont été recensées ? Quelles sont les suites politiques de "l'affaire Bétharram" ? "ici Béarn Bigorre" fait le point. 

Trois gardés à vue

À la demande du parquet de Pau, les gendarmes de la section de recherches de Pau ont interpellé trois hommes mercredi après-midi. Ils ont été placés en garde à vue "des chefs de viols aggravés, agressions sexuelles aggravées et/ou violences aggravées" pour des faits présumés "susceptibles d'avoir été commis entre 1957 et 2004 au sein de l'établissement scolaire Notre-Dame de Bétharram", a indiqué le procureur de la République de Pau Rodolphe Jarry. Ces hommes sont nés en 1931, 1955 et 1965. Le parquet a informé, jeudi à la mi-journée, avoir mis un terme à la garde à vue du nonagénaire, un religieux de 94 ans, sans en dire davantage à ce stade de la procédure.

Dans cette affaire, le parquet de Pau a ouvert une enquête le 1er février 2024 après avoir été saisi de plus d'une centaine de plaintes pour des faits d'agressions sexuelles et des viols, commis par des membres de l'institution catholique Notre-Dame-de-Bétharram.

Les trois hommes interpellés et placés en garde à vue sont deux laïcs et un prêtre, selon une source proche du dossier. L'un des deux laïcs avait été démis de ses fonctions en février 2024, peu après l'ouverture de l'enquête, alors qu'il était visé par au moins huit plaintes, pour des violences, mais aussi des agressions sexuelles et des viols. L'autre est un ancien surveillant général. Leur placement en garde à vue est intervenu quatre jours après une rencontre entre le Premier ministre et le collectif des victimes de Bétharram. Durant cette rencontre, François Bayrou a promis des moyens supplémentaires pour l'enquête. Le parquet de Pau a précisé que le calendrier des interpellations avait été arrêté "dès le 31 janvier 2025".

132 plaintes recensées

Le collectif des victimes de Bétharram, qui regroupe les plaignants, recensait 132 plaintes mercredi 19 février, soit une quinzaine de signalements supplémentaires en quelques jours. Mais selon son porte-parole, Alain Esquerre, "rares" sont celles qui ne sont pas frappées par la prescription. Les victimes, âgées de 8 à 13 ans à l'époque des faits, évoquent des masturbations et fellations imposées ou subies plusieurs fois par semaine, des châtiments corporels, menaces et humiliations.

Une vingtaine de victimes de Bétharram ont d'ores et déjà été indemnisées par la Commission reconnaissance et réparation (CRR), qui accompagne les personnes abusées dans des congrégations catholiques.

François Bayrou éclaboussé

François Bayrou est sous pression dans cette affaire Notre-Dame de Bétharram, institution catholique béarnaise dans laquelle plusieurs de ses enfants ont été scolarisés dans le passé et où sa femme a enseigné le catéchisme. Depuis début février, le journal Médiapart a publié plusieurs témoignages affirmant qu'il était au courant de premières accusations contre l'établissement dans les années 1990, ce qu'il a démenti à plusieurs reprises devant l'Assemblée nationale.

Celui qui a été ministre de l'Éducation de 1993 à 1997 répète n'avoir "jamais été informé" dans le passé des agressions sexuelles et viols au collège-lycée Notre-Dame de Bétharram. François Bayrou a contre-attaqué mardi 17 février en chargeant le gouvernement de Lionel Jospin, au pouvoir en 1998, au moment d'une première plainte pour viol. Cette plainte avait été abandonnée après le suicide du prêtre mis en cause début 2000, le père Carricart. Devant l'Assemblée nationale, François Bayrou a affirmé n'être "jamais" intervenu, "ni de près ni de loin", auprès de la justice.

Un rapport d'inspection "qui ne tient pas la route"

Devant les députés, François Bayrou a aussi rappelé mardi 17 février avoir commandité une enquête académique en 1996 après une première plainte d'élève de Notre-Dame de Bétharram pour une violente gifle reçue. Vingt-neuf ans après, l'inspecteur académique, qui concluait à l'époque que les élèves n'étaient pas "brutalisés" à Bétharram, a exprimé des regrets, estimant que son rapport de trois pages "ne tient pas la route actuellement" auprès d'ici Béarn Bigorre et de la Cellule investigation de Radio France.

Ces propos ont "sidéré" et "scandalisé" le porte-parole du collectif des victimes de Bétharram. "Si ce monsieur avait fait son travail, son rapport aurait fait scandale, le procureur aurait été saisi et on aurait évité tous les viols et violences perpétrés ensuite pendant une dizaine d'années au sein de l'établissement" a estimé Alain Esquerre.

Une commission d'enquête parlementaire

À l'Assemblée nationale, la commission des affaires culturelles et de l'éducation a voté à l'unanimité la création d'une commission d'enquête mercredi 19 février "sur les modalités du contrôle de l'État et de la prévention des violences dans les établissements scolaires". Le périmètre de cette commission, dont la création doit encore être officiellement actée, "vise à protéger tous les élèves de notre pays", a déclaré le député LFI Paul Vannier, qui réclamait cette commission"Pourquoi n'avez-vous pas protégé les élèves de l'école Notre-Dame de Bétharram victimes de violences pédocriminelles ?" avait-il lancé à François Bayrou dans l'hémicycle le 11 février.

De son côté, la Ciivise a demandé un audit global sur les dispositifs d'alerte existants dans les établissements accueillant des enfants. La Commission indépendante sur les violences sexuelles faites aux enfants estime que "Bétharram n'est pas un cas unique". Cette commission indépendante, chargée de conseiller le gouvernement pour la lutte contre la pédocriminalité, rappelle avoir préconisé "dès 2023 que le dispositif de remontées systématique d'alertes en cas de violences sexuelles dans les établissements sportifs soit étendu pour tous les lieux qui accueillent les enfants". Selon la Ciivise, 160.000 mineurs sont victimes de violences sexuelles chaque année en France.

Alors que le scandale a poussé le gouvernement à annoncer un renforcement des contrôles sur les établissements privés sous contrat, le secrétaire général de l'enseignement catholique, Philippe Delorme, a appelé jeudi 20 février à ne pas faire de Bétharram "une affaire politique, une affaire d'opposition entre l'enseignement "public et le privé".

 

 

 


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