Après le scandale Bétharram, de nouveaux témoignages dénoncent viols et violences au collège privé "Cendrillon" de Dax
Après les révélations de violences sexuelles et physiques à Notre-Dame de Bétharram, plusieurs anciens élèves d'un établissement privé catholique, Notre-Dame du Sacré Coeur ou "Cendrillon", de Dax, disent, ce mardi sur "ici Gascogne", avoir été agressés, voire violés par des encadrants.
Mardi 25 février 2025 à 12:31 Article France Bleu
"Il y a d'autres Bétharram", c'est ce qu'a déclaré Alain Esquerre, porte-parole du collectif des victimes de l'institution catholique béarnaise, vendredi 21 février lors d'une conférence de presse. Le lanceur d'alerte cite alors l'établissement scolaire privé catholique "Cendrillon", à Dax, dont le nom officiel avant 2003 était "Notre Dame du Sacré Coeur". Dans le même temps, sur les réseaux sociaux, plusieurs anciens élèves évoquent alors les violences physiques, psychiques, les agressions sexuelles voire viols dont ils disent avoir été victimes au sein du collège, qui s'appelle aujourd'hui "Cité scolaire Saint-Jacques de Compostelle". Dans les Landes, deux plaintes ont en effet été déposées en 2020, avant d'être classées sans suite par la justice en raison de la prescription des faits reprochés. Marc*, 75 ans, dénonce à l'époque des agressions sexuelles. Son frère Philippe, des viols. Voyant la parole se libérer, ils ont décidé de briser "l'omerta" et de livrer leur témoignage au micro de "ici Gascogne".
"L'odeur de la soutane ouverte"
Je n'ai plus peur de rien, j'ai 75 ans, c'est presque un soulagement pour moi [de témoigner]. Je veux faire éclater la vérité pour que ça ne se reproduise plus", livre Marc, scolarisé dans l'établissement entre 1960 et 1965. Il parle d'un "réseau de pédocriminels" et dit avoir été "sous la coupe de ces attoucheurs". Il raconte : "Pour moi, Cendrillon, c'est une horreur ! Un enfermement, un lieu avec des sévices corporels, de belles baffes et des tympans crevés". Mais aussi des agressions sexuelles. "Pas de pénétration pour moi, seulement des tentatives". Marc explique : "Ils vous faisaient monter dans leur chambre pour soi-disant se confesser. Et là ils vous faisaient mettre à genoux, la soutane était ouverte, ils vous pressaient [le sexe], etc. Avec leur soutane ouverte, ces types avaient une odeur. Cette odeur, elle est encore là. C'est quelque chose qui reste en vous". Marc a eu beaucoup de mal à mettre des mots sur ce qu'il a vécu. "C'est une souffrance terrible de faire sortir ce qu'on vous a fait".
Après six années de psychanalyse et plus de 40 ans de silence, il s'est décidé à porter plainte en 2020. "On nous a dit de porter plainte même si les faits étaient prescrits". Marc témoigne ensuite, la même année, auprès de la Commission Sauvé, instaurée pour réparer les crimes et délits commis par l'Église. "On a reçu une somme d'argent. L'Église se déculpabilise avec ça mais, en attendant, ils font quelque chose".
"Quand on vit ça, soit on se suicide, soit on avance"
Le petit frère de Marc, Philippe, 10 mois plus jeune seulement, s'est longtemps senti coupable des viols qu'il a subis pendant trois ans. Des fellations, pénétrations rectales... "Pourquoi j'aurais parlé, j'étais un enfant qu'on n'écoutait pas. Mon prédateur avait compris que j'étais un enfant fragile, en quête d'affection". Cette culpabilité l'a tellement rongé, qu'il a attendu ses 40 ans pour en parler avec Marc, pourtant scolarisé dans le même établissement, les mêmes années, et lui aussi victime de l'institution. Jusqu'alors, aucun des deux ne connaissait l'histoire de son propre frère.
Depuis la parution du scandale Bétharram, de nombreux souvenirs remontent aussi chez Serge Marsan, scolarisé au collège Cendrillon de Dax entre 1979 et 1983. Il n'a pas été victime d'agressions sexuelles, mais de violences physiques. À 57 ans aujourd'hui, cet habitant d'Aire-sur-l'Adour dénonce à notre micro : "Je suis ressorti deux fois du bureau d'un surveillant général avec l'empreinte d'une chevalière retournée, et ses initiales, sur la joue. Je me souviens aussi que certains soirs, tout le dortoir se retrouvait à genoux sur du parquet de 22 heures à minuit passées. Celui qui avait le malheur de s'endormir... le surveillant lui marchait sur le mollet. J'ai pris au moins un coup de poing, deux trois coups de pieds... On ne tape pas un gosse de 10 ans à coups de pieds !". Le Landais reste très marqué par ces violences. "Quand on vit ça, soit on se suicide, soit la vie avance et on continue". Aujourd'hui, il réfléchit à porter plainte.
Contacté, le chargé de communication du diocèse d'Aire-et-Dax indique que l'évêque est actuellement en retraite à l'abbaye de Bellocq et injoignable, mais qu'il s'engage à communiquer dans les prochaines heures sur le sujet.
*Marc est un prénom d'emprunt.

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