Le rapport de l’inspection académique sur Bétharram, quand François Bayrou était ministre de l’Éducation nationale
INFO LE FIGARO - En 1996, l’Éducation nationale avait diligenté une inspection à Notre-Dame de Bétharram. Le rapport affirmait que l’institution catholique béarnaise n’était «pas un établissement où les élèves sont brutalisés» .
Document d'inspection ici
Nouvel élément dans l’affaire Notre-Dame-de-Bétharram .
En avril 1996, après une plainte déposée par un parent d’élève,
notamment pour une gifle sur son fils, l’Éducation Nationale avait
choisi de diligenter une inspection pédagogique dans l’établissement
catholique sous contrat. François Bayrou était alors ministre de l’Education nationale. Dans son rapport,
l’inspecteur pédagogique, que l’académie de Bordeaux a envoyé sur place
le 12 avril 1996, ne trouve presque rien à redire sur le collège-lycée. «Par un concours malheureux de circonstances, cet établissement vient de connaître des moments difficiles», écrit le fonctionnaire dans ce document de trois pages que Le Figaro s’est procuré.
« Les récents événements qui concernent un enfant, d’ailleurs toujours élève du collège, ne doivent pas masquer la vérité : Notre-Dame de Bétharram n’est pas un établissement où les élèves sont brutalisés», affirme l’inspecteur. Il ajoute que « tous ceux» qu’il a entendus, à l’exception d’un, «plus nuancé»,vivent leur scolarité «très normalement», «sans subir de châtiment corporel et dans un climat de confiance». Des éléments contredits, a posteriori, par la centaine de plaintes pour des faits présumés de violences, agressions sexuelles et viols , sur lesquels le Parquet de Pau mène l’enquête depuis maintenant un an. Contredits, aussi, par Alain Esquerre, porte-parole des victimes de Bétharram, que François Bayrou prévoit de rencontrer ce samedi 15 février.
Des «surveillants-élèves» chargés des dortoirs
De quoi est-il question dans ce rapport rédigé il y a près de 30 ans ? En avril 1996, un père d’élève a porté plainte. À en croire le rapport de l’inspection pédagogique daté du 15 avril, l’affaire a fait grand bruit dans la région. À la suite « de nombreux articles de presse et de reportages», il règne dans l’institution « un climat d’inquiétude et de désarroi», écrit l’inspecteur, avant de revenir sur le déroulé des faits. Le 31 janvier 1995, le conseiller principal d’éducation gifle un élève de 5e dans le réfectoire, à la suite d’une réflexion par l’élève sur un verre cassé. Un certificat est produit. Le 5 décembre, vers 21 heures, à la suite d’un « chahut», un « surveillant-élève» demande à ce même élève de sortir et de rester « en petite tenue, hors du bâtiment».
Une punition qui, selon les articles récents dans l’affaire Bétharram et les témoignages d’anciens, était habituelle. Le rapport précise qu’au vu du nombre « insuffisant» de surveillants, l’établissement « avait pris l’habitude de demander à des élèves de seconde ou de première de jouer le rôle de surveillant pour les élèves des petites classes», de la 6e à la 4e. Il recommande à l’établissement de mettre fin à cette pratique. Le 5 décembre, l’élève puni appelle son père, qui vient le chercher et l’amène au centre hospitalier de Pau. Il porte plainte. Plainte qui a ressurgi 20 ans plus tard dans les médias, à la suite d’un article de Mediapart, le 3 février.
Une enseignante qui veut «démolir Bétharram»
Le rapport s’intéresse ensuite à une professeur de mathématiques. Il s’agit de Mme G., enseignante qui a témoigné dans ce même article de Mediapart mettant en cause l’actuel premier ministre, François Bayrou. En juillet 2024, elle s’était aussi exprimée dans Le Point, dénonçant des maltraitances sur les élèves. L’enseignante qui a travaillé dans l’établissement de 1994 à 1996, assure dans ces médias en avoir parlé à l’époque de vive voix à François Bayrou. Le rapport d’inspection évoque justement son cas. Le 6 avril 1996, blessée par un élève sorti en courant d’une salle de cours, elle a demandé à son avocat de porter plainte.
L’inspecteur décrit une professeur qui « connaît de sérieuses difficultés dans ses classes». Les témoignages de « ses collègues professeurs montrent qu’ [elle] est arrivée dans ce collège avec un état d’esprit très négatif. Elle aurait exprimé son intention de ’démolir Bétharram ’ considérant que cet établissement utilise des méthodes d’un autre âge», constate le rapport, avant d’affirmer qu’elle n’a pas été agressée. Il recommande de « trouver une solution afin que Madame G. n’enseigne plus dans cet établissement».
Le rapport fait cependant état de difficultés au sein de Bétharram,
qui compte un nombre important d’internes (de 380 à 400 selon les
années). Les grands dortoirs de plusieurs dizaines de lits « ne permettent pas de maintenir aisément une certaine discipline». Il observe aussi que la réputation d’« établissement où les élèves sont tenus» nuit à l’institution, car elle accueille « des élèves renvoyés, souvent pour des raisons disciplinaires». En conclusion, il recommande de demander à un surveillant de «reconsidérer sa conception de la discipline», d’améliorer les dortoirs et de «modifier l’image de Notre-Dame de Bétharram».

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